Je ponctuais la première partie de cet article, axée sur les amitiés plus ou moins virtuelles par : Bref, moi je ne cherche pas à collectionner les amis à n’importe quel prix. J’en ai autant que de doigts nécessaires pour pouvoir transcrire sur le clavier les pages partagées de ma vie et suffisamment peu pour m’éviter de devoir faire des courbettes ou d’avaler des couleuvres qui, à force de grossir inverseraient le rapport de prédation.

Ours un jour

Je trouve les paraboles bien plus poétiques, pédagogiques, riches de sens, que les discours monocordes magistraux insipides. Aussi je préfèrerais laisser courir l’imaginaire plutôt que de commenter une cruelle dissection, comme on pourrait nous le demander avec une fable de la Fontaine lors des épreuves du bac de Français (hein mon fils 🙂 ). Pourtant je vais le faire, afin d’être le plus univoque possible : être un ours, ENTIER, UN et INDIVISIBLE, ça peut devenir vite, très vite compliqué en société. Un mouton en troupeau passe encore, mais un ours ? Vous imaginez, vous, un ours vivre en bande ? Si à un on l’évite, à plus on en est vite une (bande de oncs). Car il y a forcément à un moment ou un autre, à un sujet ou un autre, des courants d’idées différents, suivis de débats et de Clashs, de divisions plus faciles que le omcpromis (chose due). Should I stay or should I go ? Cruel dilemme, je vais y revenir avec l’affaire puis l’équilibre de Nash.

Avaler des couleuvres.

Je vous l’ai dit, de Nantes ou d’ailleurs peu importe, j’aime les paraboles. Et des colubridae ce n’est pas ce qui manque au quotidien. Enfin si on veut bien les voir. Car en fonction du centre d’intérêt de chacun –et il n’y a pas plus aveugle que celui qui ne veut pas voir – elles peuvent paraître plus ou moins grosses.

Celui qui est totalement indépendant ou plutôt non représentatif au sens où sa parole n’engage que lui, et qui voit ou croit voir sous les traits d’un moucheron ou du moindre cheveux sur la soupe anguille sous roche, n’avale rien. Certes il ouvre sa bouche, mais c’est pour recracher la soupe avec tout son venin, le comble pour une couleuvre me direz vous, mais tellement humain (ecce homo).

Celui qui est mouillé lui aussi ouvre grand sa bouche, mais pour sucer la roue de son leader ou la ligne du parti, même si celui-ci (le meneur) reste en arrière (ligne). C’est certes acrobatique, mais ce n’est pas la première fois qu’un membre d’un team aura la tête dans le culte. Il avalera à ce titre des couleuvres de plus en plus grosses, jusqu’à ce qu’elles bouffent de l’intérieur une à une ses VALEURS, si tant est qu’il en eut un jour. Disséquons : concrètement quand j’ai entendu dire (par exemple) que personne ne boycottait la SNCF qui a été associée à la déportation de milliers de juifs pour justifier l’achat de produits distribués par la marque associée au plus grand trafic de carpes en France, je me suis consolé en me disant qu’il valait mieux entendre cela que d’être sourd.

Si t’as pas d’ami prends un Nashy

Dans la théorie des jeux, l’équilibre de Nash, de l’éponyme John Forbes Nash, est un concept de solution dans lequel l’équilibre entre plusieurs joueurs, connaissant leurs stratégies réciproques, est devenu stable du fait qu’aucun ne modifie la sienne sans affaiblir sa position personnelle. Une sorte de compromis gagnant-gagnant. Ceci étant dit, mon propos n’est ni de juger ni d’absoudre, qui serais-je pour cela, juste d’essayer de comprendre et de mettre en lumière ce qui se passe lorsque chacun réagit en fonction de ses propres intérêts.

Lorsque Stéphane Gonzalez publia un édito qui tomba comme un cheveu sur la soupe, je peux parfaitement comprendre que ceux qui n’avaient aucun intérêt dans la revue, aient considéré cela comme une masta couleuvre, et l’ait recrachée. Comme je suis un ours, entier un et indivisible, et que je n’avais que faire des intérêts, j’ai recraché aussi la soupe, servie froide, 7 ans après. J’ai claqué la porte. Pourtant à décharge Stéphane n’était pas des plus mauvais compagnons de dure lutte, en tout cas pas moins veuille-je dire que ceux qui n’ont jamais rien fait d’autre que de théoriser, ou de fermer les yeux, ou de fermer leur bouche, par stratégie ou intérêt personnel.

Même topo lorsque Fernand a accepté le sponsoring de l’Equipe de France.

Car impliqué collectivement c’est vite plus complexe, car il y a forcément des divergences d’opinions. Des couleuvres, des grosses, on en a avalé, les uns et les autres, lors du match France Angleterre par exemple. Nous étions peu nombreux à porter en Aveyron les VALEURS de l’UNCM inscrites en lettre d’or sur fond noir « I did’nt move the fish ». Contre l’avis de pas mal de nos supporters de l’époque d‘ailleurs qui ne comprenaient pas, voire condamnaient cette participation. Mais je crois, non, j’en suis sûr maintenant, qu’il fallait y être. Retournons donc en Aveyron, en 2005. Pour ne pas froisser plus nos adversaires, dont Bob l’éponge accusé d’avoir à l’époque dans son plan d’eau un poisson issu du domaine public, qui faisaient lourdement pression sur l’organisateur en le menaçant de boycotter le match, ce dernier nous a gentiment demandé d’ôter nos sweats. Il faut dire que Philippe, chefs des entiers, et Sam le Pirate de mémoire, avaient quelques heures auparavant bien chauffé l’ambiance en refusant de serrer la main moite, enfin je suppose, de Bob l’éponge. Stéphane, l’organisateur, a aussi avalé son lot de couleuvres puisqu’il a été le jour même évincé du conseil d’administration de l’UNCM. Pour autant il a toujours laissé ouvertes les colonnes de sa revue à l’UNCM. Cela, et d’autres choses encore, appartient désormais à la petite histoire de la pêche, voire à la rubrique des chiens écrasés.

Pourquoi les déterrer donc ? Parce que d’une j’ai retrouvé le brouillon de ce vieux papier au fin fond d’une clef USB, et que le temps et l’actualité aidant, il me montre à quel point c’est compliqué de concilier position collective et stratégie individuelle, ou position individuelle dans une stratégie collective. En fait c’est plus pas facile que c’est compliqué 🙂 . Allez j’arrête de jouer : le seul équilibre stable c’est le gagnant/gagnant, faut pas être sorti de St Cyr. « Et de deux ? » me direz-vous… j’y viens.

Continuons avec un St Cyrien, sautons allégrement du coca light et revenons à la notion de stratégie et à la grande Histoire. J’entendais il y quelques jours un Général au brillant parcours, enseignant désormais la stratégie à Sciences Po Paris, répondre à l’assertion d’une journaliste répétant comme l’écho la théorie de « l’inutilité des frappes aériennes sans engagement de moyens au sol ». Ce à quoi le Général répondit qu’il ne s’agissait pas d’une question de moyens, mais d’une question de STRATEGIE et de VISION. Poursuivant par « que les parties prenantes s’accordent d’abord sur la vision (en l’occurrence géo-politique du moyen orient et du monde de demain) et ensuite déclinent la stratégie, avant de parler tactique et moyens » (je paraphrase de mémoire). Il a aussi indiqué qu’il faudrait probablement pour lutter contre l’Etat Islamique s’associer avec la gouvernance des pays du moyen-orient (pas contre mais avec) en reprenant de façon assez pédagogique l’exemple de la coalition historique des alliés avec Staline, contre Hitler et l’Allemagne nazie. C’est un euphémisme de dire que Staline n’était pourtant pas un ange. Moins nombreux auraient été ceux à décrier une telle alliance sur le net (s’ils avaient pu à l’époque) qu’ils ne le sont aujourd’hui à ânonner qu’il faudrait bombarder la Syrie (pour en faire quoi ensuite ? Bombarder des civils pour nourrir là bas la haine de l’occidental et le terrorisme, et ici des idées à l’extrême limite droite de la xénophobie et du fascisme ? Entretenir la guerre au prétexte de chercher la paix ?) et surtout nous protéger de l’invasion des migrants (que disais-je), alors même que ces pauvres hères ne cherchent qu’à fuir la mort, à sauver leur peau comme nous le ferions à leur place, si la chasse à l’ours était ouverte.

Pour en revenir à la chute de l’Allemagne il a bien fallu, primo, se projeter et s’accorder sur une VISION d’après guerre (avec partage de la gouvernance de l’Allemagne entre l’Ouest et l’Est etc) pour élaborer, secundo, une STRATEGIE commune et décliner, tertio et suivants, la tactique les moyens… donc de s’allier avec l’URSS pour faire capituler l’Allemagne nazie dans une sorte d’équilibre de Nash, d’avalage de couleuvres, d’hasardeuses diplomaties… mais de très grande Diplomatie. Il est là le « et de deux ». Vous avez toujours du mal à voir le rapport ?

Et de deux, parce que c’est juste dommage donc, pour pré-conclure, que nous n’ayons pas su trouver un tel équilibre entre les différentes parties prenantes, médias, associations, simples (pauvres) pêcheurs que nous sommes, du public ou du privé etc. Parce que nous sommes toujours en train de nous diviser voire de nous battre parce que nous sommes tous occupés à défendre « nos » intérêts et qu’aucun ne veut faire un pas vers l’autre et modifier sa (pseudo) stratégie dans une vision commune. Et pour cause, au dessus de la pyramide « vision > stratégie » il y a les intérêts (divergents) alors qu’il devrait y avoir les VALEURS. Celles universelles et non catégorielles (ou religieuses). Je sais, je rêve.

Tous les mecs qui écrivent dans Média, tous les mecs qui pêchent en compét’ et prennent une licence à la FFPC, tous les mecs lambda qui pêchent avec du Nash ou dans le privé ne sont pas des vendus à la solde du démon… Je n’ai aucun état d’âme à l’écrire et ça ne changera ni mes convictions, ni mes valeurs, ni ce que je suis. Toujours entier un et indivisible, sinon plus. D’autant que démon (comme couleuvres) égal religion manichéisme guerre etc.

La guerre est une chose trop grave pour être confiée aux militaires disait Tigrou (séparation des rôles politiques et militaires). Nous ça ne reste que de la pêche, une chose sans importance qui peut donc être confiée aux pêcheurs.

Winny

Electronique… ta mer

Publié: 14 août 2015 dans humeur

Je vais y aller de mon quart d’heure en mode Taz de Tasmanie, parce que y’a des trucs qui me gonflent. Sûr que je ne vais pas me faire que des amis, mais tant pis, resteront les Curly.

Je vais juste préserver sinon mes arrières du moins la réponse facile qu’on pourrait me faire style c’est un billet de vieux réac frustré, de plouc sans dent. Vous avez le droit de le penser, sauf que je n’ai rien à redire à ceux qui veulent se faire plaisir avec un grand écran sur leur bateau et que ne pas faire de même n’est pas une question de sous, juste un question de choix. Pas plus que je rejette la modernité bien au contraire. Je reconnais bien volontiers qu’en action de pêche un échosondeur performant couplé avec un GPS lui-même couplé avec le moteur pour gérer les dérives doit être un confort de pêche pour trouver les poissons, recouper plein de paramètres et améliorer par conséquent sa lecture de l’eau et sa pêche. Je reconnais aussi que le côté technologique donne (tout comme les anglicismes évoqués dans mon précédent article) un côté moderne et booste la pêche, ce qui n’est pas un mal allais-je ajouter. Mais je n’en suis pas si sûr.

évolution

Je ne vais pas me la jouer (sado) maso ou Koh-lanta. Je ne vais pas prôner ici le goût de l’effort ou du dépassement de soi, ça reste de la pêche de loisir et y’a pas de bien à se faire du mal. Sauf qu’à ce compte ça se termine par je t’emmène à la pêche sur le spot, je te prépare la canne, je te pique le poisson, voire je te le sors et tu poses avec sur la photo. Non ? En êtes vous si sûrs ? Parce que l‘argument de vente avoué ou inavoué, ou ce qui pousse à l’achat sciemment ou inconsciemment, ça reste moins le graal, la poudre de perlimpinpin, le leurre ou la bouillette philosophale, que l’égo et la gloire (éphémère) de nos pairs. T’as pas le point GPS du DCP, ou l’électronique qui te permets de trouver le spot dans la botte de foin, ben t’es brecouille et t’as pas ta photo sur face de bouc. Je n’aborderai pas ici le privé, mais ça revient au même. La fin justifie les moyens (oups j’avais dit pas le Marquis de Sade).

Bon au pire, qu’on s’assoie sur le goût de l’effort et que ça fasse mal au luc, après tout chacun fait ce qu’il veut du sien et voit midi à sa porte. Le seul hic, c’est justement que c’est la porte ouverte au grand n’importe nawack, à la mondialisation de l’info et au pillage des pseudo hot-spots. Pseudo parce que si tout le monde se refile les points GPS et pêche en mode « go to », forcément tout le monde se retrouve au même endroit, sur plus ou moins la même dérive, et fatalement c’est là que se prendront les poissons. C’est tellement plus simple de s’amasser à 77 bateaux (mouche) sur un épron (sic) que de faire du pionniering. Ce qui compte c’est la photo non ? Et si encore ce n’était que cela. Si tout le monde pêchait en no-kill…

Les visiteurs

Car comme pour toute chose ce n’est pas l’outil qui est dangereux, c’est l’usage qu’on en fait. La logique de réduction à la source voudrait qu’en supprimant l’outil on supprimerait le danger… Sauf que ça ne marche pas, parce qu’il y aura toujours un gars pour se la jouer en mode phare ouest, la loi du plus fort, c’est moi qui ai la plus grosse embarcation et en plus il faut bien que je rembourse l’essence ou le prix de la sortie. Ne nous leurrons pas, il n’y a pas que des philanthropes. Plus exactement il y en a peu. Combien viennent casser du fiiish, remplir le congélo pour les jours de vaches maigres.

Sans électronique, sans internet, la pêche est plus dure et plus confidentielle. Avec, elle devient parfois trop facile, donc la ressource trop accessible, donc trop dangereuse. Après on peut faire le beau et se la jouer Sea-Shepherd en dénonçant le massacre des globicéphales ou baleines pilotes aux îles Féroé quand on fait pareil, ou contribue à faire pareil, sur la côte Atlantique.

Pêche de loisirs disais-je. Oui lorsqu’il n’y a pas de pognon en jeu (donc de business, de sponsor, de report à faire) sinon ça devient de la pêche quasi-professionnelle (au sens obligation de résultat et de compte à rendre). Et lorsque la pêche de loisir devient source de revenus sur le dos des partenaires de jeu, ça ressemble à de la corrida. D’accord ce n’est pas le même rendement qu’un abattoir industriel et je pousse le bouchon ou en tout cas votre réflexion. Car regardons simplement (naïvement ?) la vérité en face. Moi je veux bien qu’on les aime ses taureaux, mais quand on aime on préserve, on ne tue pas ou on fait tout pour l’éviter, même par procuration. Sinon c’est de l’amour vache, pour ne pas dire du sadisme. Non je ne l’ai pas dit.

la pèche

Pour conclure n’oublions pas que dans cette triste corrida (comme dans tout processus non durable ou raisonnable) le taureau c’est nous autres en fin de boucle. Que chacun fasse ce qu’il veut de SON luc oui, mais cette liberté s’arrête lorsqu’on commence à jouer avec celui des autres. Quand il n’y aura plus de vaches maigres, les pêcheurs de loisirs éco responsables pourront toujours se rabattre sur les thons ou les requins et louer la nature le réchauffement climatique qui les rapproche de nos côtes.

Voilà, c’est dit.

images extraites de http://voyagedegerardetlisette.blogspot.fr (bulles modifiées)

Anglicisme

Publié: 9 août 2015 dans l'évangile selon moi

Si les termes entrés dans le langage courant ne semblent pas déranger outre mesure le commun des mortels, d’autres partent en croisade pour protéger notre identité linguistique face à l’ennemi venu de la perfide Albion : l’anglicisme.
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Certains se souviennent, peut être, que la France avait légiféré au milieu des années 80 pour limiter l’usage de l’anglais en terme de publicité commerciale et d’affichage, sauf à être traduit en (tout) bon et généralement en (tout) petit français précédé d’un astérisque. L’ex-ministre de la Culture avait également missionné l’Académie française pour mettre en place une base de données proposant des d’équivalents français, comme baladeur pour walkman par exemple. Trente ans après, reconnaissons que d’un cöté ça fait toujours aussi ringard, alors que de l’autre ça faisait quand même plus moderne. Car l’anglais c’est la langue utilisée dans de nombreux domaines spécialisés (les sciences, le sport…). Or force est de constater qu’en pratique c’est ce type d’anglicisme qui est bien entré dans notre quotidien et que les non initiés réfutent comme un charabia incompréhensible.

Que courriel ou e-mail n’existent pas en latin tout le monde comprend aisément pourquoi. C’est ce qui différencie une langue morte et figée dans le temps, d’une langue qui doit vivre avec des nouveautés toujours plus nombreuses au quotidien qu’il faut bien baptiser. Prenons l’exemple, à l’échelle d’une dynamique bien plus lente qu’elle ne le serait aujourd’hui, de la vulgarisation des techniques modernes de pêche de la carpe (dites à l’anglaise tiens, tiens) dans la fin des années 80. A qui devons nous les premiers articles en France ? A Henri Limouzin et à la revue la pêche et les poissons. Est-ce totalement un hasard ? Pas vraiment si on sait que le journaliste était justement professeur d’anglais, qu’Internet et Reverso n’existaient pas plus qu’il n’y avait de revues spécialisées (hormis la pêche et les poissons et le chasseur français). C’était (et c’est encore) quand même bien plus facile pour le commun des mortels de reprendre un terme anglais, voire de traduire une technique ou un mot de l’anglais que disons du flamand ou du japonais. Oui les termes estrangers rentrent donc dans notre quotidien poussés par un business qui consiste à donner un coup de jeune à de l’ancien, comme par exemple en parlant de « the method » à ceux qui on connu la pêche à la pelote ou encore de « selfies en mebaru fishing » aux enfants de Marcel Pagnol. Bref si le prof d’anglais a choisi de traduire dans la langue de Molière quelques mots ou d’inventer des néologismes comme bouillette, d’autres prefèrent rester sur la VO (version originale). La langue de Shakespeare, pour peu qu’on la comprenne évidemment, offre des expressions à la fois imagées et concises. Je trouve que certaines perdent notablement à être traduites, comme « bait runner », « monkey climber » ou encore « walking the dog ». C’est quand même moins fun, ou exotique en tout cas, d’imaginer un écureuil sauter de branche en branche, qu’un singe grimper de façon verticale et rectiligne au cocotier à chaque touche. Bait runner me fait penser à road runner, le « bip-bip » français (traduction qui réduit l’imaginaire à l’onomatopée) qui fuit le vil coyote. Que dire de réduire la fuite d’une esche engamée à l’aspect technique d’un moulinet « débrayable », surtout après avoir visionné des vidéos « underwater » (subaquatiques). Pêcher en skipping pourrait se traduire par faire ricocher l’appât sur l’eau, pour l’envoyer loin sous les frondaisons, à l’instar d’un kangourou rebondissant dans le bush en touchant à peine le sol. Une fois qu’on a compris cela pourquoi ne pas garder « Skipper » ? Par contre Bite indicator n’a rien perdu de sa virilité à être remplacé par indicateur de touche puisque c’est une traduction littérale, sauf à s’interdire des jeux de mots salaces, que l’on pourrait aussi faire a l’apéro avec « tchin tchin » en japonais. Bref je résume ma pensée vagabonde : si un mot ou une expression est facilement remplaçable on fait comme le bailli du Limousin, on remplace. Si traduire fait perdre du sens, de l’image, voire un peu d’humour, de poésie ou la part du rêve, ce n’est pas moi qui jouerai les vierges effarouchées ni irai bouter l’anglois.

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Honi soit qui mal y pense

Certaines expressions auront en français, comme en anglais d’ailleurs, un sens complètement improbable tant qu’on n’aura pas déchiffré le code. Mais c’est aussi dans toute communication. C’est pour cela que je me suis amusé avec quelques codes ci-dessus. Par exemple « Mebaru » en japonais veut dire « rascasse ». Or au début de « la gloire de mon père » Marcel Pagnol raconte comment son père s’était moqué d’un de ses collègues, également enseignant, qui s’était fait immortalisé avec une rascasse de 10 livres (se faire photographier avec un poisson, quel manque de dignité ! ), alors qu’à la fin de ce premier opus il fait de même avec deux bartavelles, posant comblé de fierté devant l’appareil de l’ennemi juré : un curé ! Moralité : soyons bons joueurs et acceptons de nous moquer un peu de nous même ; regardons la poutre dans notre propre œil ; faisons preuve d’un peu de tolérance. Code encore : tchin tchin (phonétiquement) veut dire zizi en japonais alors que bite veut bien entendu dire morsure/touche en anglais. Toujours cette histoire de code : demandez à un néophyte de pêcher en « sortant le chien » ne sera pas plus explicite que de lui parler de « walking the dog », tant qu’il ne s’imaginera pas avec au bout de la ligne un bulldog (français ou anglais ça n’a donc pas d’importance), faire un coup le caniveau à droite, un coup le muret à gauche, le poteau d’incendie à droite, le poteau téléphonique à gauche… Tout bon (encore lui) pêcheur vous dira que ces zigs et ces zags, ce « walking the dog » en quête de poteaux, est bien la technique reine (de sa gracieuse majesté donc) en top water (sic). A propos de trône (re sic) et de monarchie (re re sic), on en oublierait presque que le même phénomène a existé de l’autre côté de la manche et ce pendant des siècles. En effet la cour d’Angleterre utilisa le français pendant à minima 400 ans (du XI au XV, c’est facile à retenir puisque ça va du siècle des pousse boulette à celui des gentlemen qui pratiquent un sport de voyou, juste avant celui des meuniers Tudor, enfin c’est mon moyen mnémotechnique pour retenir quelques dates repères de l’histoire des rois d’anglettere) puisque y trônèrent successivement une vingtaine de monarques français, de souche normande ou angevine, à commencer par Guillaume le conquérant, AKA (also know as = aussi connu comme) William. Soit dit en passant, les acronymes n’ont rien à envier aux anglicismes dans le langage moderne courant (GPS, USB…) LOL etc.

Ici et maintenant

Quel rapport me direz vous ? Le point commun reste l’usage d’un jargon spécialisé, comme dans tout métier, dans toute corporation, dans toute cour. Pourquoi ? Moins par communautarisme souvent que par nécessité pratique (comme twitcher, jerker, pitcher etc) afin de résumer en un mot sans équivalent ce qui prendrait plusieurs phrases d’explications, on l’a vu. Souvent pour des raisons précises au départ, sémantiques, ignorées avec le temps par des jeunes générations qui font soit à l’imitation des anciens, comme les enfants apprennent un mot, soit au contraire qui s’en détachent et adoptent leur propre dialecte. Défendre la culture et l’identité, c’est peut être aussi chercher à comprendre la richesse d’une expression. N’est pas vieux briscard le premier bleubite venu. Car il s’agit bien aussi quelque part, j’ose le dire, de culture, qu’elle soit ancestrale, étendue ou plus récente et confidentielle (le street art, les sports de rue, le street fishing etc), et de sentiment d’appartenance cher à Maslow dans sa pyramide des besoins. Car finalement quel est le code commun le plus simple à adopter si ce n’est le langage ?

Gone fishing ! A.S.A.P.

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Comme tout pêcheur empathique en théorie, je sais bien que pour ne pas se faire attraper il faudrait savoir fermer sa bouche. Je n’irai pas jusqu’à dire que les bass ou autres sandres l’ont compris, toujours est-il que lorsqu’ils ont la gueule fermée, on peut toujours se brosser. A contrario lorsqu’ils sont sur les dents, ils sont prompts à prendre la mouche. C’est d’une évidence telle lorsqu’ils sont sur les nids, que le législateur en supra protecteur des futures générations, a défini des périodes de fermeture.

On trempe la plume dans le fiel.

Oui mais voilà, entre l’éthique élastique humano-dépendante de la pratique halieutique et l’interdiction théorique réglementaire, il y a tout un monde. Et comme en plus de ne pas savoir fermer leur bouche, certains osent, diantre, s’afficher clairement en selfish avec un black pendant la fermeture sur les réseaux et autres forums asociaux, il y en aura toujours un qui y trouvera à redire. Pourquoi pas d’ailleurs, c’est aussi ça la liberté d’expression. Elle agace et n’a besoin d’être défendue qu’à partir du moment où elle est impertinente, qu’elle dérange les bien pensants. Et c’est bien là quelque part le paradoxe, jouer le chevalier blanc sans voir la poutre qu’on a dans l’œil. « C’est pas bien de pêcher les blacks en période de fermeture », « Oui mais ils n’étaient pas sur les nids »… Voir la paille dans l’œil des autres et oublier le broc métré qu’on a sacrifié, « oui mais il avait avalé trop loin » et « c’est pas pareil de garder un sandre ou un brochet par an, que de pêcher les blacks sur les frayères »… C’est pas si grave que si c’était pire, donc.

La pêche de Nietzsche généralisée ?

Si nous aspirons à être des pêcheurs raisonnés, et pas qu’en terme de prélévement ou d’affichage s’entend, essayons donc de raisonner. Simplement. Thèse : raison, réglementation, éthique… Antithèse : passion, image, égo… Synthèse : la raison est un fleuve qui creuse son lit, la passion est un fleuve qui rompt ses digues. Et selon Shara Toucetralala « en vérité l’homme est un fleuve impur. Il faut être devenu océan pour pouvoir, sans se salir, recevoir un fleuve impur ». Acceptons notre statut de fleuve impur, nous avons tous nos propres contradictions, nos choix parfois raisonnables, parfois moins. Savoir le reconnaître c’est, qu’on le veuille où non, avancer et grandir vers l’océan que l’on deviendra un jour peut-être, nous rendant plus tolérant, y compris vis-à-vis des impurs.

Après tout un mois de mai d’infidélités à dame carpe, roturière s’il en est bien avant d’être anoblie par les sujets de sa gracieuse majesté, je suis encore descendu dans l’échelle sociale, me mêlant au petit peuple qui en rang d’oignons pêche un poisson encore moins fin, plein d’arrêtes et donc indigne d’intérêt, si ce n’est pour enchaîner les touches dans un retour en enfance qui rappellera à ceux qui l’ont connue, la pêche au vairon ou au goujon. On peut considérer que c’est une pêche débile quand les aloses tapent dans tout ce qui passe. Mais n’est-ce pas pareil pour tous les poissons ?

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Ca fait deux ou trois week-end que j’essaie de prendre un chevesne, n’importe lequel (enfin le plus gros -malin- du lot quand même) au leurre souple. Vous savez ce poisson qui en fait rager plus d’un lorsqu’il faut reposer entre loup et chien, à 6h du matin, à 300m un montage initialement destiné à une carpe. Le chevesne, poisson indésirable au même titre que les autres blancs, brèmes, barbeaux ou tanches (oups circulez c’est vert), disons donc les sans dent, re-oups ils en ont (bien profond puisque pharyngiennes) mais heureusement moins longues et pointues qu’un prédateur sinon ils finiraient au beurre blanc… Ce qui n’est pas plus glorieux qu’en pâté avec de l’oseille; dans une écologie-nomie circulaire c’est un peu du pareil au même, à savoir concentrer les métaux lourds en haut de l’échelle, à mettre du plomb dans le cerveau des supra prédateurs supra évolués… Bref ce n’est pas pire que d’être née perche, au soleil, ou au canada, et d’être classée nuisible.

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Moi je les aime bien ces « crappies », qu’on pourrait traduire par « poisson de merde » en bon français. Simplement parce qu’aussi cons qu’un poisson rouge, ils peuvent rendre heureux ou malheureux le pauvre pêcheur que je suis, en prenant ou pas mon leurre. Au final y’a rien de marrant, pour moi, à enchaîner les touches. Ce qui me plait c’est moins d’essuyer les refus, j’suis pas maso non plus, que de trouver la clef, pour prendre les aloses lorsqu’elles n’en veulent plus, une perche franche avec des micro-leurres ou soleil avec des nano-leurres, ou un chevesne avec une imitation de cloporte ou d’insecte improbable…

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Oui j’ai acheté une canne UL (ultra-light) pour pouvoir lancer des crottes de nez au cul des chevesnes, ou pour pêcher « le tétard en spining » comme dit mon ami Olive.

Vous savez désormais pourquoi.

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B.A. BArrage (part6 et fin)

Publié: 13 février 2015 dans l'intégraal

Bateau gonflable ou en dur ?

Vous l’avez compris, je ne conçois pas la pêche en barrage sans bateau. Je ne dis pas que ce n’est pas possible, je dis juste qu’un bateau offre la même liberté en lac, que le permis et la voiture à 18 ans. Au moment de l’achat on est toujours partagé face à l’offre : gonflable ou un rigide ? J’ai eu les deux (que j’ai encore d’ailleurs) en commençant par un petit Tabur de 2m40. Il a fait quelques (très) grands lacs. Ca reste quand même un poil risqué dès que les thermiques (vents lié au gradient de température jour/nuit sur les grandes surfaces d’eau) se lèvent, et c’est un euphémisme de dire que n’est pas super stable.

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J’utilise désormais un pneumatique (3m20), plus adapté pour embarquer tout le barda et surtout plus sécuritaire pour prendre les vagues et combattre en pleine eau. L’inconvénient d’un gonflable reste sa relative fragilité, au contact d’une pierre c’est un pneu le pot de terre contre le pot de fer. Pour autant ça reste assez facile à réparer tant qu’il suffit de mettre une rustine sur une fuite. Lorsqu’il s’agit de recoller un tableau arrière c’est plus complexe… Bref à vous de mettre en équation tout ces paramètres sachant qu’il faudra aussi prendre en considération le transport (un pneu loge dans une voiture, un bateau en dur nécessite une remorque dès qu’il n’est pas possible de le mettre sur une galerie), une mise à l’eau etc. Dans tous les cas ne faites pas l’économie d’un bon gilet de sauvetage. Préférez un modèle autogonflant car, en cas de malaise, avant ou après être tombé à l’eau, il se gonflera automatiquement et vous retournera tête hors de l’eau. (Ceux de Décathlon sont top et parmi les moins chers)

Du Big à l’hameçon

Reparlons un peu des montages, de leur dépose, et de cette fameuse berge d’en face. Dans les lacs réellement pierreux et pentus, il est souvent difficile de pêcher sa propre pente tout simplement parce que l’angle est bien trop faible, de fait le corps de ligne frotte et casse. C’est dommage, car pêcher dans ses bottes, lorsque c’est possible, s’avère bien plus rentable pour maintes raisons : il est plus facile de lancer que de déposer, on fait moins de bruit qu’avec le bateau, on est plus rapide, on peut réamorcer à la fronde, au tube lance-bouillette ou au spod. Ne l’oubliez pas. Lorsque ce n’est pas possible ou que sa propre berge n’a pas d’intérêt, on cherche à ouvrir cet angle, en pêchant la berge opposée d’une baie ou celle d’en face, la pente d’un éperon immergé à droite ou à gauche… Il convient donc d’avoir un moulinet capable de contenir à minima 300m de tresse en 30 ou 35/100 et ramenant plus ou moins un mètre au tour de manivelle. Petite parenthèse, le GPS de randonnée évoqué tout à l’heure a aussi l’avantage de permettre l’estimation de la distance du spot que l’on veut pêcher, depuis sa propre berge. J’ajoute au corps de ligne une tête en gros nylon (type Dressen X) puis un clip plomb et un bas de ligne de 30lbs minimum terminé par un hameçon fort de fer et une pop up équilibrée par une « petite » cendrée à quelques centimètres de l’hameçon.

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Le poids de la cendrée dépend de l’effet mécanique voulu. L’équilibre parfait (disons + ou – 2g environ) ne gène pas l’aspiration, au contraire puisque in fine votre esche reste moins lourde que les bouillettes d’amorçage. Plus lourde (10g voire plus encore) cette plombée facilite le pré piquage et l’effet mécanique du montage. Dans le premier cas on joue sur le paramètre liberté de l’appât et « méfiance » des poisson (eaux sur pêchées pour faire simple) dans le second on essaie d’optimiser le ratio de « fausses touches » (poissons qui recrachent l’esche). A vous de voir sur le terrain tout cela restant assez théorique. J’utilise également l’adaptation du chod rig que j’ai déjà eu l’occasion de vous présenter sur le site Korda dans l’article « hard rock fishing » et dans une vidéo « rig of the team ».

On pourrait écrire tout un livre (d’ailleurs il en existe et des très bons). Vous avez là les essentiels, il ne tient désormais qu’à vous de venir jouer dans la cour de ces géants. Qui sait, on s’y croisera peut-être un jour.

Eric

PS : au fait, j’allais oublier de vous parler de la quatrième étape. A force de pratique on devient de plus en plus « compétent inconscient ». On sait que c’est là qu’il faut poser son montage et que c’est cette canne qui produira la première touche. Parfois ça marche, parfois pas.

B.A. BArrage (part 5)

Publié: 11 février 2015 dans l'intégraal

B.A.BA de l’amorçage
Le choix de l’amorçage guide directement la suite des événements. Si on amorce, disons 5 kg d’entrée, il faudra probablement attendre un peu, c’est un risque à prendre ou pas. Je vous conseille plutôt de commencer par une pêche au spot, en dispersant plus ou moins à la volée une poignée ou deux de particules, de pellets, ou de bouillettes coupées en deux ou encore krushées grossièrement. Souvenez vous qu’il sera toujours plus facile d’en rajouter ou de faire un amorçage de rappel, que d’en enlever. J’ai personnellement un gros faible pour l’amorçage à la bouillette pure et je suis persuadé que ça influe sur le poids moyen des prises. C’est simple à mettre en place et ça oblige les poissons à bouger ne serait-ce que sur quelques mètres, ce qui facilite grandement la performance des montages. Retenez qu’un poisson qui « mange en nageant » se pique très facilement comparativement à un autre qui « mange sur place ».
Pour ne pas venir à manquer, j’emporte au minimum une cinquantaine de kilo de bouillettes pour une session d’une semaine. C’est très souvent trop car, par peur de manquer mais aussi par filouterie, il y a une petite astuce qui consiste à couper les bouillettes en deux. Cela permet de mettre deux fois moins de bouillettes au fond, mais deux fois plus d’appâts (deux fois plus de demi bouillettes que de bouillettes), donc de couvrir deux fois plus de surface, sans gaver les carpes.
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Dites vous bien de toute façon qu’un kilo par canne ça ne représente finalement pas grand chose au fond pour un petit banc de carpe, sans compter les autres poissons blancs. Elargir la zone d’amorçage permet aussi d’avoir plus de chance d’intercepter un banc de poisson, de les garder en activité, et qu’au final l’un deux se pique à votre hameçon. Vous me direz, pour en emmener encore deux fois moins, coupez les plutôt en quatre vos bouillettes ! Et vous auriez en partie raison. Mais le bon compromis réside aussi dans la taille des particules d’amorçage. Plus il y a d’appâts au fond et plus les carpes mettent du temps à tout glaner avant de tomber sur votre esche. On pourrait disserter des heures, retenez que ça marche bien avec des billes de 20 coupées en deux, on ne va pas couper les billes de 14 et les cheveux en quatre. Pour l’esche je préfère utiliser une flottante (16 ou 20mm) pour garantir une présentation optimale et durable comme indiqué plus haut. Il n’est pas rare qu’à grande distance, ou dans la pente, les montages bougent sous l’action des indésirables, du vent où des éventuels mouvements d’eau. Pour toutes ces raisons plutôt que de pêcher à l’assiette je préfère amorcer un disque de 5 ou 6m de diamètre, quitte à concentrer un peu plus l’amorçage sur mon montage. Enfin je marque chaque spot comme waypoint avec un GPS de rando (une centaine d’euros), et ceci pour deux raisons. La première c’est de retrouver facilement un spot productif la nuit ou dans la brume afin de reposer plus ou moins à l’identique, et la seconde c’est d’être capable de rentrer vers mon poste (ce qui déjà en soi n’est pas si facile lorsqu’on a tourné un peu dans le noir) en repassant dans ma trace GPS pour ne pas me prendre dans mes autres lignes.
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