Articles Tagués ‘carpe’

Le cerveau est un organe extraordinaire, même celui des moins bien cortiqués. J’avais d’abord écrit « une machinerie » mais c’eut été réducteur d’autant que je ne vais pas m’aMUSEr à en détailler les rouages anatomiques. Non, je vais juste tenter, un petit pois(son) dans la tête oblige, de vulgariser quelques notions psy-cognitives et expliquer pourquoi on pèche, dans tous les sens du terme, avec un accent grave ou un chapeau mais essentiellement avec sa tête. Je conclurai avec le retour d’expérience de la capture de la grosse miroir du Salagou.

photo_1343722542

Connexion, des mecs qui en ont.

Même celui des moins doués disais-je, peut faire, dit-on, 10 000 000 000 000 000 (10 puissance 16) opérations par SECONDE. Pas des opérations au sens mathématique, mais, pour faire simple, des choix !  Le hic, le revers de la médaille, le défaut de la qualité, c’est qu’à devoir aller aussi vite on va dire que 99 fois sur 100 (peu importe le vrai ratio car c’est complètement variable d’un individu à l’autre, d’une situation à l’autre) on a « bon » et donc que 1 fois sur 100 on se trompe. C’est encore plus juste, ou faux selon, lorsqu’on parle de calculs de plus en plus compliqués ou de mémoire, au sens de données stockées sur son propre « disque dur » style les dates repère de l’histoire de France… Si je fais le parallèle avec les calculatrice ou les ordinateurs c’est parce qu’ils ne sont aujourd’hui « que » des machines binaires qui ne font pas de choix et fonctionnent avec des enchaînements de « 0 » et des « 1 », des algorithmes forcément simplifiés même s’ils sont très complexes (pour prédire la météo par exemple). Dans le domaine du calcul, ou de la mémoire, nous ne saurions les égaler pour maintes raisons. La première c’est que notre cerveau n’est pas fait pour cela, et ne fonctionne pas comme cela. En revanche il est capable de faire des choix basés sur son expérience. Il est « intelligent » au sens de inter ligare. Il relie (du verbe relier donc) les choses apprises, découvertes ou vécues et apprend à s’en servir, il s’en sert en découvre d’autres et relie etc. Je n’aborderai pas plus ces connexions et les cartes euristiques, l’intelligence, y compris artificielle, n’étant moi-même pas assez calé pour cela et ayant déjà dû faire quelques raccourcis, mais justement (à propos de raccourcis) ces notions de biais : pourquoi et comment notre cerveau choisit et se trompe, pourquoi il pèche et comment tenter de réduire ce ratio d’erreur en sortant de nos biais.

Application et photocopieur.

Pêcheurs, vous rêvez peut-être d’une application qui vous dirait que compte tenu de la saison, de l’heure, de la couleur de l’eau, du vent ou de l’age du capitaine, il vous faudrait pêcher avec un spinnerbait équipé de deux palettes colorado noires, ou à la bouillette flottante ananas-acide N butyric avec un chod-rig dans 1m50 de fond ou encore avec telle ou telle mouche ? Quoi de plus normal, car c’est exactement comme cela que nous sommes formatés depuis tout petits. Nous suivons des règles, des modèles culturels, méthodologiques, sociétaux ou encore économiques, à l’école, en famille, dans les médias etc. Nous sommes des éponges, des photocopieurs. Nous devons absorber la connaissance et la restituer à l’essorage, reproduire si possible à 100% ce qui nous a été appris, pour avoir 20 ou 10, même si je sais bien que nous sommes de plus en plus dans une approche par les compétences, les puristes me pardonneront.

C’est d’ailleurs marrant, et complètement logique pour beaucoup de choses, de voir que ce qui était la règle il y a 30 ans et complètement désuet désormais.  L’orthographe est réformée, la famille aussi, à la pêche les carpes devaient s’envaser et ne pas manger l’hiver ou alors que des bouillettes fruitées, ou carnées d’ailleurs je ne sais plus. Bref le risque de l’application/photocopie c’est de fabriquer une génération d’élèves, d’adultes, de pêcheurs, qui récitent par cœur la recette de la pâte à crêpe mais qui ne deviendront jamais de grands chefs, qui savent que B.A. fait BA mais ne savent pas lire, qui connaissent au mieux leurs tables mais ne savent pas résoudre un problème, qui savent faire un montage mais ne savent pas pêcher.

Bref les mêmes causes produisent les mêmes effets. C’est pour cela qu’un ordi, une calculette, un photocopieur, une application ne se trompent pas (eu égard aux données rentrées et aux algorithmes) mais ne savent pas prendre de décision. Un cerveau si.

Sortir du cadre.

Ce n’est ni un robot, ni un photocopieur, le cerveau ne peut que sortir du cadre. Il doit, face à un problème, savoir certes mobiliser son expérience et ses acquis, mais sa vraie plus value c’est d’aller au-delà, de créer des choix alternatifs, autres que ceux binaires entrés dans son application. Il se trompera probablement, sûrement même, et ne fera pas le bon choix du premier coup. Mais en expérimentant des trucs improbables, en faisant appel à son imaginaire, à l’inventivité, peut-être même à l’instinct parce qu’il sent que c’est comme cela que ça va se passer épicétout ou complètement par hasard, par serenpidité, il trouvera ainsi de nouvelles solutions. Pas très scientifique tout cela me direz vous. Justement si, car lorsqu’on arrive à la limite de ses connaissances on est bien obligé d’aller chercher la solution au-delà.

Prenons l’exemple de ce qui est communément appelé la « chance du débutant ». En est-ce vraiment une où bien est-ce finalement assez logique ? Le débutant ne trouve-t-il pas aussi parce qu’il ne s’enferme pas dans de quelconques convictions ? En a-t-il seulement ? Si la réponse n’est pas dans les règles suivies par tous les spécialistes et autres experts c’est qu’elle est peut-être ailleurs.

L’intelligence, la conscience, la métacognition n’est-ce pas ce subtil mélange de croyance/connaissance et de doute ?

L’éloge (maçonnée) de l’erreur.

Un des biais de fonctionnement de notre cerveau, peut être le plus important à connaître, est justement le biais de conviction (la croyance). Un philosophe disait que « les convictions sont des réalités plus dangereuses que les mensonges ». Ou un truc du genre. Peut-être parce que les mensonges, celui qui les dit sait que c’en sont, alors que Goliath, convaincu; a tendance à ne pas douter un instant. C’est souvent une force, mais parfois une faiblesse.

Je pense que c’est un des biais les plus importants à connaître (parmi plusieurs dizaines d’autres) car, acquis au fil de l’évolution des espèces et de nos propres expériences, un mélangé d’inné et d’acquis à l’échelle de l’individu, c’est celui qui nous permet de traiter l’information le plus efficacement possible dans les situations difficiles voire dangereuses. Je ne peux faire l’impasse, au sujet du traitement de l’information et des biais, sur les infos que nous transmettent nos sens formidables mais ô combien imparfaits. Nous ne sommes que de pauvres pêcheurs, sans ligne latérale ni osselets de weber comme les poissons, sans radar comme les chauves-souris, sans vision thermique comme les serpents ou nocturne comme les chats.  Idem pour nos sens d’humains.2  (échosondeur, caméra thermique, logiciel de prévision météo etc) puisque in fine ce qui fera encore la différence au moment du choix, ce sera la lecture non biaisée, la compréhension qu’aura notre cerveau de ces infos (déjà elles mêmes biaisées).

12540819_457267871142071_3241914472352172947_n

Bref, explication du biais de conviction, du pourquoi on a tendance à ne pas douter et du rapprochement avec l’instinct de survie. Imaginez un homme de Cro-Magnon dans la savane, qui voit des herbes bouger à quelques dizaines de mètres de lui. Il a le choix entre :
1) ne rien faire ou chercher à comprendre ce qui fait bouger ces herbes,
2) se barrer en courant sans chercher à comprendre.
Choix 1 : Neuf fois de suite Cro-Magnon comprendra que c’est le vent ou une bestiole inoffensive, la dixième fois il se fera bouffer par un tigre à dent de sabre qui en jaillira.
Si il fait le choix 2, très précocement et en courant très vite : il survivra.

Vous êtes vous demandé pourquoi les animaux sont craintifs ? Soit c’est génétique et ça contribue à la théorie de l’évolution des espèces (ceux qui ont fait le choix 2 survivent, ceux qui ont fait le choix 1 engraissent Félix le chat), Soit c’est de la mémoire associative (ça bouge, mon copain Cro-Magnon s’est fait croqué, j’ai compris, « l’expérience est une lumière qui n’éclaire que celui qui la porte »). Soit c’est un mélange des deux. Vous allez me dire que de toute façon on n’a plus de prédateurs. OK, je vous demanderai alors si vous n’avez jamais baissé la tête en voiture en voyant un oiseau arriver au niveau du pare-brise ? Solution n°2.

Maintenant inversez les rôles. Imaginez que vous chassiez Félix (ou que vous photographiez, ou que vous pêchiez). Soit vous allez le dégommer à 1 kilomètre en bon gros snipper Texan, soit si vous n’avez qu’un arc et des flèches, ou un petit objectif,  vous allez vous camoufler (fond, forme, ombre, mouvement, éclat, couleur, bruit, éclat, lumière, trace, odeur…) pour justement casser le biais de conviction de votre cible. Vous commencez à rentrer dans l’apprentissage par la résolution de problème et la mobilisation de savoirs/compétences en situation (savoir c’est dans les livres, compétence c’est au pied du mur).

Si vous pêcher la carpe ou le black-bass ou n’importe quel autre poisson qui s’éduque, et qui a été pris et relâché plusieurs fois, pensez vous qu’il faille pêcher comme tout le monde, au même endroit, avec les mêmes appâts (même forme, même couleur, même éclat […] odeur…), avec la même grossièreté dans les matériaux, faire du bruit ou des ondes bizarres dans l’eau ? Inversement pourquoi ne pas vous servir des biais de conviction de vos proies, qui pour une même raison de survie ou d’opportunité liée (il faut bien bouffer), n’ont pas d’autre choix que de saisir quelque chose qui ressemble (biais de conviction) à ses proies habituelles (par la forme, les vibrations, les mouvements, l’odeur etc)… Pourquoi parle-t-on de leurrer ? Pourquoi un leurre est-il potentiellement plus efficace qu’une vraie proie ? Pourquoi faut-il parfois leurrer, pourquoi est-il préférable parfois de nourrir et d’accoutumer ?

Nous avons déjà là beaucoup à cogiter, à prendre conscience.

Mettons nous en situation.

Je vais conclure en tentant de montrer, par l’exemple, l’importance de la connaissance de nos biais et de la limite même de nos connaissances. Montrer comment avec sa tête d’abord, on peut prendre la plus grosse carpe du Salagou la première fois qu’on y met les pieds. Il ne s’agit point de prendre la grosse tête, mais d’expliquer ce qui peut l’être en vous invitant à ne pas photocopier mais bien à comprendre entre les lignes.

  • La chance : oui… et non !

Choisir une eau ne relève pas de la chance mais d’un acte délibéré. Choisir un poste aussi. Quant à choisir le poisson autant qu’il soit emblématique, un de nos rêves les plus fous, sinon à quoi bon. Je l’ai annoncé ce poisson, entre les lignes dans une interview faite avant de partir (que je vous inviterai à lire le moment venu), à un pote en lui disant que j’en avais le pressentiment, à Patrick avec qui je pêchais, ou encore sur Facebook les jours qui précédaient sa capture. Evidemment c’est presque inexplicable sauf à comprendre que si on a qu’un seul passé, on a en revanche plusieurs futurs possibles. Un seul se réalisera. La première des conditions nécessaire pour réussir c’est d’essayer et d‘y croire une fois l’objectif, le futur, fixé dans le collimateur. Y croire. Condition nécessaire, mais malheureusement pas suffisante, j’en conviens.

12274330_1637225999876780_4333939407327675426_n

  • Croire en sa technique.

Je n’ai aucun doute dans mes montages, dans mes appâts. Je joue sur les mots, car en réalité bien sûr que j’en ai, et j’oserai même qualifier celui qui n’en a pas d’innocent. Notons qu’il y a une différence en ne pas en avoir et faire avec. Disons plutôt que je fais avec, en gardant dans un coin de notre tête que seul celui qui doute progresse. Oui, je doute, car je sais qu’un poisson peut engamer et recracher l’esche et l’hameçon sans se piquer, mais je sais aussi comment en partie minimiser cela en jouant sur l’approche. Je sais qu’un poisson peut ne pas s’intéresser à mon esche, mais je sais là aussi que je peux difficilement faire mieux et que je dois m’en contenter. Je vise donc l’excellence lorsqu’elle est maîtrisable et facilement accessible, comme pour le piquant d’un hameçon, la solidité des matériaux, le fait d’avoir des montages toujours pêchant… Si je n’ai pas de touche je sais qu’il y a de très fortes probabilités que la clef ne soit pas à chercher sur ce trousseau là, ou du moins que je n’ai guère possibilité de faire mieux, puisque je l’ai déjà fait.

  • Douter aussi de la croyance des autres.

Confucius disait que « l’expérience est une lumière qui n’éclaire que celui qui la porte ». Je fais mienne cette conviction, non pas que je n’écoute pas ce que disent les autres, bien au contraire, juste que n’ayant pas vécu leur propres expériences, dans le même contexte, avec les mêmes paramètres etc. je me tromperai en faisant un raccourci inapproprié, en faisant l’éponge ou en photocopiant. J’avais bien entendu dire que les grosses carpes se faisaient prendre plutôt d’un côté du lac (mais pas que) ou suivaient tel ou tel parcours que de toute façon je n’avais pas et ne voulais pas plus que cela avoir. Il y a forcément une part de vrai car les carpes réagissent en fonction de leurs tropismes, donc de leurs propres sens, besoins et de leur propre cerveau, or nous ne sommes pas des carpes. De plus elles n’ont pas dans leur tête l’algorithme simplifié qui, comme dans les livres, veut qu’à 12° (ou que sais-je) elles doivent faire ceci ou cela, suivre le vent, aller en bordure ou au large, s’envaser. Ca c’est l’interprétation que nous nous en avons, d’après les modèles que nous nous imposons, ou que l’on nous impose. Nous devons certes connaître certains paramètres, les intégrer à une équation complexe qui se construit en situation. Dans notre exemple du Salagou (mais ce serait valable pour n’importe quel autre lac) j’avais des informations théoriques complètement contradictoires. Nous voilà donc bien avancés. J’ai compris que Patrick voulait pêcher un plateau à 150m en direction d’un mont, sûrement avait-il ses raisons. Beaucoup en effet vantent ici la pêche à grande distance, dans des profondeurs d’une quinzaine de mètres, alors que d’autres disent qu’il ne faut pas hésiter à pêcher dans ses bottes, dans le rouge sous le vent, dans 30cm d’eau. Sûrement ont-ils eux aussi leur raison… mais ce n’est pas ce que j’ai fait, parce que la situation ne s’y prêtait pas.

3e364f1d8ee03062157622c6b913a608

  • Mobiliser ses compétences en situation.

La résolution de problèmes, il n’y a que cela de vrai pour nous faire progresser. Lorsque la pêche est simple a-t-elle un réel intérêt ? Je ne dis pas que je n’aime pas pêcher une vingtaine d’aloses au jig en linéaire ou des black-bass qui sautent sur n’importe quoi, je dis juste que la pêche touche à son paroxysme lorsque, difficile, j’ai trouvé la clef, ou plus modestement une clef. En l’occurrence, au Salagou, c’est ce qui s’est passé. J’ai analysé la situation et envisagé le futur le plus probable (enfin le plus probable sauf pour le poisson, mais je rappelle qu’il faut aussi y croire). D’une part, pour revenir un peu au sujet de la chance (ou pas) nous avions choisi délibérément un poste avec personne autour, qui nous ouvrait beaucoup de possibilités (donc de chances). D’autre part, je savais que le vent forcissant depuis le début de la semaine allait nous faire basculer en vigilance orange, rendant impossible toute sortie en bateau dans les jours à venir (merci meteociel.fr). Puisqu’il deviendrait impossible de tendre plus loin que je ne pourrais lancer du bord, et qu’il serait tout aussi impossible de changer de poste en bateau, j’ai pris le pari d’un scénario simple, mais encore une fois le plus probable. Amorcer relativement lourd une large zone à portée de canne. Marquer la distance sur mes tresses pour être sûr de lancer sur l’amorçage. Blinder l’esche avec de la gaine thermo rétractable (à cause des écrevisses), en lui ajoutant quelques bouillettes sur fil soluble, pour éviter d’emmêler au lancer. C’est aussi l’intégration du paramètre écrevisse qui m’a fait prendre le pari de ce scénario. Il est plus probable de prendre un poisson quitte à relancer deux fois par 24 heures du bord sur une zone amorcée, que de pêcher à la goutte d’eau à 150m pendant des jours. J’ai donc amorcé 48 heures à l’avance, dans l’idée d’accoutumer les poissons qui emprunteraient cette zone de passage supposée, au demeurant assez classique : une cassure derrière une zone d’herbier, entre 5 et 6 mètres d’eau. Les premières 24 heures rien ne s’est passé. Enfin pas de touche. J’imagine qu’il y ait pu avoir un nettoyage en règle de la zone par les carpes et/ou les écrevisses. En tout cas c’était le scénario prévu. 48 heures plus tard, une touche. La carpe aurait pu être commune et faire 10kg, mais j’annonçais en flamand à la petite lueur de frontale qui me guidait vers la berge « grote spiegel ». Prenant l’épuisette le temps que je descende du pneumatique Patrick me dit incrédule « Eric c’est la grosse miroir ?! ». Trente kilos tout rond confirmera le peson.

Croyez moi si vous voulez, mais je n’étais pas vraiment étonné.

12183821_10206590059702338_2791333458579060990_o

B.A. BArrage (part 3)

Publié: 8 février 2015 dans l'intégraal
Tags:,

Matériel et esches basiques

Un autre pré requis est indispensable à terme, c’est la confiance quasi absolue dans le côté technique de sa pêche. On ne doit ni douter de ses esches, ni de ses montages, et encore moins de son matériel… On doit laisser les mythes au placard et bosser les fondamentaux. J’aime le vintage, le classique, ce qui a fait ses preuves, mille fois plus que toutes les pseudo révolutions qui titillent votre crédulité et attrapent plus de nigauds que de poissons. Le choix de l’esche (je parle bien de l’appât qui est fixé à l’hameçon) est simple : elle doit pouvoir prendre des carpes instantanément, partout, rester pêchante le plus longtemps possible sans trop intéresser les nuisibles. Le montage sera simple, costaud, adapté à la configuration et en particulier aux risques (y compris pour le poisson !). Simple ne veut pas dire qu’on peut faire n’importe quoi et que le montage n’a pas d’importance. Il y a des fondamentaux qui font l’unanimité : hameçon qui pique, solide de fer, permettre de prendre suffisamment de chair (la taille est un sempiternel débat, personnellement ça fait plus de 10 ans que je dis les préférer grandes), monté de sorte à basculer mécaniquement pointe en bas, montage le moins possible enclin à s’emmêler, capable de se repositionner si il bouge (qu’il glisse dans la pente ou parce qu’un poisson a pris l’esche mais ne s’est pas piqué…). Voilà en quelques lignes l’essentiel. Comprenez d’abord comment fonctionne un montage, car un montage c’est avant tout une logique mécanique/physique qui conduit, ou pas, à la capture d’un poisson. Sauf à pêcher au coup, c’est-à-dire canne à la main et à ferrer à la touche, un montage ça doit fonctionner un peu comme une tapette à souris. La première carpe qui y touche doit se piquer sans aucune action du pêcheur. Si elle ne peut pas aspirer votre esche, ou si elle peut la recracher sans se piquer, rester chez vous, vous gagnerez votre temps. Partez sur un montage basique opérationnel dans 90% des cas avant de remplir votre boite à pêche de toutes les variantes possibles et imaginables. Les carpes de barrage sont très majoritairement des poissons mobiles, opportunistes et ne chipotent pas. Quant au matériel, je n’ai que de l’éprouvé, qui dure, qui ne tombe pas en panne, que je peux idéalement réparer le cas échéant sur place. Beaucoup de matériel racheté d’occas  à des potes. Demandez vous par exemple pourquoi reviennent à la mode les SS 3000, TS 5000, ou autres Emblem ? Pourquoi les Bigs ont toujours la cote ? Un poil de nostalgie peut être, mais aussi et surtout parce qu’ils sont fait pour pêcher la carpe, pas pour attraper des pêcheurs. Idem côté détecteurs, abri etc. Lorsque je change, je change forcément pour mieux, pas pour n’importe quelle dernière nouveauté.

Pourquoi croyez vous que j’insiste là-dessus ? Parce que le seul paramètre qui doit vous faire douter en action de pêche, c’est la localisation, le choix du poste et éventuellement la stratégie… Moins il y aura de variables et plus vite vous trouverez la clef.

B.A. BArrage (part 2)

Publié: 7 février 2015 dans l'intégraal
Tags:,

Bosser les basiques
Je vais donc vous dire, en toute modestie, ce que je pense savoir. Tout le monde peut être, sans que ce soit péjoratif, un « pêcheur du dimanche ». Lancer droit devant, in the middle of nowhere, prendre un poisson par ci par là avec un peu de bol ou avec beaucoup de surdensitaires, ne demande quasiment aucun pré requis. Par contre, pour espérer avoir des résultats corrects et réguliers, il faut développer des capacités et accumuler de l’expérience : devenir petit à petit « compétent conscient », l’étape trois, essayer de comprendre pourquoi ça marche, ou pas. Ces capacités sont physiques, mentales, on en a parlé, mais aussi cognitives (ce que je sais). Il est bon par exemple de comprendre les principaux tropismes qui poussent les poissons vers telle zone au moment de la fraie, ou sur tel type de nourriture à telle période ou sur tel lac, ou encore à quelle profondeur on devrait avoir le plus de probabilité de trouver des poissons en activité… Ca c’est la base, théorie nécessaire pour ne pas partir au petit bonheur la chance.

En pratique il arrive que notre approche théorique puisse être erronée, et bien plus souvent qu’on le pense si l’on compare ses propres résultats à ce qu’ils auraient pu être. Il y a toujours des poissons à prendre, pas forcément où ils devraient être en théorie mais bien où ils sont en pratique. D’emblée je vous conseille de ne pas comparer vos résultats à ceux des autres. Prendre un premier poisson, persister, en prendre un autre de temps en temps, puis deux, puis de plus en plus régulièrement. Il s’agit de progresser dans SA propre pêche, de faire ses gammes et de prendre du plaisir au bord de l’eau. D’être bien dans l’instant présent.

Bonheur assumé

Mettre le bonheur d’être avant le paraître. Je ne suis pas dupe, je sais bien que ce n’est plus dans l’air de la désormais médiatisation planétaire, dans l’ère du temps numérique de pêcher pour soi. Se comparer aux autres, se projeter dans une photo qu’on met en temps réel sur les réseaux sociaux, devenir méta-supra-giga-médiatisé et peut être, un jour, sponsorisé ! Ne pas vouloir pêcher, ne pas vouloir prendre des poissons, juste être sponso ! Quand pêcher voire prendre des poisson n’est plus le but en fait, mais juste un moyen d’exister.

Se comparer aux autres c’est la meilleure façon de se sous-estimer, de vouloir ce qu’on n’a pas et finalement d’être ce qu’on n’est pas, de tricher, d’aller à la facilité. Tout le monde ne peut pas être champion du monde et tant bien même, le champion du monde de la pêche de la carpe ne sera in fine que champion de la pêche de la carpe c’est-à-dire un illustre inconnu pour l’immense majorité des habitants de cette planète qui ne pêchent ni ce poisson ni d’autres d’ailleurs. Bref, se forger sa propre expérience, essayer, pêcher un peu, puis beaucoup, passionnément et à la folie, si on aime. Pas le faire pour les autres mais pour soi, pour son propre plaisir, un plaisir égoïste assumé.

Il faut donc apprendre à apprendre, savoir comment s’adapter en fonction des premiers résultats, savoir quitter un poste sur lequel on a fait quelques poissons pour aller en chercher plus ou plus gros ailleurs, ou au contraire attendre, rester. Là c’est l’expérience acquise qui parlera additionnée d’un subtil mélange d’observation, d’imaginaire, de motivation, de projection, de serendipité… ce que certains appellent mystiquement le sens de l’eau, on y reviendra.

(à suivre)

B.A. BArrage (part1)

Publié: 7 février 2015 dans l'intégraal
Tags:,

Beaucoup de questions sont régulièrement posées sur la pêche en lacs de barrage. Je vous propose donc de revenir sur quelques fondamentaux, que vous souhaitiez vous lancer dans l’aventure ou bien que vous soyez tout simplement curieux de l’approche de ces grands espaces souvent déroutant pour un néophyte.

B.A…titude
Je commencerai à répondre à la question « comment aborder la pêche en barrage ? » par « avec humilité et motivation ». Ces forces d’esprit peuvent à priori sembler opposées, elles le sont effectivement, comme notre main gauche et notre main droite, comme des petites marionnettes qui ainsi font front mais génèrent un juste équilibre. lotus-position-249760 Même si on est loin des sports extrêmes, parfois la nature ou les résultats de la pêche nous forcerons à plus d’humilité. Parfois à devoir taper dans nos réserves en mettant à l’épreuve notre motivation. J’aurais aussi pu parler de métacognition, un mot un peu compliqué qui résume à lui seul l’approche intellectuelle que j’ai de cette pêche : être conscient de ce que l’on sait, mais aussi et surtout de tout ce que l’on ne sait pas ! Quand on est nouveau dans un domaine on est souvent « incompétent inconscient ». C’est la première étape d’un cheminement qui va en comporter quatre. On pense les choses faciles et tout savoir, on invente même des théories fumeuses tout simplement parce qu’on n’a pas la moindre idée de l’immensité de notre ignorance, au point de vouloir expliquer à ses pairs, voire à ses pères, comment on fait les bébés. Tout cela parce qu’on a pris, un jour, sans vraiment savoir pourquoi, une grosse carpe. Puis, quand on acquière de l’expérience, avec le temps et surtout beaucoup de pratique (je parle de pêche et pas de faire des bébés) on se rend compte, bredouilles et déconvenues faisant, qu’on ignore bien plus de choses qu’on en sait vraiment. Step by step, on passe au niveau deux, celui « d’incompétent conscient ». Les mots du sage livrent alors tout leur sens. Oui La pêche de la carpe est une philosophie, une sorte de quête intellectuelle d’un poisson et, quelque part, d’une illusoire vérité, de la béatitude. Si on n’abandonne pas, on a plus qu’une envie : chercher à comprendre plus qu’à prendre.

BArré ?
Ces préliminaires sont utiles avant l’entrée en matière : je ne sous entend pas que c’est une pêche réservée à une élite ou que sais-je (lire je ne suis pas d’accord). Non, je vous rassure si besoin en était, la pêche en lac est accessible à tous, ou presque. Il faut juste vouloir s’y lancer, sous réserve toutefois de bien se connaître. Vous me voyez venir ? Non ? Je m’explique. Lorsqu’on se lance sur un grand lac, c’est toute proportion gardée un peu comme faire du hors piste en partant d’un sommet, il n’est pas si simple de faire marche arrière, de plier et de rentrer à la maison. La voiture peut être à des kilomètres, le réseau téléphonique ne pas passer partout, les éléments peuvent se déchaîner. On n’a parfois pas d’autre choix que de courber l’échine, taper dans ses réserves, faire comme le roseau preuve d’une forte résilience et attendre que ça passe… Il faut savoir si on sera assez dur au mal, psychologiquement et physiquement, et jusqu’à quel point. Des vagues d’un mètre, un pneumatique qui se remplit comme une baignoire avec toute l’intendance qui baigne, un abri qui s’envole et des montages qui ne pourront pas pêcher plus loin que le bout de vos bottes, transporter le matériel dans la pente et les caillasses, tomber, le casser, maltraiter son dos, son corps, son amour propre lorsque la semaine se termine sans poisson…

Tout ça pour un poisson.

Etre un peu barré, suffisamment barré pour aller chercher des poissons et pas juste faire du camping into the wild et se la jouer grand aventurier de salon…

N’est-ce pas dans la tempête qu’on reconnaît le marin ? (à suivre)