Archives de la catégorie ‘l’intégraal’

B.A. BArrage (part6 et fin)

Publié: 13 février 2015 dans l'intégraal

Bateau gonflable ou en dur ?

Vous l’avez compris, je ne conçois pas la pêche en barrage sans bateau. Je ne dis pas que ce n’est pas possible, je dis juste qu’un bateau offre la même liberté en lac, que le permis et la voiture à 18 ans. Au moment de l’achat on est toujours partagé face à l’offre : gonflable ou un rigide ? J’ai eu les deux (que j’ai encore d’ailleurs) en commençant par un petit Tabur de 2m40. Il a fait quelques (très) grands lacs. Ca reste quand même un poil risqué dès que les thermiques (vents lié au gradient de température jour/nuit sur les grandes surfaces d’eau) se lèvent, et c’est un euphémisme de dire que n’est pas super stable.

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J’utilise désormais un pneumatique (3m20), plus adapté pour embarquer tout le barda et surtout plus sécuritaire pour prendre les vagues et combattre en pleine eau. L’inconvénient d’un gonflable reste sa relative fragilité, au contact d’une pierre c’est un pneu le pot de terre contre le pot de fer. Pour autant ça reste assez facile à réparer tant qu’il suffit de mettre une rustine sur une fuite. Lorsqu’il s’agit de recoller un tableau arrière c’est plus complexe… Bref à vous de mettre en équation tout ces paramètres sachant qu’il faudra aussi prendre en considération le transport (un pneu loge dans une voiture, un bateau en dur nécessite une remorque dès qu’il n’est pas possible de le mettre sur une galerie), une mise à l’eau etc. Dans tous les cas ne faites pas l’économie d’un bon gilet de sauvetage. Préférez un modèle autogonflant car, en cas de malaise, avant ou après être tombé à l’eau, il se gonflera automatiquement et vous retournera tête hors de l’eau. (Ceux de Décathlon sont top et parmi les moins chers)

Du Big à l’hameçon

Reparlons un peu des montages, de leur dépose, et de cette fameuse berge d’en face. Dans les lacs réellement pierreux et pentus, il est souvent difficile de pêcher sa propre pente tout simplement parce que l’angle est bien trop faible, de fait le corps de ligne frotte et casse. C’est dommage, car pêcher dans ses bottes, lorsque c’est possible, s’avère bien plus rentable pour maintes raisons : il est plus facile de lancer que de déposer, on fait moins de bruit qu’avec le bateau, on est plus rapide, on peut réamorcer à la fronde, au tube lance-bouillette ou au spod. Ne l’oubliez pas. Lorsque ce n’est pas possible ou que sa propre berge n’a pas d’intérêt, on cherche à ouvrir cet angle, en pêchant la berge opposée d’une baie ou celle d’en face, la pente d’un éperon immergé à droite ou à gauche… Il convient donc d’avoir un moulinet capable de contenir à minima 300m de tresse en 30 ou 35/100 et ramenant plus ou moins un mètre au tour de manivelle. Petite parenthèse, le GPS de randonnée évoqué tout à l’heure a aussi l’avantage de permettre l’estimation de la distance du spot que l’on veut pêcher, depuis sa propre berge. J’ajoute au corps de ligne une tête en gros nylon (type Dressen X) puis un clip plomb et un bas de ligne de 30lbs minimum terminé par un hameçon fort de fer et une pop up équilibrée par une « petite » cendrée à quelques centimètres de l’hameçon.

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Le poids de la cendrée dépend de l’effet mécanique voulu. L’équilibre parfait (disons + ou – 2g environ) ne gène pas l’aspiration, au contraire puisque in fine votre esche reste moins lourde que les bouillettes d’amorçage. Plus lourde (10g voire plus encore) cette plombée facilite le pré piquage et l’effet mécanique du montage. Dans le premier cas on joue sur le paramètre liberté de l’appât et « méfiance » des poisson (eaux sur pêchées pour faire simple) dans le second on essaie d’optimiser le ratio de « fausses touches » (poissons qui recrachent l’esche). A vous de voir sur le terrain tout cela restant assez théorique. J’utilise également l’adaptation du chod rig que j’ai déjà eu l’occasion de vous présenter sur le site Korda dans l’article « hard rock fishing » et dans une vidéo « rig of the team ».

On pourrait écrire tout un livre (d’ailleurs il en existe et des très bons). Vous avez là les essentiels, il ne tient désormais qu’à vous de venir jouer dans la cour de ces géants. Qui sait, on s’y croisera peut-être un jour.

Eric

PS : au fait, j’allais oublier de vous parler de la quatrième étape. A force de pratique on devient de plus en plus « compétent inconscient ». On sait que c’est là qu’il faut poser son montage et que c’est cette canne qui produira la première touche. Parfois ça marche, parfois pas.

B.A. BArrage (part 5)

Publié: 11 février 2015 dans l'intégraal

B.A.BA de l’amorçage
Le choix de l’amorçage guide directement la suite des événements. Si on amorce, disons 5 kg d’entrée, il faudra probablement attendre un peu, c’est un risque à prendre ou pas. Je vous conseille plutôt de commencer par une pêche au spot, en dispersant plus ou moins à la volée une poignée ou deux de particules, de pellets, ou de bouillettes coupées en deux ou encore krushées grossièrement. Souvenez vous qu’il sera toujours plus facile d’en rajouter ou de faire un amorçage de rappel, que d’en enlever. J’ai personnellement un gros faible pour l’amorçage à la bouillette pure et je suis persuadé que ça influe sur le poids moyen des prises. C’est simple à mettre en place et ça oblige les poissons à bouger ne serait-ce que sur quelques mètres, ce qui facilite grandement la performance des montages. Retenez qu’un poisson qui « mange en nageant » se pique très facilement comparativement à un autre qui « mange sur place ».
Pour ne pas venir à manquer, j’emporte au minimum une cinquantaine de kilo de bouillettes pour une session d’une semaine. C’est très souvent trop car, par peur de manquer mais aussi par filouterie, il y a une petite astuce qui consiste à couper les bouillettes en deux. Cela permet de mettre deux fois moins de bouillettes au fond, mais deux fois plus d’appâts (deux fois plus de demi bouillettes que de bouillettes), donc de couvrir deux fois plus de surface, sans gaver les carpes.
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Dites vous bien de toute façon qu’un kilo par canne ça ne représente finalement pas grand chose au fond pour un petit banc de carpe, sans compter les autres poissons blancs. Elargir la zone d’amorçage permet aussi d’avoir plus de chance d’intercepter un banc de poisson, de les garder en activité, et qu’au final l’un deux se pique à votre hameçon. Vous me direz, pour en emmener encore deux fois moins, coupez les plutôt en quatre vos bouillettes ! Et vous auriez en partie raison. Mais le bon compromis réside aussi dans la taille des particules d’amorçage. Plus il y a d’appâts au fond et plus les carpes mettent du temps à tout glaner avant de tomber sur votre esche. On pourrait disserter des heures, retenez que ça marche bien avec des billes de 20 coupées en deux, on ne va pas couper les billes de 14 et les cheveux en quatre. Pour l’esche je préfère utiliser une flottante (16 ou 20mm) pour garantir une présentation optimale et durable comme indiqué plus haut. Il n’est pas rare qu’à grande distance, ou dans la pente, les montages bougent sous l’action des indésirables, du vent où des éventuels mouvements d’eau. Pour toutes ces raisons plutôt que de pêcher à l’assiette je préfère amorcer un disque de 5 ou 6m de diamètre, quitte à concentrer un peu plus l’amorçage sur mon montage. Enfin je marque chaque spot comme waypoint avec un GPS de rando (une centaine d’euros), et ceci pour deux raisons. La première c’est de retrouver facilement un spot productif la nuit ou dans la brume afin de reposer plus ou moins à l’identique, et la seconde c’est d’être capable de rentrer vers mon poste (ce qui déjà en soi n’est pas si facile lorsqu’on a tourné un peu dans le noir) en repassant dans ma trace GPS pour ne pas me prendre dans mes autres lignes.
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B.A. BArrage (part 4)

Publié: 10 février 2015 dans l'intégraal

Barrage oui, mais lequel ?
Revenons donc un instant au choix du lac. Je vous conseillerai de jeter votre dévolu sur un lac réputé « facile ». En cherchant un peu sur le net, ou en discutant avec des potes, on trouve vite quelques renseignements. Deux critères, voire trois, sont à retenir : la densité de poisson, celle de la nourriture naturelle et enfin le confort du lac. C’est aisément compréhensible : plus il y a de poissons et de concurrence alimentaire, donc de dépendance aux appâts des pêcheurs, plus vous aurez de chance d’avoir des touches. Moins il y aura de poissons et plus il y aura de nourriture naturelle, plus la pêche sera dure… Je vous conseille de faire vos armes sur les premiers avant de vous atteler aux eaux sous peuplées et/ou très riches en nourriture. Cela vous permettra de prendre confiance, de développer votre technique et de monter en difficulté. La densité est une donnée à relativiser, moins dans le nombre de poissons qu’il est de toute façon toujours assez aléatoire d’estimer précisément, qu’en terme de surface. Supposons, pour simplifier, une densité d’un poisson à l’hectare. Si le plan d’eau ne fait qu’un hectare il n’y aura certes qu’un poisson, mais vous aurez de bonnes chances de le capturer avec quatre montages en cherchant un peu, avec un peu de temps et de motivation. Maintenant, avec la même densité, imaginons qu’il y ait 5000 poissons dans un lac de 5000 ha, et qu’ils soient tous concentrés par exemple dans la queue du lac sur 50 ha… il y a 4950 ha où vous pouvez toujours pêcher ! Heureusement (ou malheureusement) c’est rarement le cas, sauf peut-être à de rares périodes (fraie) et encore. Enfin, la surface reste relative en lac de barrage, en comparaison avec les réservoirs de plaine. En barrage on compte en linéaire de berges (les poissons sont rarement très loin, en tout cas plus facilement dans la première couche d’eau qu’en plein milieu du lac lorsqu’il y a 30m ou plus) alors qu’en réservoir on peut avoir moins de 2 ou 3m de profondeur à plus de 300m du bord et du poisson potentiellement sur toute la surface, dans vos bottes comme à grande voire très grande distance du bord (hors de portée d’un moulinet). Je vous conseille donc plutôt de commencer sur des petits lacs de barrage, c’est forcément moins déroutant et plus pédagogique que les grands réservoirs ou les grands lacs.
Enfin, il y a la « convivialité » du lac. Il est plus confortable de pêcher sur du sable, au soleil, que dans 20 centimètres de boue, ou que dans des cailloux dans des pentes à 45° sous la pluie (et je ne parle même pas de l’hiver). J’ai l’impression de défoncer des portes ouvertes en rappelant ces fondamentaux, mais c’est à prendre en compte pour savoir à quel niveau de difficulté globale vous allez vous attaquer.

Choix du poste
Bon, imaginons que vous ayez choisi un lac. Avec Géoportail ou Google Earth, je vous propose d’affiner sa topographie, d’essayer de lire le lac en 3D, y compris en vous projetant sous l’eau, pour identifier les pentes douces, les pointes, les baies peu profondes… Il faudra également repérer les accès, les rocades qui font le tour du lac et les pénétrantes qui vous conduisent aux mises à l’eau. Je fais chaque fois que possible un rapide tour du lac. Les mises à l’eau (moins nombreuses en lac de barrage qu’en réservoir) peuvent vous donner une bonne idée du nombre de pêcheurs sur le lac. Il suffit de compter les voitures et les remorques. Lorsque c’est possible j’essaie de trouver un point haut avec une vision panoramique, quitte à sortir les jumelles pour voir si les secteurs que j’estime potentiellement productifs sont libres et si je ne contrarierais pas par ma présence la pêche des autres, et inversement. J’ai en effet une sainte horreur qu’on vienne se coller à 100m de moi lorsqu’il y a des centaines voire des milliers d’hectares (des kilomètres de linéaire) à pêcher. De toute façon en barrage ce n’est jamais très bon pour la pêche d’avoir une équipe à droite et une à gauche, l’une ou l’autre vous barrera le poisson. En réservoir il est toujours possible d’aller chercher le poisson plus loin (ou plus court) que son voisin, en barrage les passages se font souvent en bordure, on y reviendra. Au sujet de la fréquentation, évitez les derniers lacs à la mode mis en avant par les revues, ça devient vite de vraies ruches impossibles à pêcher, il n’y a pas mieux pour plomber la pêche. Dites vous que pour un lac cité, il y a en a au moins 10 autres oubliés où vous serez bien plus tranquilles.
Bref, même si je ne suis jamais sûr de rien, je me fie de plus en plus à mes intuitions, mon expérience, pour choisir un secteur. J’affine ensuite en me baladant en zod et en sondant à l’écho. J’ouvre une parenthèse sur les échos. Un échosondeur ça n’a jamais fait monter un poisson dans l’épuisette. C’est certes utile et de plus en plus facile pour comprendre la topographie et localiser les poissons. Personnellement je ne suis pas rentré dans ce paradigme. Pour le carnassier c’est clair que l’approche est différente : on voit une boule de poisson fourrage, les perches, sandres et brochets sont dessous, on pêche ces prédateurs en activité et logiquement on en touche. Pour la carpe, les down et side imaging permettent d’avoir une rapide vision d’une grande zone. C’est fatalement utile, pour revenir à notre exemple d’un lac de 5000 hectares, pour éviter de pêcher les zones désertiques et trouver la ou les zones de concentration de poisson. Je suis peut-être vieux jeu, mais localiser les poissons avec une machine ça me botte moyennement dans ma quête du graal. C’est un peu comme si on me disait de pêcher tel point GPS parce que le poisson est là, parce qu’il y a une grosse carpe résidante, ou d’aller taper tel poisson de 30 dans une toute petite gravière. Je ne dis pas que ce n’est pas plaisant, je ne dis pas que ça ne fait pas de belles photos ou vidéos, je dis juste que ce n’est pas ce que je recherche dans ces grands espaces. Je crois, non je suis sûr d’ailleurs, que mon plaisir ne serait pas le même. Je préfère encore qu’il y ait cette part d’inconnu qui fait de plus en plus défaut. C’est un peu comme pêcher avec un guide qui vous poserait vos montages, bref ferait tout à votre place (on en est plus très loin) et de n’avoir plus qu’a treuiller un poisson. D’ailleurs lorsque je partage les départs avec mes potes de pêche, j’avoue que j’apprécie bien moins la capture d’un poisson sur des montages que je n’ai pas déposé et que j’ai autant de plaisir à voir mes amis heureux. Bref tout ça pour dire que non seulement on peut pêcher les lacs sans écho dernier cri et être heureux au bord de l’eau, mais que même avec un écho de la mort qui tue il vous arrivera d’être capot une semaine… j’ai des noms. Bon, une fois le poste choisi je recherche à l’écho, en sondant à la canne et un peu au feeling, 4 spots et dispose mes montages en l’attente de la première touche. Le seul juge de paix, la seule vérité elle est là : si je ne me suis pas trompé et si je suis sur les poissons, la première touche doit intervenir dans les premières 24 heures.
C’est moins rapide si j’amorce d’entrée. (à suivre)

B.A. BArrage (part 3)

Publié: 8 février 2015 dans l'intégraal
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Matériel et esches basiques

Un autre pré requis est indispensable à terme, c’est la confiance quasi absolue dans le côté technique de sa pêche. On ne doit ni douter de ses esches, ni de ses montages, et encore moins de son matériel… On doit laisser les mythes au placard et bosser les fondamentaux. J’aime le vintage, le classique, ce qui a fait ses preuves, mille fois plus que toutes les pseudo révolutions qui titillent votre crédulité et attrapent plus de nigauds que de poissons. Le choix de l’esche (je parle bien de l’appât qui est fixé à l’hameçon) est simple : elle doit pouvoir prendre des carpes instantanément, partout, rester pêchante le plus longtemps possible sans trop intéresser les nuisibles. Le montage sera simple, costaud, adapté à la configuration et en particulier aux risques (y compris pour le poisson !). Simple ne veut pas dire qu’on peut faire n’importe quoi et que le montage n’a pas d’importance. Il y a des fondamentaux qui font l’unanimité : hameçon qui pique, solide de fer, permettre de prendre suffisamment de chair (la taille est un sempiternel débat, personnellement ça fait plus de 10 ans que je dis les préférer grandes), monté de sorte à basculer mécaniquement pointe en bas, montage le moins possible enclin à s’emmêler, capable de se repositionner si il bouge (qu’il glisse dans la pente ou parce qu’un poisson a pris l’esche mais ne s’est pas piqué…). Voilà en quelques lignes l’essentiel. Comprenez d’abord comment fonctionne un montage, car un montage c’est avant tout une logique mécanique/physique qui conduit, ou pas, à la capture d’un poisson. Sauf à pêcher au coup, c’est-à-dire canne à la main et à ferrer à la touche, un montage ça doit fonctionner un peu comme une tapette à souris. La première carpe qui y touche doit se piquer sans aucune action du pêcheur. Si elle ne peut pas aspirer votre esche, ou si elle peut la recracher sans se piquer, rester chez vous, vous gagnerez votre temps. Partez sur un montage basique opérationnel dans 90% des cas avant de remplir votre boite à pêche de toutes les variantes possibles et imaginables. Les carpes de barrage sont très majoritairement des poissons mobiles, opportunistes et ne chipotent pas. Quant au matériel, je n’ai que de l’éprouvé, qui dure, qui ne tombe pas en panne, que je peux idéalement réparer le cas échéant sur place. Beaucoup de matériel racheté d’occas  à des potes. Demandez vous par exemple pourquoi reviennent à la mode les SS 3000, TS 5000, ou autres Emblem ? Pourquoi les Bigs ont toujours la cote ? Un poil de nostalgie peut être, mais aussi et surtout parce qu’ils sont fait pour pêcher la carpe, pas pour attraper des pêcheurs. Idem côté détecteurs, abri etc. Lorsque je change, je change forcément pour mieux, pas pour n’importe quelle dernière nouveauté.

Pourquoi croyez vous que j’insiste là-dessus ? Parce que le seul paramètre qui doit vous faire douter en action de pêche, c’est la localisation, le choix du poste et éventuellement la stratégie… Moins il y aura de variables et plus vite vous trouverez la clef.

B.A. BArrage (part 2)

Publié: 7 février 2015 dans l'intégraal
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Bosser les basiques
Je vais donc vous dire, en toute modestie, ce que je pense savoir. Tout le monde peut être, sans que ce soit péjoratif, un « pêcheur du dimanche ». Lancer droit devant, in the middle of nowhere, prendre un poisson par ci par là avec un peu de bol ou avec beaucoup de surdensitaires, ne demande quasiment aucun pré requis. Par contre, pour espérer avoir des résultats corrects et réguliers, il faut développer des capacités et accumuler de l’expérience : devenir petit à petit « compétent conscient », l’étape trois, essayer de comprendre pourquoi ça marche, ou pas. Ces capacités sont physiques, mentales, on en a parlé, mais aussi cognitives (ce que je sais). Il est bon par exemple de comprendre les principaux tropismes qui poussent les poissons vers telle zone au moment de la fraie, ou sur tel type de nourriture à telle période ou sur tel lac, ou encore à quelle profondeur on devrait avoir le plus de probabilité de trouver des poissons en activité… Ca c’est la base, théorie nécessaire pour ne pas partir au petit bonheur la chance.

En pratique il arrive que notre approche théorique puisse être erronée, et bien plus souvent qu’on le pense si l’on compare ses propres résultats à ce qu’ils auraient pu être. Il y a toujours des poissons à prendre, pas forcément où ils devraient être en théorie mais bien où ils sont en pratique. D’emblée je vous conseille de ne pas comparer vos résultats à ceux des autres. Prendre un premier poisson, persister, en prendre un autre de temps en temps, puis deux, puis de plus en plus régulièrement. Il s’agit de progresser dans SA propre pêche, de faire ses gammes et de prendre du plaisir au bord de l’eau. D’être bien dans l’instant présent.

Bonheur assumé

Mettre le bonheur d’être avant le paraître. Je ne suis pas dupe, je sais bien que ce n’est plus dans l’air de la désormais médiatisation planétaire, dans l’ère du temps numérique de pêcher pour soi. Se comparer aux autres, se projeter dans une photo qu’on met en temps réel sur les réseaux sociaux, devenir méta-supra-giga-médiatisé et peut être, un jour, sponsorisé ! Ne pas vouloir pêcher, ne pas vouloir prendre des poissons, juste être sponso ! Quand pêcher voire prendre des poisson n’est plus le but en fait, mais juste un moyen d’exister.

Se comparer aux autres c’est la meilleure façon de se sous-estimer, de vouloir ce qu’on n’a pas et finalement d’être ce qu’on n’est pas, de tricher, d’aller à la facilité. Tout le monde ne peut pas être champion du monde et tant bien même, le champion du monde de la pêche de la carpe ne sera in fine que champion de la pêche de la carpe c’est-à-dire un illustre inconnu pour l’immense majorité des habitants de cette planète qui ne pêchent ni ce poisson ni d’autres d’ailleurs. Bref, se forger sa propre expérience, essayer, pêcher un peu, puis beaucoup, passionnément et à la folie, si on aime. Pas le faire pour les autres mais pour soi, pour son propre plaisir, un plaisir égoïste assumé.

Il faut donc apprendre à apprendre, savoir comment s’adapter en fonction des premiers résultats, savoir quitter un poste sur lequel on a fait quelques poissons pour aller en chercher plus ou plus gros ailleurs, ou au contraire attendre, rester. Là c’est l’expérience acquise qui parlera additionnée d’un subtil mélange d’observation, d’imaginaire, de motivation, de projection, de serendipité… ce que certains appellent mystiquement le sens de l’eau, on y reviendra.

(à suivre)

B.A. BArrage (part1)

Publié: 7 février 2015 dans l'intégraal
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Beaucoup de questions sont régulièrement posées sur la pêche en lacs de barrage. Je vous propose donc de revenir sur quelques fondamentaux, que vous souhaitiez vous lancer dans l’aventure ou bien que vous soyez tout simplement curieux de l’approche de ces grands espaces souvent déroutant pour un néophyte.

B.A…titude
Je commencerai à répondre à la question « comment aborder la pêche en barrage ? » par « avec humilité et motivation ». Ces forces d’esprit peuvent à priori sembler opposées, elles le sont effectivement, comme notre main gauche et notre main droite, comme des petites marionnettes qui ainsi font front mais génèrent un juste équilibre. lotus-position-249760 Même si on est loin des sports extrêmes, parfois la nature ou les résultats de la pêche nous forcerons à plus d’humilité. Parfois à devoir taper dans nos réserves en mettant à l’épreuve notre motivation. J’aurais aussi pu parler de métacognition, un mot un peu compliqué qui résume à lui seul l’approche intellectuelle que j’ai de cette pêche : être conscient de ce que l’on sait, mais aussi et surtout de tout ce que l’on ne sait pas ! Quand on est nouveau dans un domaine on est souvent « incompétent inconscient ». C’est la première étape d’un cheminement qui va en comporter quatre. On pense les choses faciles et tout savoir, on invente même des théories fumeuses tout simplement parce qu’on n’a pas la moindre idée de l’immensité de notre ignorance, au point de vouloir expliquer à ses pairs, voire à ses pères, comment on fait les bébés. Tout cela parce qu’on a pris, un jour, sans vraiment savoir pourquoi, une grosse carpe. Puis, quand on acquière de l’expérience, avec le temps et surtout beaucoup de pratique (je parle de pêche et pas de faire des bébés) on se rend compte, bredouilles et déconvenues faisant, qu’on ignore bien plus de choses qu’on en sait vraiment. Step by step, on passe au niveau deux, celui « d’incompétent conscient ». Les mots du sage livrent alors tout leur sens. Oui La pêche de la carpe est une philosophie, une sorte de quête intellectuelle d’un poisson et, quelque part, d’une illusoire vérité, de la béatitude. Si on n’abandonne pas, on a plus qu’une envie : chercher à comprendre plus qu’à prendre.

BArré ?
Ces préliminaires sont utiles avant l’entrée en matière : je ne sous entend pas que c’est une pêche réservée à une élite ou que sais-je (lire je ne suis pas d’accord). Non, je vous rassure si besoin en était, la pêche en lac est accessible à tous, ou presque. Il faut juste vouloir s’y lancer, sous réserve toutefois de bien se connaître. Vous me voyez venir ? Non ? Je m’explique. Lorsqu’on se lance sur un grand lac, c’est toute proportion gardée un peu comme faire du hors piste en partant d’un sommet, il n’est pas si simple de faire marche arrière, de plier et de rentrer à la maison. La voiture peut être à des kilomètres, le réseau téléphonique ne pas passer partout, les éléments peuvent se déchaîner. On n’a parfois pas d’autre choix que de courber l’échine, taper dans ses réserves, faire comme le roseau preuve d’une forte résilience et attendre que ça passe… Il faut savoir si on sera assez dur au mal, psychologiquement et physiquement, et jusqu’à quel point. Des vagues d’un mètre, un pneumatique qui se remplit comme une baignoire avec toute l’intendance qui baigne, un abri qui s’envole et des montages qui ne pourront pas pêcher plus loin que le bout de vos bottes, transporter le matériel dans la pente et les caillasses, tomber, le casser, maltraiter son dos, son corps, son amour propre lorsque la semaine se termine sans poisson…

Tout ça pour un poisson.

Etre un peu barré, suffisamment barré pour aller chercher des poissons et pas juste faire du camping into the wild et se la jouer grand aventurier de salon…

N’est-ce pas dans la tempête qu’on reconnaît le marin ? (à suivre)

Echangisme

Publié: 15 juin 2014 dans l'intégraal

Avec ce titre volontairement racoleur je vais lancer quelques pistes de réflexion sur une forme d’adultère consenti, de plaisir partagé et de camaraderie. En matière de pêche bien sûr. Je ne sais pas pour vous, mais personnellement j’aime bien me retrouver face à moi même dans une sorte de retraite quasi monacale. Je ne conçois pas la pêche au milieu des autres, et encore moins contre les autres. A contrario j’ai de plus en plus de mal à concevoir la pêche sans un bon copain, ainsi qu’un bon copain sans pêche d’ailleurs. Aussi, puisque aucun serment d’exclusivité ne nous lie en amitié, on peut avoir beaucoup de potes et s’accorder des infidélités qui n’ont rien d’amoral. Des potes j’en ai, pas beaucoup mais des vrais comme dit la chanson, pas des cents ni des milles, mais déjà trop, en tout cas plus que de semaines ou de jours de congés, pour les honorer tous. Cette année, comme depuis des années j’ai bien sûr pêché avec Cédric. Je ne m’en lasse pas. J’ai aussi pêché une semaine avec Olivier, et une autre avec Eric. Pas forcément les meilleures qu’ont puisse choisir sur le calendrier : celle de la fête du travail et de l’ouverture du carna, celle de l’ascension. J’ai été (re)pris d’agoraphobie lorsque la quiétude a laissé place à une immense foire dans laquelle personne, je pense, n’a réellement pris plaisir… Pour avoir les pieds dans l’eau autant éviter ces ponts, bon gUé, mal grès. Avec Olive on a pris quelques poissons d’entrée, à un rythme correct jusqu’au 1er mai. Puis plus rien, si ce n’est un ballet de bass-boats aux moteurs surpuissants, accompagné d’un débarquement de carpistes sur toutes les pointes, de fils dans tous les sens… Même si tout le monde (à de rares exceptions près) essaie d’y mettre du sien, dès qu’il y a trop de pêcheurs on a vite l’impression que le monde entier se ligue pour vous pourrir la pêche. Heureusement nous étions entre potes. Nous avions prévus de partager les départs, ce qui ne fut même pas nécessaire avant, le hasard ayant tant et si bien réparti les touches que chacun avait pris les poissons sur ses propres cannes, ni après le débarquement puisque les poissons avaient complètement disparus. Allez savoir pourquoi. Nous avons donc partagé un coin de parapluie et fait contre mauvaise fortune bonne table. Hormis la météo, ce fut assez similaire lors de la semaine passée avec Eric, en matière de partage de plaisir de bouche d’abord. C’était déjà le cas avec la terrine d’Olive, la bière maison de Stéphane, mais ce fut orgiaque à la limite de la décence (pour le pèse personne) avec Eric. J’ai mangé plus que de raison sans jamais, ou si peu, piocher dans ma caisse de bouffe. J’ai bu, jamais sans excès, mais trop pour une formule sanguine déjà sous surveillance. Ca c’est pour la petite histoire car jamais à la pêche je n’avais vu autant de logistique. Comme disais je ne sais plus qui au sujet des pêcheurs français : « vous pensez à vous nourrir avant de nourrir les poissons »… En fait ce fût exactement l’inverse. On a pris rapidement quelques poissons, quatre exactement, sur une fenêtre de quelques heures. Me doutant un peu de la tournure que pouvait prendre la suite j’avais proposé à Eric de partager les départs. Ce n’est pas dans ses habitudes mais ça me semble d’une logique implacable lorsqu’on pêche à deux depuis un même poste, quatre cannes à gauche, quatre adroites. Lorsqu’avec un peu d’expérience on analyse ce type d’approche, on se rend compte que si tous les spots peuvent être productifs, il y en a bien souvent qui sont plus chauds telle ou telle semaine. Il n’est pas rare en effet qu’une seule, voire deux cannes sur huit déroulent. A ce compte celui qui a choisi le bon côté se gave et l’autre jeûne… Lorsqu’on est dans la notion (ou dans la recherche) complètement dérisoire à mon sens de mérite, on peut toujours dire « oui mais machin le poisson il ne l’a pas pris sur ses cannes, patati patata… ». Tout à fait et alors ? A quoi tient le mérite de prendre un poisson ? Que ce soit sur ses cannes ou pas quel mérite si le poste est tiré à pile ou face ou si l’un à concédé le poste à l’autre ? Est-ce plus ou moins glorieux lorsqu’au jeu de l’alternance on touche un gros poisson sur ses cannes ou sur les cannes de l’autre ? Lorsqu’on a une touche en quoi est-ce plus méritant de prendre un gros poisson qu’un petit ? Est-ce concevable que l’un prenne du plaisir et que l’autre fasse figuration ? A ce petit jeu tout le monde gagne à échanger, on ne pêche pas l’un contre l’autre, mais l’un avec l’autre. Pour en revenir à cette dernière semaine de pêche, trois des quatre poissons ont été pris sur la même canne (une aile). En début de nuit je ferre le premier une belle commune, puis sur le coup de 4 heures du matin c’est au tour d’Eric de prendre une miroir élancée. Un partout balle au centre, chacun ses cannes. A peine le montage est-il reposé, une demie heure tout au plus, que je prends une miroir dodue. Trois carpes aux sacs. Confiant je dis à Eric d’en préparer un quatrième, c’est son tour. Il doit être 5h30 lorsque le même détecteur se met à bleubleuter. Je bride, l’Obsession se courbe, je pompe deux fois pour écarter le poisson des branches qui baignent le temps qu’Eric me rejoigne. Il monte dans le bateau, je lui passe la canne pour aller combattre dans le petit jour. A l’aplomb du poisson les choses durent. Quelques longues minutes après, après avoir vu la pointe de la canne piquer dans l’eau à deux ou trois reprises avec en fond sonore le doux cliquetis du frein, j’interpelle Eric :

–         tu l’as vue ? 🙂

–         non pas encore…

Il me semblait bien avoir compris à la touche mais je n’avais rien laissé paraître ni dit pour autant.

–         c’est un tracteur, répétât-il ensuite plusieurs fois.

Ca aussi j’avais capté. J’étais d’ores et déjà heureux pour lui, et plus angoissé d’une hypothétique décroche que si je tenais moi-même la canne. Le « tracteur » se transforma vite en « cochon » une fois dans l’épuisette, ce qui se confirma de visu au moment de la passer par-dessus le boudin du pneu. La chose est moins précise qu’un peson, mais j’aime autant vivre cet instant, lorsqu’il faut s’y reprendre à plusieurs fois pour hisser un poisson, que la comptabilité quasi analytique des livres ou des kilos.

–         elle passe les 20, dit-il le sourire jusqu’aux oreilles en accostant, ce que confirma une pesée en bonne et due forme. Heureux comme un gosse, s’en suivi la séance photo et quelques minutes de vidéos pour capturer l’instant.

Que dire de plus ? Peut être qu’à trop montrer le superflu on en oubli l’essentiel : le plaisir, celui d’être au bord de l’eau, un bonheur partagé, revenir à des choses basiques, oublier les tracas d’une vie qu’on perd à gagner.  J’aurais pu parler amorçage, bouillettes, montages… J’aurais pu…