Archives de la catégorie ‘Trib’Art’

Drawing diary de Yosuke Ueno

Publié: 16 octobre 2011 dans Trib'Art

J’aime bien l’idée de ce petit journal dessiné et partagé sur Facebook par Yosuke Ueno. Sous des traits à priori simples c’est une façon originale de dire « j’ai donné à manger aux carpes », ou « je n’ai pas pu résister à un hamburger frites » (deux même!) ou enfin « qu’on est bien les pieds dans l’eau »…

Bref, on se rend compte, et c’est quelque part rassurant, qu’une vie bien remplie l’est souvent de choses simples pour peu qu’on sache les apprécier. 

Ce journal est une facette moins travaillée et colorée que le reste de l’oeuvre de Yosuke Ueno que je vous invite à découvrir, mais c’est peut-être celle que je préfère. 

Hooked on

Publié: 6 octobre 2011 dans Trib'Art

« Geisha with koï carp »
avec l’aimable autorisation de l’auteur Zoé Lachhei

Trib’art (part 2)

Publié: 11 novembre 2008 dans Trib'Art

Un bruit séculaire court sur l’eau puis s’envole pour suivre les méandres du fleuve jaune. Les nageoires deviennent des ailes, les ailes des plumes qui écrivent au fil de l’eau la légende des dragons.

Il était une fois une carpe.

N’écoutant que son courage, elle mobilisa toute sa puissance pour remonter la plus tumultueuse des cascades du fleuve. Admiratifs de sa bravoure les dieux décidèrent de la transformer en un magnifique et puissant dragon. Bien d’autres ont depuis passé la porte du dragon et dans tout l’Orient la carpe n’a cessé de symboliser force et puissance. Les historiens disent par exemple que Confucius reçu comme cadeau à la naissance de son fils, des mains même du roi Shoko de Ro, une carpe, pour qu’à son image l’enfant soit persévérant et courageux. Au pays du soleil levant on continue de fêter les garçons (Tango no Sekku) en célébrant Koi Nobori (littéralement « la carpe montante »), le 5 mai de chaque année.

En mai parce que c’est le cycle de la vie qui reprend. Les premières pousses apparaissent sur les plantes. Le cortège des insectes s’en suit, puis les couvées d’oisillons… Pour protéger leurs plantations les fermiers accrochaient alors sur de longues piques des rubans et autres figurines plus ou moins effrayantes. Avec le temps ces épouvantails prirent la forme de guerriers combatifs, de plus en plus artistiques. Ils quittèrent les champs pour rejoindre les chambres des garçons, les protéger des mauvais esprits et les rendre forts.

L’origine de Tango no Sekku se confond aussi avec la victoire de Tokimune Hojo sur l’invasion des guerriers Mongols le 5 Mai 1282. Les familles de samouraïs célèbrent à la date anniversaire cette victoire en érigeant étendards et fanions. C’était aussi le moment choisi pour offrir armes et armures aux jeunes guerriers.

Depuis, les parents pérennisent ces traditions en souhaitant que leurs fils aient le courage d’un samouraï et d’une carpe réunis. Dans chaque maison une alcôve est décorée et met en valeur une figurine de guerrier avec casque, armure, arc et flèches. Chaque famille installe devant chez elle une grande pique sur laquelle sont attachées des carpes faites de papier ou de tissu, qui avec le vent semblent nager dans l’air. Des rubans multicolores complètent la mise en scène pour représenter les eaux tumultueuses du fleuve.

Il y a en haut une carpe noire représentant le père et une rouge pour la mère. La carpe commune noire, dite Magoï, est en fait la variété ancestrale élevée en Chine et en Asie orientale bien avant le début de notre ère par Fan Li. Elle donnera naissance aux koïs (carpe en japonais) au sens où nous l’entendons en Europe, à savoir les carpes colorées. Sous les parents, la plus grande carpe symbolise l’aîné des garçons puis suivent les cadets, déclinés par taille.

PS : La journée des garçons est devenue en 1948 la journée des enfants (kodomo no hi)

Trib’art (part1)

Publié: 7 novembre 2008 dans Trib'Art

 

 

Les Wendats, amérindiens Hurons (du nom de leur coiffure en forme de hure de sangliers) pensaient que leurs ancêtres vivaient de l’autre côté du ciel. Un jour, alors que sur les conseils d’un guérisseur elle cherchait un remède au pied d’un pommier, une jeune femme enceinte tomba dans un trou. Tentant de se raccrocher à l’arbre, Aathaentsic ne fit que l’entraîner dans sa chute, des cieux vers les océans qui recouvraient la planète. Deux cygnes l’aperçurent et la recueillant sur leur dos, la sauvèrent d’une noyade certaine. L’arbre quant à lui sombra jusqu’au fond de l’océan.

Les cygnes ne sachant que faire de cette femme, la portèrent à la grande tortue, qui provoqua une réunion des animaux. Les plus courageux proposèrent de plonger au fond de l’océan pour aller récupérer quelques mottes de terre accrochées aux racines de l’arbre tombé du ciel. Les uns après les autres, tous plongèrent. La loutre, le rat musqué, le castor. Mais en vain. La situation semblait sans issue lorsqu’un crapaud surprit tout le monde en se portant volontaire. Il plongea aussitôt dans l’océan, pour ne plus remonter. Alors que tous le croyaient disparu à jamais, il fit surface avec les précieuses mottes de terre dans sa gueule. La terre fut alors déposée avec soin sur la carapace de la grande tortue qui devint avec le temps une île verdoyante. La jeune femme s’y établit et donna naissance à la nation Wendate.

Depuis ce temps la tortue symbolise le commencement, la naissance, la construction, la terre mère… Plusieurs clans portent son nom : le clan de la grande tortue, de la petite tortue, de la tortue de boue. Chez les peuples amérindiens les clans, regroupant plusieurs familles, portent des noms d’animaux auxquels ils s’identifient. Le castor est bâtisseur, patient, travailleur. L’ours par sa puissance personnifie la nature sauvage. Comme l’homme, il marche debout, regarde en avant. Il est intelligent et curieux. L’ensemble des clans forme une tribu dont le totem siège en bonne place dans le village.

Pour ces peuples animistes, les animaux, comme les végétaux d’ailleurs, ont une âme. Les amérindiens ne prennent pas la vie d’un poisson ou d’un arbre, ils la demandent et une fois prises ils remercient les esprits par des offrandes. Au rythme du tam-tam le shaman approche les esprits. La magie est omniprésente dans bon nombre d’objets, de la roue de médecine à l’attrapeur de rêves en passant par le sac de… protection.

Attraper les rêves, les retenir dans sa toile, les relâcher au petit matin pour permettre qu’un autre puisse les rêver à son tour… A bien y penser cette culture, emprunte de respect et d’observation de la nature, est-elle si éloignée de la notre ?

 

"Dans ces temps
on nous donne
des droits artificiels sous réserve

Dans nos temps
on possédait
des droits naturels sans réserve"

Jean SIOUI
Wendat du clan de l’Ours