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Born to kill ?

Publié: 15 mars 2017 dans Non classé

Le chat et la souris

Vous je ne sais pas, mais moi j’ai mauvaise conscience à tuer. Même pour réguler les souris qui s’invitent dans mon garage, je dois procéder par tapettes interposées. Ma chatte doit se poser bien moins de questions existentielles quand je vois comment elle joue avec ses captives dans le jardin. Au final je ne sais pas qui est plus cruel que l’autre. Moi j’en ai conscience, elle je ne sais pas. Elle s’en fiche et semble même y prendre un (malin) plaisir.

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Je prends l’exemple du chat et de la souris car lorsqu’il s’agit de tirer sur la chasse, difficile pour moi de jeter la pierre à celles et ceux qui tuent, que ce soit au prétexte de réguler les populations de sangliers comme moi les souris, ou pour toute autre motif plus kaki qu’inné pour le chasseur que pour ma chatte.

Ne pas faire aux truies…

Je sais c’est laid. Mais d’un côté, sauf à chasser avec un fusil à bouchon, des flèches à ventouse ou à les mettre en boite (son pâté valant bien celle du chat) avec un appareil photo, difficile de le faire en no-kill. Notez que je n’ai pas dit le pâté « de chat », ce serait ragoûtant, mais LA pâtée DU chat, qui ne l’est guère moins.

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Ceci dit, on va y revenir, en quoi serait-il moins bien ou mieux de manger du pâté de sanglier, que de chat ou de ragondin. D’un autre côté on s’en fout, nous autre pêcheurs sportifs on n’est pas concernés, on gracie nos prises sans réel scrupule ni examen de conscience.

Release the cochon dans le maïs

Bon, personnellement, c’est vrai que je remets tous les poissons à l’eau, y compris, mais ne le répétez pas à la police de la pêche, ceux que je ne devrai pas, légalement s’entend. Pêcher (accidentellement) et relâcher (volontairement) des poissons-chats ou des perches soleil, ça revient un peu, j’en conviens, à attraper des souris et à les relâcher… dans mon garage.

Au nom de la loi

On ne peut se priver d’un paragraphe sur la loi des hommes. Elle définit quelle espèce est nuisible et doit être éliminée et quelle autre doit être protégée, par des mailles, des quotas, des périodes ou des parcours, des réserves, les procédés de pêche prohibés etc. Elle encadre, de façon assez variable en fonction des départements et des pays, régule donc le droit (ou le devoir !) de tuer pour qui passera et/ou achètera un permis. Bref elle a le « mérite » de légaliser des pratiques sur lesquelles moralement, éthiquement ou philosophiquement on pourrait longuement débattre.

St Pierre, patron des pêcheurs

Pratiques par ailleurs fortement influencées (je n’ai pas écrit justifiées) par notre culture et notre éducation. Nos ancêtres hominidés mangeaient déjà ce (ceux ?) qu’ils pouvaient attraper, et inversement. La chasse a permis de se nourrir, de se vêtir, d’évoluer. Peu de notion de morale, de bien ou de mal dans cette pré-histoire comme dans la tête de ma chatte. Antropomorphisme aidant, les choses ont probablement évolué notamment lorsque l’homme s’est mis en abîme dans des religions le créant à l’image d’un dieu, écartant de fait l’égalité des espèces et à l’occasion celle des sexes, classifiant d’un côté les hommes, d’une côte les femmes, et de l’autre les « bêtes », serpents et autres suppôts de satan. C’est clair que si Ève n’avait pas croqué la pomme on serait tous en train de se balader à loipé dans le jardin d’Eden et on se poserait moins de questions sur l’agriculture intensive ou sur les conditions d’abattage des animaux qui finissent dans nos assiettes. Ceci dit d’autres religions, que je ne connais pas mieux, enseignent un respect équitable envers toutes les créatures vivantes. Elles ne font pas cette séparation par nature, l’humain versus le reste du monde, mais propose éventuellement une graduation des sensibilités, à plusieurs titres d’ailleurs, deux au moins. C’est aussi un peu ce qui se passe dans notre tête, qu’on le veuille ou pas.

Une salade de crudités oui, une assiette de cruauté non.

Des êtres ou pas des êtres, c’est un peu la question. Les amibes ou autres champignons, les mollusques, les végétaux sont des êtres vivants probablement moins sensibles qu’un chat, un cheval ou un globicéphale. Un œuf n’est pas (encore) un poussin ni une poule. Point de neurones pour les uns, conscience plus ou moins développée pour les vertébrés. La notre s’en trouve donc soulagée dès lors qu’on ne s’attaque qu’aux espèces manifestement moins évoluées ou sensibles d’une part, ou aux espèces pour lesquels nous sommes moins sensibles d’autre part (voir supra le pâté de chat).

Sans développer plus ici toutes les formes de cruautés possibles et à peine imaginables, ni vouloir ériger un mode de vie en principe moral, d’autres font le choix personnel d’exclure toute forme de souffrance ou simplement d’exploitation envers les animaux : des conditions d’élevage, à l’abattage ou au choix de ne pas les manger, de ne pas plus utiliser leur cuir (au final quelle différence fondamentale il y a-t-il entre porter la peau d’un animal mort ou sa fourrure ?), la laine ; ne pas faire d’équitation, ne pas avoir d’animal de compagnie, pas d’aquarium…

Je vous laisse imaginer ce qu’ils peuvent penser de la pêche de loisir. Car ne nous voilons pas la face, en un mot comme en cent, on passe effectivement notre temps à faire chier les poissons et encore même pas pour les bouffer. Fermer les yeux n’éludera pas le sujet. Et ne doit-on pas se poser la question quand on voit le sort des poissons sur pêchés, bouches et nageoires estropiées, le comportement peu précautionneux y compris de certains intégristes du no-kill, envers les poissons et pas que ? Idem pour la mascarade annuelle de l’ouverture de la surdensitaire. Si encore l’incohérence s’arrêtait à gracier les carpes et zigouiller les truites d’élevage, alter gallinettes cendrées, il y aurait moindre mal oserais-je avancer, mais on zigouille aussi les brochets (espèce menacée dans beaucoup de nos eaux), on pêche les silures à la bouée avec des carpes ou, pardon, avec des blancs moins nobles (carassins, chevesnes…) ou avec des anguilles (aussi menacées)… On se réconfortera en se disant qu’une anguille ce n’est rien comparé au trafic de civelles, que les truites surdensitaires sont élevées pour être tuées et préserver la pression sur les truites sauvages. Oui… et non quand on voit par ailleurs le peu d’intérêt pratique porté aux têtes de rivières et à l’eau, non mais a l’eau quoi, sauf pour arroser le maïs, avec lequel pêcheront ceux qui voudront éviter les bouillettes à base de farines de poisson.

L’emprise d’indécence

D’ailleurs tout ce qu’il y a de l’autre cote du miroir on s’en fout en fait, ça ne se voit pas plus que la soupière sous le tapis. Déjà que ce qu’on voit on s’en fout, ou coupe, on rase, on défonce les roselières, on chie partout sans enterrer ses étrons, on balance ses mégots par terre, on laisse ses déchets en vrac… Alors un poisson relâché avec une caudale pétée, les ouïes arrachées ou avec une gueule défoncée au grip ça ne se verra plus une fois rejeté à l’eau. Tout comme lorsqu’il n’y aura plus d’eau on ne s’inquiétera plus de vie aquatique, le problème étang réglé à la source.

L’opinion publique est tout au plus écœurée, le mot restant bien fort, à la vue d’une photo montrant une anguille ou des tonnes de cadavres de poissons. La nausée ne durant guère que le temps de tout emmener à l’équarrissage et de dissiper les relents fétides.

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Chacun fait sa propre lecture des choses.

Chacun peut lire (ou écrire) à plein de niveaux différents dès qu’il va au delà du simple B.A. BA. Les mots écrits, ou lus, sont l’expression ou l’origine d’une pensée, de l’imaginaire se construisant sur les bases de ses propres connaissances et recherches. Je ne peux pas croire que l’auteur (Didier Decoin, de l’académie Goncourt) ait mis 12 ans à écrire ce livre et qu’il ne me faille que 2 jours de lecture pour en comprendre la profondeur. Et je ne parle même pas de la culture nippone.

Les anciens récits étaient d’ailleurs des sutra, des poèmes, des allégories, des fables, des mythes dont le sens était ainsi plus facile à retenir à l’aide de ces images.

Or je n’ai pas lu, dans les premières critiques trouvées sur le net de cet ouvrage, autre chose qu’un premier degré de lecture. Un peu comme on ne verrait que le prime abord, la saleté ou la puanteur d’un métier, d’une personne et non l’être dans ce qu’il est. Or c’est un des fils conducteurs omniprésent, la dualité entre l’être et le paraître, la pensée et le corporel, parmi d’autres.

L’allégorie de la fragrance de la demoiselle du pont entre deux brumes est une mise en abîme (au sens pictural du terme). C’est, au premier degré, le voyage de Miyuki depuis son village de Shimae (une première brume) jusqu’à Heinankyo (via un pont), la capitale de la cité impériale (plongée dans une seconde brume lorsqu’elle y arrive et qu’y sévit un incendie, il n’y a décidément pas de fumée sans feu). Ce long et tumultueux parcours laissera sur elle une empreinte olfactive.

C’est aussi le voyage de la vie qu’elle se remémore tout au long du parcours. Son enfance, son mariage par intrusion nocturne, sa vie de couple, la sensualité, le travail de son pêcheur de mari, son « propre » travail, la mort, le fantôme de son mari. Là encore d’autres odeurs entre sa vie d’avant et sa vie d’aujourd’hui.

C’est encore un cheminement individuel, la découverte du sens de la vie. Pour Miyuki la continuité de l’œuvre de Katsuro certes, mais au-delà. L’amour éternel.

In fine le concours de fragrances (dont la plus improbable à formuler, celle qui reste après le passage du pont, qui plane comme un fantôme) boucle en fin d’ouvrage avec la citation de Shakyamuni Buddha écrit par l’auteur en propos préliminaire : une fragrance difficile à définir qui ne vient ni ne part, qui n’apparaît ni ne disparaît. L’odeur comme un curriculum immatériel de la vie : le karma.

C’est enfin le cheminement et l’éveil possible du lecteur. Quels tiroirs ouvrira-t-il ? Quel pont franchira-t-il ?

Que lui en restera-t-il une fois l’ouvrage lu ?