Archives de la catégorie ‘l’évangile selon moi’

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Sur Facebook j’ai demandé à mes faux lovers et vrais amis ce qu’ils choisiraient entre prendre une carpe pesant 40 kg dans le privé (centre de pêche commercial) et prendre une carpe de 20 kg dans le public (eaux ouvertes à tous moyennement un permis de pêche). Métacognition aidant je savais pertinemment que ma question était pipée. En effet mettre en balance le critère de poids et le lieu de la capture, sous-entend deux choses. Primo qu’un poisson de 40kg vaille plus qu’un poisson de 20kg. Deuxio qu’une capture dans le privé vaille moins que dans le public.

Pour le premier critère, la pyramide du mérite d’une capture serait donc directement liée à celle de la rareté des lourds spécimens. Il y aurait pourtant beaucoup à relativiser si on analysait la capturabilité des gros poissons connus, si on contextualisait en fonction de la chance ou de la campagne d’amorçage (est-on plus méritant quand on a les moyens d’amorcer plus ?), du temps passé, de ce qu’est un spécimen en fonction des eaux d’ici ou de là, de connaissance des habitudes des gros poissons donc des infos échangées et de réseaux des spécimens hunters…

Quant au second critère de “mérite”, le lieu de la capture, il est souvent minimisé par la petite taille des eaux, la densité de poissons obèses ou à la génétique sélectionnée dans le privé, voire parfois leur origine douteuse et la relation tarifée. A contrario il est aussi évoqué par certains la pseudo difficulté des plans d’eaux privés. Là où les uns mettent en avant le mérite de capturer des poissons éduqués, les autres parlent du stress de captures relâchées et reprises sans relâche, car dépendantes des amorçages pour se nourrir.

Il y a donc, de façon consciente ou inconsciente, assumée ou pas, une connotation négative liée au privé, sinon la question n’aurait pas vraiment de sens et n’appellerait même pas de réponse. Notons d’ailleurs la pirouette de plusieurs personnes qui ont répondu préférer prendre une 40kg dans le public. Notons également que ceux qui pratiquent le privé argumentent pour certains un choix par défaut ou s’offusquent pour d’autres d’un débat merdique, un débat qui n’en est un que parce qu’eux même pensent de façon consciente ou inconsciente qu’ils ont moins de mérite et inversement.

A l’éclairage de l’ensemble des réponses, le dilemme consiste quelque part à choisir entre ce que j’appellerai de façon pédante « félicité et vertu ». Arriver à s’accorder sur le sens commun de ces deux mots est déjà compliqué. Mais on peut à minima s’accorder sur l’existence d’une différence ou d’une graduation de sens entre « plaisir, bonheur, félicité » ou entre « morale, valeur, vertu, éthique »… Sinon pourquoi autant de mots différents ? Il y a des plaisirs sans bonheur, des bonheurs dans l’ascèse, des plaisirs peu moraux, voire totalement illégaux. Bref si on ne saisit pas les différences il sera dès lors compliqué de se comprendre.

Ceux qui mettent en avant « les deux » ou disent « peu importe pourvu qu’on ait du plaisir » me rappellent la philosophie de Prodicos de Céos qui proposait, entre félicité et vertu, de ne pas se laisser enfermer dans l’alternative : les deux Mon adjudant ! Si tout le monde à une vague notion de ce qu’est le bonheur (pas toujours où le trouver) c’est vite un peu plus compliqué lorsqu’on parle de vertu, valeur, morale, éthique. Choisir les deux (le plaisir facile et la vertu) c’est donc un peu comme dire qu’on est vertueux et chercher le plaisir… auprès de femmes de petite vertu. Si le service de ces dames est légal, personne ne devrait avoir à y redire, sauf si on fait la différence entre la loi et la morale des hommes d’une part, l’éthique individuelle, les valeurs, la vertu. Impossible de sortir vraiment du débat sans prendre un peu de hauteur. C’est pire en le tirant vers le bas.

J’aurais d’ailleurs pu prendre la philosophie de Diogène de Synopse en référence, pas pour confirmer ma pensée, mais pour aider à la réflexion. Il oppose, pour faire simple, la loi des hommes (et autres morales, vertu…) à celle de la Nature. Pas de bien ni de mal, pas de préjugé culturel ou autre, les lois de la Nature. Une de ses tirades a traversé les siècles : « le soleil entre bien dans les latrines sans cesser d’être lui même, ni de s’y souiller ». Bref on devrait bien pouvoir pêcher où on veut sans cesser d’être soi même, et se faire plaisir y compris en plan d’eau privé comme en place publique (sic).

Le cœur du débat, c’est que cette simple question titille notre petit ego. C’est là que le bât blesse, où ça fait mal, raison pour laquelle ça peut vite tourner au combat de petits coqs. C’est juste de la pêche, imaginez pour le reste. Le même ego que vous alimentez et qui fera quelqu’un de vous si vous posez avec pleins de gros poissons ou un moins que rien parce que vous pêchez dans le privé.

Alors zen, posez vous les bonnes questions, vous trouverez les bonnes réponses.

Don Quipêche

Publié: 12 mars 2016 dans l'évangile selon moi

Je n’ai jamais rien compris à la philo au lycée. Devoir se poser plein de questions sur le sens des choses embrouillait mon esprit trop jeune probablement, en tout cas trop avide de réponses assertives ponctuées de points d’exclamation. Bien des années plus tard, les pieds dans l’eau, j’ai arrêté de croire à certaines pseudos vérités prêtes à consommer.

C’est quelque part une autre école, buissonnière,  à la fois une autre et même histoire, celle d’un Don Quipêche qui aurait trop lu de romans et qui aurait décidé bon gré mal gré que la fiction qu’ils racontent est plus vraie que le monde qui l’entoure. La vérité ? SA vérité ! Il y a une différence notable et à la fois fine, entre ce qu’on pense ou croit, ce que certains veulent faire croire (créationnisme) et ce qui est (matérialisme).

Les lettres de mon moulinet

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Les pêcheurs, comme les chasseurs, ont bien souvent une propension à se créer un banal toujours un peu plus merveilleux qu’il n’est. Peut-être est-ce aussi ce qui fait le succès de ce loisir (jadis) populaire : pouvoir se sortir du quotidien et devenir, pour quelques secondes ou pour toute une vie, un (car)preu chevalier. Prendre des moulins pour des géants n’est ni plus risible, ni moins triste que de prendre (et relâcher) les poissons et la pêche pour ce qu’ils ne sont pas. Ce n’est pas une AOC que d’être carpiste, dentiste, moucheur ou que sais-je, comme avec un peu de chance il n’y a aucune gloire à prendre un poisson ou faire un doublet de bartavelles.

Ceux qui identifient ces moulins à vent à des géants, dans l’espoir d’être eux aussi un jour ce qu’ils ne sont pas, sont-ils pour autant plus à blâmer que le business créationniste de tout un calendrier de dieux de la pêche, de géants qui in fine ne seraient sans lui rien d’autres que des moulins à vent ?

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Pêcheur tu dors

Attention, je ne dis pas que tous les pêcheurs et chasseurs soient de fieffés menteurs. Non, il y a aussi des « dénégateurs ». Des spécialistes bien meilleurs analystes que moi, pensent en effet que notre cerveau reptilien shinte le néocortex… Ce qui en d’autres maux veut dire que notre cerveau animal décide parfois à la place de celui de l’homme évolué. On agit mais ne voit pas la réalité, où d’une certaine façon on ne veut pas voir, par exemple qu’on est ou a été en dessous de l’idée qu’on se fait de soi même. Non seulement le dénégateur refuse de voir la réalité, mais en plus il la nie purement et simplement : le réel n’a pas lieu ! Contrairement au menteur, le pur dénégateur n’a jamais su, ne sait pas qu’il ment. Il vit tout simplement dans un autre monde, son monde, comme Don Quipêche.

L’histoire a déjà été écrite. Tartarin et Don Quichotte des temps modernes la rejouent.

Or, malheureusement ou heureusement, s’enfermer dans des convictions ne fait pas changer le réel, ça ne fait que tronquer notre vision des choses. « Vent du nord, rien ne mord », pleine lune, eau trop mouillée, carpistes extremistes…

Tout ceci (ceux ci) nous éloigne(nt) de la réflexion et de la réalité.

 

Le cerveau est un organe extraordinaire, même celui des moins bien cortiqués. J’avais d’abord écrit « une machinerie » mais c’eut été réducteur d’autant que je ne vais pas m’aMUSEr à en détailler les rouages anatomiques. Non, je vais juste tenter, un petit pois(son) dans la tête oblige, de vulgariser quelques notions psy-cognitives et expliquer pourquoi on pèche, dans tous les sens du terme, avec un accent grave ou un chapeau mais essentiellement avec sa tête. Je conclurai avec le retour d’expérience de la capture de la grosse miroir du Salagou.

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Connexion, des mecs qui en ont.

Même celui des moins doués disais-je, peut faire, dit-on, 10 000 000 000 000 000 (10 puissance 16) opérations par SECONDE. Pas des opérations au sens mathématique, mais, pour faire simple, des choix !  Le hic, le revers de la médaille, le défaut de la qualité, c’est qu’à devoir aller aussi vite on va dire que 99 fois sur 100 (peu importe le vrai ratio car c’est complètement variable d’un individu à l’autre, d’une situation à l’autre) on a « bon » et donc que 1 fois sur 100 on se trompe. C’est encore plus juste, ou faux selon, lorsqu’on parle de calculs de plus en plus compliqués ou de mémoire, au sens de données stockées sur son propre « disque dur » style les dates repère de l’histoire de France… Si je fais le parallèle avec les calculatrice ou les ordinateurs c’est parce qu’ils ne sont aujourd’hui « que » des machines binaires qui ne font pas de choix et fonctionnent avec des enchaînements de « 0 » et des « 1 », des algorithmes forcément simplifiés même s’ils sont très complexes (pour prédire la météo par exemple). Dans le domaine du calcul, ou de la mémoire, nous ne saurions les égaler pour maintes raisons. La première c’est que notre cerveau n’est pas fait pour cela, et ne fonctionne pas comme cela. En revanche il est capable de faire des choix basés sur son expérience. Il est « intelligent » au sens de inter ligare. Il relie (du verbe relier donc) les choses apprises, découvertes ou vécues et apprend à s’en servir, il s’en sert en découvre d’autres et relie etc. Je n’aborderai pas plus ces connexions et les cartes euristiques, l’intelligence, y compris artificielle, n’étant moi-même pas assez calé pour cela et ayant déjà dû faire quelques raccourcis, mais justement (à propos de raccourcis) ces notions de biais : pourquoi et comment notre cerveau choisit et se trompe, pourquoi il pèche et comment tenter de réduire ce ratio d’erreur en sortant de nos biais.

Application et photocopieur.

Pêcheurs, vous rêvez peut-être d’une application qui vous dirait que compte tenu de la saison, de l’heure, de la couleur de l’eau, du vent ou de l’age du capitaine, il vous faudrait pêcher avec un spinnerbait équipé de deux palettes colorado noires, ou à la bouillette flottante ananas-acide N butyric avec un chod-rig dans 1m50 de fond ou encore avec telle ou telle mouche ? Quoi de plus normal, car c’est exactement comme cela que nous sommes formatés depuis tout petits. Nous suivons des règles, des modèles culturels, méthodologiques, sociétaux ou encore économiques, à l’école, en famille, dans les médias etc. Nous sommes des éponges, des photocopieurs. Nous devons absorber la connaissance et la restituer à l’essorage, reproduire si possible à 100% ce qui nous a été appris, pour avoir 20 ou 10, même si je sais bien que nous sommes de plus en plus dans une approche par les compétences, les puristes me pardonneront.

C’est d’ailleurs marrant, et complètement logique pour beaucoup de choses, de voir que ce qui était la règle il y a 30 ans et complètement désuet désormais.  L’orthographe est réformée, la famille aussi, à la pêche les carpes devaient s’envaser et ne pas manger l’hiver ou alors que des bouillettes fruitées, ou carnées d’ailleurs je ne sais plus. Bref le risque de l’application/photocopie c’est de fabriquer une génération d’élèves, d’adultes, de pêcheurs, qui récitent par cœur la recette de la pâte à crêpe mais qui ne deviendront jamais de grands chefs, qui savent que B.A. fait BA mais ne savent pas lire, qui connaissent au mieux leurs tables mais ne savent pas résoudre un problème, qui savent faire un montage mais ne savent pas pêcher.

Bref les mêmes causes produisent les mêmes effets. C’est pour cela qu’un ordi, une calculette, un photocopieur, une application ne se trompent pas (eu égard aux données rentrées et aux algorithmes) mais ne savent pas prendre de décision. Un cerveau si.

Sortir du cadre.

Ce n’est ni un robot, ni un photocopieur, le cerveau ne peut que sortir du cadre. Il doit, face à un problème, savoir certes mobiliser son expérience et ses acquis, mais sa vraie plus value c’est d’aller au-delà, de créer des choix alternatifs, autres que ceux binaires entrés dans son application. Il se trompera probablement, sûrement même, et ne fera pas le bon choix du premier coup. Mais en expérimentant des trucs improbables, en faisant appel à son imaginaire, à l’inventivité, peut-être même à l’instinct parce qu’il sent que c’est comme cela que ça va se passer épicétout ou complètement par hasard, par serenpidité, il trouvera ainsi de nouvelles solutions. Pas très scientifique tout cela me direz vous. Justement si, car lorsqu’on arrive à la limite de ses connaissances on est bien obligé d’aller chercher la solution au-delà.

Prenons l’exemple de ce qui est communément appelé la « chance du débutant ». En est-ce vraiment une où bien est-ce finalement assez logique ? Le débutant ne trouve-t-il pas aussi parce qu’il ne s’enferme pas dans de quelconques convictions ? En a-t-il seulement ? Si la réponse n’est pas dans les règles suivies par tous les spécialistes et autres experts c’est qu’elle est peut-être ailleurs.

L’intelligence, la conscience, la métacognition n’est-ce pas ce subtil mélange de croyance/connaissance et de doute ?

L’éloge (maçonnée) de l’erreur.

Un des biais de fonctionnement de notre cerveau, peut être le plus important à connaître, est justement le biais de conviction (la croyance). Un philosophe disait que « les convictions sont des réalités plus dangereuses que les mensonges ». Ou un truc du genre. Peut-être parce que les mensonges, celui qui les dit sait que c’en sont, alors que Goliath, convaincu; a tendance à ne pas douter un instant. C’est souvent une force, mais parfois une faiblesse.

Je pense que c’est un des biais les plus importants à connaître (parmi plusieurs dizaines d’autres) car, acquis au fil de l’évolution des espèces et de nos propres expériences, un mélangé d’inné et d’acquis à l’échelle de l’individu, c’est celui qui nous permet de traiter l’information le plus efficacement possible dans les situations difficiles voire dangereuses. Je ne peux faire l’impasse, au sujet du traitement de l’information et des biais, sur les infos que nous transmettent nos sens formidables mais ô combien imparfaits. Nous ne sommes que de pauvres pêcheurs, sans ligne latérale ni osselets de weber comme les poissons, sans radar comme les chauves-souris, sans vision thermique comme les serpents ou nocturne comme les chats.  Idem pour nos sens d’humains.2  (échosondeur, caméra thermique, logiciel de prévision météo etc) puisque in fine ce qui fera encore la différence au moment du choix, ce sera la lecture non biaisée, la compréhension qu’aura notre cerveau de ces infos (déjà elles mêmes biaisées).

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Bref, explication du biais de conviction, du pourquoi on a tendance à ne pas douter et du rapprochement avec l’instinct de survie. Imaginez un homme de Cro-Magnon dans la savane, qui voit des herbes bouger à quelques dizaines de mètres de lui. Il a le choix entre :
1) ne rien faire ou chercher à comprendre ce qui fait bouger ces herbes,
2) se barrer en courant sans chercher à comprendre.
Choix 1 : Neuf fois de suite Cro-Magnon comprendra que c’est le vent ou une bestiole inoffensive, la dixième fois il se fera bouffer par un tigre à dent de sabre qui en jaillira.
Si il fait le choix 2, très précocement et en courant très vite : il survivra.

Vous êtes vous demandé pourquoi les animaux sont craintifs ? Soit c’est génétique et ça contribue à la théorie de l’évolution des espèces (ceux qui ont fait le choix 2 survivent, ceux qui ont fait le choix 1 engraissent Félix le chat), Soit c’est de la mémoire associative (ça bouge, mon copain Cro-Magnon s’est fait croqué, j’ai compris, « l’expérience est une lumière qui n’éclaire que celui qui la porte »). Soit c’est un mélange des deux. Vous allez me dire que de toute façon on n’a plus de prédateurs. OK, je vous demanderai alors si vous n’avez jamais baissé la tête en voiture en voyant un oiseau arriver au niveau du pare-brise ? Solution n°2.

Maintenant inversez les rôles. Imaginez que vous chassiez Félix (ou que vous photographiez, ou que vous pêchiez). Soit vous allez le dégommer à 1 kilomètre en bon gros snipper Texan, soit si vous n’avez qu’un arc et des flèches, ou un petit objectif,  vous allez vous camoufler (fond, forme, ombre, mouvement, éclat, couleur, bruit, éclat, lumière, trace, odeur…) pour justement casser le biais de conviction de votre cible. Vous commencez à rentrer dans l’apprentissage par la résolution de problème et la mobilisation de savoirs/compétences en situation (savoir c’est dans les livres, compétence c’est au pied du mur).

Si vous pêcher la carpe ou le black-bass ou n’importe quel autre poisson qui s’éduque, et qui a été pris et relâché plusieurs fois, pensez vous qu’il faille pêcher comme tout le monde, au même endroit, avec les mêmes appâts (même forme, même couleur, même éclat […] odeur…), avec la même grossièreté dans les matériaux, faire du bruit ou des ondes bizarres dans l’eau ? Inversement pourquoi ne pas vous servir des biais de conviction de vos proies, qui pour une même raison de survie ou d’opportunité liée (il faut bien bouffer), n’ont pas d’autre choix que de saisir quelque chose qui ressemble (biais de conviction) à ses proies habituelles (par la forme, les vibrations, les mouvements, l’odeur etc)… Pourquoi parle-t-on de leurrer ? Pourquoi un leurre est-il potentiellement plus efficace qu’une vraie proie ? Pourquoi faut-il parfois leurrer, pourquoi est-il préférable parfois de nourrir et d’accoutumer ?

Nous avons déjà là beaucoup à cogiter, à prendre conscience.

Mettons nous en situation.

Je vais conclure en tentant de montrer, par l’exemple, l’importance de la connaissance de nos biais et de la limite même de nos connaissances. Montrer comment avec sa tête d’abord, on peut prendre la plus grosse carpe du Salagou la première fois qu’on y met les pieds. Il ne s’agit point de prendre la grosse tête, mais d’expliquer ce qui peut l’être en vous invitant à ne pas photocopier mais bien à comprendre entre les lignes.

  • La chance : oui… et non !

Choisir une eau ne relève pas de la chance mais d’un acte délibéré. Choisir un poste aussi. Quant à choisir le poisson autant qu’il soit emblématique, un de nos rêves les plus fous, sinon à quoi bon. Je l’ai annoncé ce poisson, entre les lignes dans une interview faite avant de partir (que je vous inviterai à lire le moment venu), à un pote en lui disant que j’en avais le pressentiment, à Patrick avec qui je pêchais, ou encore sur Facebook les jours qui précédaient sa capture. Evidemment c’est presque inexplicable sauf à comprendre que si on a qu’un seul passé, on a en revanche plusieurs futurs possibles. Un seul se réalisera. La première des conditions nécessaire pour réussir c’est d’essayer et d‘y croire une fois l’objectif, le futur, fixé dans le collimateur. Y croire. Condition nécessaire, mais malheureusement pas suffisante, j’en conviens.

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  • Croire en sa technique.

Je n’ai aucun doute dans mes montages, dans mes appâts. Je joue sur les mots, car en réalité bien sûr que j’en ai, et j’oserai même qualifier celui qui n’en a pas d’innocent. Notons qu’il y a une différence en ne pas en avoir et faire avec. Disons plutôt que je fais avec, en gardant dans un coin de notre tête que seul celui qui doute progresse. Oui, je doute, car je sais qu’un poisson peut engamer et recracher l’esche et l’hameçon sans se piquer, mais je sais aussi comment en partie minimiser cela en jouant sur l’approche. Je sais qu’un poisson peut ne pas s’intéresser à mon esche, mais je sais là aussi que je peux difficilement faire mieux et que je dois m’en contenter. Je vise donc l’excellence lorsqu’elle est maîtrisable et facilement accessible, comme pour le piquant d’un hameçon, la solidité des matériaux, le fait d’avoir des montages toujours pêchant… Si je n’ai pas de touche je sais qu’il y a de très fortes probabilités que la clef ne soit pas à chercher sur ce trousseau là, ou du moins que je n’ai guère possibilité de faire mieux, puisque je l’ai déjà fait.

  • Douter aussi de la croyance des autres.

Confucius disait que « l’expérience est une lumière qui n’éclaire que celui qui la porte ». Je fais mienne cette conviction, non pas que je n’écoute pas ce que disent les autres, bien au contraire, juste que n’ayant pas vécu leur propres expériences, dans le même contexte, avec les mêmes paramètres etc. je me tromperai en faisant un raccourci inapproprié, en faisant l’éponge ou en photocopiant. J’avais bien entendu dire que les grosses carpes se faisaient prendre plutôt d’un côté du lac (mais pas que) ou suivaient tel ou tel parcours que de toute façon je n’avais pas et ne voulais pas plus que cela avoir. Il y a forcément une part de vrai car les carpes réagissent en fonction de leurs tropismes, donc de leurs propres sens, besoins et de leur propre cerveau, or nous ne sommes pas des carpes. De plus elles n’ont pas dans leur tête l’algorithme simplifié qui, comme dans les livres, veut qu’à 12° (ou que sais-je) elles doivent faire ceci ou cela, suivre le vent, aller en bordure ou au large, s’envaser. Ca c’est l’interprétation que nous nous en avons, d’après les modèles que nous nous imposons, ou que l’on nous impose. Nous devons certes connaître certains paramètres, les intégrer à une équation complexe qui se construit en situation. Dans notre exemple du Salagou (mais ce serait valable pour n’importe quel autre lac) j’avais des informations théoriques complètement contradictoires. Nous voilà donc bien avancés. J’ai compris que Patrick voulait pêcher un plateau à 150m en direction d’un mont, sûrement avait-il ses raisons. Beaucoup en effet vantent ici la pêche à grande distance, dans des profondeurs d’une quinzaine de mètres, alors que d’autres disent qu’il ne faut pas hésiter à pêcher dans ses bottes, dans le rouge sous le vent, dans 30cm d’eau. Sûrement ont-ils eux aussi leur raison… mais ce n’est pas ce que j’ai fait, parce que la situation ne s’y prêtait pas.

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  • Mobiliser ses compétences en situation.

La résolution de problèmes, il n’y a que cela de vrai pour nous faire progresser. Lorsque la pêche est simple a-t-elle un réel intérêt ? Je ne dis pas que je n’aime pas pêcher une vingtaine d’aloses au jig en linéaire ou des black-bass qui sautent sur n’importe quoi, je dis juste que la pêche touche à son paroxysme lorsque, difficile, j’ai trouvé la clef, ou plus modestement une clef. En l’occurrence, au Salagou, c’est ce qui s’est passé. J’ai analysé la situation et envisagé le futur le plus probable (enfin le plus probable sauf pour le poisson, mais je rappelle qu’il faut aussi y croire). D’une part, pour revenir un peu au sujet de la chance (ou pas) nous avions choisi délibérément un poste avec personne autour, qui nous ouvrait beaucoup de possibilités (donc de chances). D’autre part, je savais que le vent forcissant depuis le début de la semaine allait nous faire basculer en vigilance orange, rendant impossible toute sortie en bateau dans les jours à venir (merci meteociel.fr). Puisqu’il deviendrait impossible de tendre plus loin que je ne pourrais lancer du bord, et qu’il serait tout aussi impossible de changer de poste en bateau, j’ai pris le pari d’un scénario simple, mais encore une fois le plus probable. Amorcer relativement lourd une large zone à portée de canne. Marquer la distance sur mes tresses pour être sûr de lancer sur l’amorçage. Blinder l’esche avec de la gaine thermo rétractable (à cause des écrevisses), en lui ajoutant quelques bouillettes sur fil soluble, pour éviter d’emmêler au lancer. C’est aussi l’intégration du paramètre écrevisse qui m’a fait prendre le pari de ce scénario. Il est plus probable de prendre un poisson quitte à relancer deux fois par 24 heures du bord sur une zone amorcée, que de pêcher à la goutte d’eau à 150m pendant des jours. J’ai donc amorcé 48 heures à l’avance, dans l’idée d’accoutumer les poissons qui emprunteraient cette zone de passage supposée, au demeurant assez classique : une cassure derrière une zone d’herbier, entre 5 et 6 mètres d’eau. Les premières 24 heures rien ne s’est passé. Enfin pas de touche. J’imagine qu’il y ait pu avoir un nettoyage en règle de la zone par les carpes et/ou les écrevisses. En tout cas c’était le scénario prévu. 48 heures plus tard, une touche. La carpe aurait pu être commune et faire 10kg, mais j’annonçais en flamand à la petite lueur de frontale qui me guidait vers la berge « grote spiegel ». Prenant l’épuisette le temps que je descende du pneumatique Patrick me dit incrédule « Eric c’est la grosse miroir ?! ». Trente kilos tout rond confirmera le peson.

Croyez moi si vous voulez, mais je n’étais pas vraiment étonné.

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Je ponctuais la première partie de cet article, axée sur les amitiés plus ou moins virtuelles par : Bref, moi je ne cherche pas à collectionner les amis à n’importe quel prix. J’en ai autant que de doigts nécessaires pour pouvoir transcrire sur le clavier les pages partagées de ma vie et suffisamment peu pour m’éviter de devoir faire des courbettes ou d’avaler des couleuvres qui, à force de grossir inverseraient le rapport de prédation.

Ours un jour

Je trouve les paraboles bien plus poétiques, pédagogiques, riches de sens, que les discours monocordes magistraux insipides. Aussi je préfèrerais laisser courir l’imaginaire plutôt que de commenter une cruelle dissection, comme on pourrait nous le demander avec une fable de la Fontaine lors des épreuves du bac de Français (hein mon fils 🙂 ). Pourtant je vais le faire, afin d’être le plus univoque possible : être un ours, ENTIER, UN et INDIVISIBLE, ça peut devenir vite, très vite compliqué en société. Un mouton en troupeau passe encore, mais un ours ? Vous imaginez, vous, un ours vivre en bande ? Si à un on l’évite, à plus on en est vite une (bande de oncs). Car il y a forcément à un moment ou un autre, à un sujet ou un autre, des courants d’idées différents, suivis de débats et de Clashs, de divisions plus faciles que le omcpromis (chose due). Should I stay or should I go ? Cruel dilemme, je vais y revenir avec l’affaire puis l’équilibre de Nash.

Avaler des couleuvres.

Je vous l’ai dit, de Nantes ou d’ailleurs peu importe, j’aime les paraboles. Et des colubridae ce n’est pas ce qui manque au quotidien. Enfin si on veut bien les voir. Car en fonction du centre d’intérêt de chacun –et il n’y a pas plus aveugle que celui qui ne veut pas voir – elles peuvent paraître plus ou moins grosses.

Celui qui est totalement indépendant ou plutôt non représentatif au sens où sa parole n’engage que lui, et qui voit ou croit voir sous les traits d’un moucheron ou du moindre cheveux sur la soupe anguille sous roche, n’avale rien. Certes il ouvre sa bouche, mais c’est pour recracher la soupe avec tout son venin, le comble pour une couleuvre me direz vous, mais tellement humain (ecce homo).

Celui qui est mouillé lui aussi ouvre grand sa bouche, mais pour sucer la roue de son leader ou la ligne du parti, même si celui-ci (le meneur) reste en arrière (ligne). C’est certes acrobatique, mais ce n’est pas la première fois qu’un membre d’un team aura la tête dans le culte. Il avalera à ce titre des couleuvres de plus en plus grosses, jusqu’à ce qu’elles bouffent de l’intérieur une à une ses VALEURS, si tant est qu’il en eut un jour. Disséquons : concrètement quand j’ai entendu dire (par exemple) que personne ne boycottait la SNCF qui a été associée à la déportation de milliers de juifs pour justifier l’achat de produits distribués par la marque associée au plus grand trafic de carpes en France, je me suis consolé en me disant qu’il valait mieux entendre cela que d’être sourd.

Si t’as pas d’ami prends un Nashy

Dans la théorie des jeux, l’équilibre de Nash, de l’éponyme John Forbes Nash, est un concept de solution dans lequel l’équilibre entre plusieurs joueurs, connaissant leurs stratégies réciproques, est devenu stable du fait qu’aucun ne modifie la sienne sans affaiblir sa position personnelle. Une sorte de compromis gagnant-gagnant. Ceci étant dit, mon propos n’est ni de juger ni d’absoudre, qui serais-je pour cela, juste d’essayer de comprendre et de mettre en lumière ce qui se passe lorsque chacun réagit en fonction de ses propres intérêts.

Lorsque Stéphane Gonzalez publia un édito qui tomba comme un cheveu sur la soupe, je peux parfaitement comprendre que ceux qui n’avaient aucun intérêt dans la revue, aient considéré cela comme une masta couleuvre, et l’ait recrachée. Comme je suis un ours, entier un et indivisible, et que je n’avais que faire des intérêts, j’ai recraché aussi la soupe, servie froide, 7 ans après. J’ai claqué la porte. Pourtant à décharge Stéphane n’était pas des plus mauvais compagnons de dure lutte, en tout cas pas moins veuille-je dire que ceux qui n’ont jamais rien fait d’autre que de théoriser, ou de fermer les yeux, ou de fermer leur bouche, par stratégie ou intérêt personnel.

Même topo lorsque Fernand a accepté le sponsoring de l’Equipe de France.

Car impliqué collectivement c’est vite plus complexe, car il y a forcément des divergences d’opinions. Des couleuvres, des grosses, on en a avalé, les uns et les autres, lors du match France Angleterre par exemple. Nous étions peu nombreux à porter en Aveyron les VALEURS de l’UNCM inscrites en lettre d’or sur fond noir « I did’nt move the fish ». Contre l’avis de pas mal de nos supporters de l’époque d‘ailleurs qui ne comprenaient pas, voire condamnaient cette participation. Mais je crois, non, j’en suis sûr maintenant, qu’il fallait y être. Retournons donc en Aveyron, en 2005. Pour ne pas froisser plus nos adversaires, dont Bob l’éponge accusé d’avoir à l’époque dans son plan d’eau un poisson issu du domaine public, qui faisaient lourdement pression sur l’organisateur en le menaçant de boycotter le match, ce dernier nous a gentiment demandé d’ôter nos sweats. Il faut dire que Philippe, chefs des entiers, et Sam le Pirate de mémoire, avaient quelques heures auparavant bien chauffé l’ambiance en refusant de serrer la main moite, enfin je suppose, de Bob l’éponge. Stéphane, l’organisateur, a aussi avalé son lot de couleuvres puisqu’il a été le jour même évincé du conseil d’administration de l’UNCM. Pour autant il a toujours laissé ouvertes les colonnes de sa revue à l’UNCM. Cela, et d’autres choses encore, appartient désormais à la petite histoire de la pêche, voire à la rubrique des chiens écrasés.

Pourquoi les déterrer donc ? Parce que d’une j’ai retrouvé le brouillon de ce vieux papier au fin fond d’une clef USB, et que le temps et l’actualité aidant, il me montre à quel point c’est compliqué de concilier position collective et stratégie individuelle, ou position individuelle dans une stratégie collective. En fait c’est plus pas facile que c’est compliqué 🙂 . Allez j’arrête de jouer : le seul équilibre stable c’est le gagnant/gagnant, faut pas être sorti de St Cyr. « Et de deux ? » me direz-vous… j’y viens.

Continuons avec un St Cyrien, sautons allégrement du coca light et revenons à la notion de stratégie et à la grande Histoire. J’entendais il y quelques jours un Général au brillant parcours, enseignant désormais la stratégie à Sciences Po Paris, répondre à l’assertion d’une journaliste répétant comme l’écho la théorie de « l’inutilité des frappes aériennes sans engagement de moyens au sol ». Ce à quoi le Général répondit qu’il ne s’agissait pas d’une question de moyens, mais d’une question de STRATEGIE et de VISION. Poursuivant par « que les parties prenantes s’accordent d’abord sur la vision (en l’occurrence géo-politique du moyen orient et du monde de demain) et ensuite déclinent la stratégie, avant de parler tactique et moyens » (je paraphrase de mémoire). Il a aussi indiqué qu’il faudrait probablement pour lutter contre l’Etat Islamique s’associer avec la gouvernance des pays du moyen-orient (pas contre mais avec) en reprenant de façon assez pédagogique l’exemple de la coalition historique des alliés avec Staline, contre Hitler et l’Allemagne nazie. C’est un euphémisme de dire que Staline n’était pourtant pas un ange. Moins nombreux auraient été ceux à décrier une telle alliance sur le net (s’ils avaient pu à l’époque) qu’ils ne le sont aujourd’hui à ânonner qu’il faudrait bombarder la Syrie (pour en faire quoi ensuite ? Bombarder des civils pour nourrir là bas la haine de l’occidental et le terrorisme, et ici des idées à l’extrême limite droite de la xénophobie et du fascisme ? Entretenir la guerre au prétexte de chercher la paix ?) et surtout nous protéger de l’invasion des migrants (que disais-je), alors même que ces pauvres hères ne cherchent qu’à fuir la mort, à sauver leur peau comme nous le ferions à leur place, si la chasse à l’ours était ouverte.

Pour en revenir à la chute de l’Allemagne il a bien fallu, primo, se projeter et s’accorder sur une VISION d’après guerre (avec partage de la gouvernance de l’Allemagne entre l’Ouest et l’Est etc) pour élaborer, secundo, une STRATEGIE commune et décliner, tertio et suivants, la tactique les moyens… donc de s’allier avec l’URSS pour faire capituler l’Allemagne nazie dans une sorte d’équilibre de Nash, d’avalage de couleuvres, d’hasardeuses diplomaties… mais de très grande Diplomatie. Il est là le « et de deux ». Vous avez toujours du mal à voir le rapport ?

Et de deux, parce que c’est juste dommage donc, pour pré-conclure, que nous n’ayons pas su trouver un tel équilibre entre les différentes parties prenantes, médias, associations, simples (pauvres) pêcheurs que nous sommes, du public ou du privé etc. Parce que nous sommes toujours en train de nous diviser voire de nous battre parce que nous sommes tous occupés à défendre « nos » intérêts et qu’aucun ne veut faire un pas vers l’autre et modifier sa (pseudo) stratégie dans une vision commune. Et pour cause, au dessus de la pyramide « vision > stratégie » il y a les intérêts (divergents) alors qu’il devrait y avoir les VALEURS. Celles universelles et non catégorielles (ou religieuses). Je sais, je rêve.

Tous les mecs qui écrivent dans Média, tous les mecs qui pêchent en compét’ et prennent une licence à la FFPC, tous les mecs lambda qui pêchent avec du Nash ou dans le privé ne sont pas des vendus à la solde du démon… Je n’ai aucun état d’âme à l’écrire et ça ne changera ni mes convictions, ni mes valeurs, ni ce que je suis. Toujours entier un et indivisible, sinon plus. D’autant que démon (comme couleuvres) égal religion manichéisme guerre etc.

La guerre est une chose trop grave pour être confiée aux militaires disait Tigrou (séparation des rôles politiques et militaires). Nous ça ne reste que de la pêche, une chose sans importance qui peut donc être confiée aux pêcheurs.

Winny

Anglicisme

Publié: 9 août 2015 dans l'évangile selon moi

Si les termes entrés dans le langage courant ne semblent pas déranger outre mesure le commun des mortels, d’autres partent en croisade pour protéger notre identité linguistique face à l’ennemi venu de la perfide Albion : l’anglicisme.
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Certains se souviennent, peut être, que la France avait légiféré au milieu des années 80 pour limiter l’usage de l’anglais en terme de publicité commerciale et d’affichage, sauf à être traduit en (tout) bon et généralement en (tout) petit français précédé d’un astérisque. L’ex-ministre de la Culture avait également missionné l’Académie française pour mettre en place une base de données proposant des d’équivalents français, comme baladeur pour walkman par exemple. Trente ans après, reconnaissons que d’un cöté ça fait toujours aussi ringard, alors que de l’autre ça faisait quand même plus moderne. Car l’anglais c’est la langue utilisée dans de nombreux domaines spécialisés (les sciences, le sport…). Or force est de constater qu’en pratique c’est ce type d’anglicisme qui est bien entré dans notre quotidien et que les non initiés réfutent comme un charabia incompréhensible.

Que courriel ou e-mail n’existent pas en latin tout le monde comprend aisément pourquoi. C’est ce qui différencie une langue morte et figée dans le temps, d’une langue qui doit vivre avec des nouveautés toujours plus nombreuses au quotidien qu’il faut bien baptiser. Prenons l’exemple, à l’échelle d’une dynamique bien plus lente qu’elle ne le serait aujourd’hui, de la vulgarisation des techniques modernes de pêche de la carpe (dites à l’anglaise tiens, tiens) dans la fin des années 80. A qui devons nous les premiers articles en France ? A Henri Limouzin et à la revue la pêche et les poissons. Est-ce totalement un hasard ? Pas vraiment si on sait que le journaliste était justement professeur d’anglais, qu’Internet et Reverso n’existaient pas plus qu’il n’y avait de revues spécialisées (hormis la pêche et les poissons et le chasseur français). C’était (et c’est encore) quand même bien plus facile pour le commun des mortels de reprendre un terme anglais, voire de traduire une technique ou un mot de l’anglais que disons du flamand ou du japonais. Oui les termes estrangers rentrent donc dans notre quotidien poussés par un business qui consiste à donner un coup de jeune à de l’ancien, comme par exemple en parlant de « the method » à ceux qui on connu la pêche à la pelote ou encore de « selfies en mebaru fishing » aux enfants de Marcel Pagnol. Bref si le prof d’anglais a choisi de traduire dans la langue de Molière quelques mots ou d’inventer des néologismes comme bouillette, d’autres prefèrent rester sur la VO (version originale). La langue de Shakespeare, pour peu qu’on la comprenne évidemment, offre des expressions à la fois imagées et concises. Je trouve que certaines perdent notablement à être traduites, comme « bait runner », « monkey climber » ou encore « walking the dog ». C’est quand même moins fun, ou exotique en tout cas, d’imaginer un écureuil sauter de branche en branche, qu’un singe grimper de façon verticale et rectiligne au cocotier à chaque touche. Bait runner me fait penser à road runner, le « bip-bip » français (traduction qui réduit l’imaginaire à l’onomatopée) qui fuit le vil coyote. Que dire de réduire la fuite d’une esche engamée à l’aspect technique d’un moulinet « débrayable », surtout après avoir visionné des vidéos « underwater » (subaquatiques). Pêcher en skipping pourrait se traduire par faire ricocher l’appât sur l’eau, pour l’envoyer loin sous les frondaisons, à l’instar d’un kangourou rebondissant dans le bush en touchant à peine le sol. Une fois qu’on a compris cela pourquoi ne pas garder « Skipper » ? Par contre Bite indicator n’a rien perdu de sa virilité à être remplacé par indicateur de touche puisque c’est une traduction littérale, sauf à s’interdire des jeux de mots salaces, que l’on pourrait aussi faire a l’apéro avec « tchin tchin » en japonais. Bref je résume ma pensée vagabonde : si un mot ou une expression est facilement remplaçable on fait comme le bailli du Limousin, on remplace. Si traduire fait perdre du sens, de l’image, voire un peu d’humour, de poésie ou la part du rêve, ce n’est pas moi qui jouerai les vierges effarouchées ni irai bouter l’anglois.

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Honi soit qui mal y pense

Certaines expressions auront en français, comme en anglais d’ailleurs, un sens complètement improbable tant qu’on n’aura pas déchiffré le code. Mais c’est aussi dans toute communication. C’est pour cela que je me suis amusé avec quelques codes ci-dessus. Par exemple « Mebaru » en japonais veut dire « rascasse ». Or au début de « la gloire de mon père » Marcel Pagnol raconte comment son père s’était moqué d’un de ses collègues, également enseignant, qui s’était fait immortalisé avec une rascasse de 10 livres (se faire photographier avec un poisson, quel manque de dignité ! ), alors qu’à la fin de ce premier opus il fait de même avec deux bartavelles, posant comblé de fierté devant l’appareil de l’ennemi juré : un curé ! Moralité : soyons bons joueurs et acceptons de nous moquer un peu de nous même ; regardons la poutre dans notre propre œil ; faisons preuve d’un peu de tolérance. Code encore : tchin tchin (phonétiquement) veut dire zizi en japonais alors que bite veut bien entendu dire morsure/touche en anglais. Toujours cette histoire de code : demandez à un néophyte de pêcher en « sortant le chien » ne sera pas plus explicite que de lui parler de « walking the dog », tant qu’il ne s’imaginera pas avec au bout de la ligne un bulldog (français ou anglais ça n’a donc pas d’importance), faire un coup le caniveau à droite, un coup le muret à gauche, le poteau d’incendie à droite, le poteau téléphonique à gauche… Tout bon (encore lui) pêcheur vous dira que ces zigs et ces zags, ce « walking the dog » en quête de poteaux, est bien la technique reine (de sa gracieuse majesté donc) en top water (sic). A propos de trône (re sic) et de monarchie (re re sic), on en oublierait presque que le même phénomène a existé de l’autre côté de la manche et ce pendant des siècles. En effet la cour d’Angleterre utilisa le français pendant à minima 400 ans (du XI au XV, c’est facile à retenir puisque ça va du siècle des pousse boulette à celui des gentlemen qui pratiquent un sport de voyou, juste avant celui des meuniers Tudor, enfin c’est mon moyen mnémotechnique pour retenir quelques dates repères de l’histoire des rois d’anglettere) puisque y trônèrent successivement une vingtaine de monarques français, de souche normande ou angevine, à commencer par Guillaume le conquérant, AKA (also know as = aussi connu comme) William. Soit dit en passant, les acronymes n’ont rien à envier aux anglicismes dans le langage moderne courant (GPS, USB…) LOL etc.

Ici et maintenant

Quel rapport me direz vous ? Le point commun reste l’usage d’un jargon spécialisé, comme dans tout métier, dans toute corporation, dans toute cour. Pourquoi ? Moins par communautarisme souvent que par nécessité pratique (comme twitcher, jerker, pitcher etc) afin de résumer en un mot sans équivalent ce qui prendrait plusieurs phrases d’explications, on l’a vu. Souvent pour des raisons précises au départ, sémantiques, ignorées avec le temps par des jeunes générations qui font soit à l’imitation des anciens, comme les enfants apprennent un mot, soit au contraire qui s’en détachent et adoptent leur propre dialecte. Défendre la culture et l’identité, c’est peut être aussi chercher à comprendre la richesse d’une expression. N’est pas vieux briscard le premier bleubite venu. Car il s’agit bien aussi quelque part, j’ose le dire, de culture, qu’elle soit ancestrale, étendue ou plus récente et confidentielle (le street art, les sports de rue, le street fishing etc), et de sentiment d’appartenance cher à Maslow dans sa pyramide des besoins. Car finalement quel est le code commun le plus simple à adopter si ce n’est le langage ?

Gone fishing ! A.S.A.P.

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Après tout un mois de mai d’infidélités à dame carpe, roturière s’il en est bien avant d’être anoblie par les sujets de sa gracieuse majesté, je suis encore descendu dans l’échelle sociale, me mêlant au petit peuple qui en rang d’oignons pêche un poisson encore moins fin, plein d’arrêtes et donc indigne d’intérêt, si ce n’est pour enchaîner les touches dans un retour en enfance qui rappellera à ceux qui l’ont connue, la pêche au vairon ou au goujon. On peut considérer que c’est une pêche débile quand les aloses tapent dans tout ce qui passe. Mais n’est-ce pas pareil pour tous les poissons ?

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Ca fait deux ou trois week-end que j’essaie de prendre un chevesne, n’importe lequel (enfin le plus gros -malin- du lot quand même) au leurre souple. Vous savez ce poisson qui en fait rager plus d’un lorsqu’il faut reposer entre loup et chien, à 6h du matin, à 300m un montage initialement destiné à une carpe. Le chevesne, poisson indésirable au même titre que les autres blancs, brèmes, barbeaux ou tanches (oups circulez c’est vert), disons donc les sans dent, re-oups ils en ont (bien profond puisque pharyngiennes) mais heureusement moins longues et pointues qu’un prédateur sinon ils finiraient au beurre blanc… Ce qui n’est pas plus glorieux qu’en pâté avec de l’oseille; dans une écologie-nomie circulaire c’est un peu du pareil au même, à savoir concentrer les métaux lourds en haut de l’échelle, à mettre du plomb dans le cerveau des supra prédateurs supra évolués… Bref ce n’est pas pire que d’être née perche, au soleil, ou au canada, et d’être classée nuisible.

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Moi je les aime bien ces « crappies », qu’on pourrait traduire par « poisson de merde » en bon français. Simplement parce qu’aussi cons qu’un poisson rouge, ils peuvent rendre heureux ou malheureux le pauvre pêcheur que je suis, en prenant ou pas mon leurre. Au final y’a rien de marrant, pour moi, à enchaîner les touches. Ce qui me plait c’est moins d’essuyer les refus, j’suis pas maso non plus, que de trouver la clef, pour prendre les aloses lorsqu’elles n’en veulent plus, une perche franche avec des micro-leurres ou soleil avec des nano-leurres, ou un chevesne avec une imitation de cloporte ou d’insecte improbable…

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Oui j’ai acheté une canne UL (ultra-light) pour pouvoir lancer des crottes de nez au cul des chevesnes, ou pour pêcher « le tétard en spining » comme dit mon ami Olive.

Vous savez désormais pourquoi.

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*A l’envers à l’endroit comme le chantait Carène avant que Renaud ne popularise un verlant qui l’était déjà (populaire).

Il est difficile voire souvent impossible d’écrire ou de décrire explicitement une pensée avec toute ses nuances de complexités. Il est souvent plus simple de faire des paraboles, d’écrire des fables, d’imager les choses par une photo, un dessin, un proverbe, une citation.

Lire les choses au premier degré, de façon purement littérale, lorsqu’elles sont exprimées avec un peu de spiritualité ou d’humour, sans y associer le para verbal, un smiley, un peu de recul, c’est la meilleure façon de faire fausse route.

Qu’il est difficile de se comprendre parfois !

Chasser les marchands du temple, partir en croisade ou pour toute autre guerre sainte telle que pourraient l’avoir souhaité ou écrit des gens de raison, ne signifie rien d’autre que de lutter au quotidien pour faire vaincre en SOI le bien sur le mal… Il n’est nullement question d’appel à la guerre fratricide, or combien pourtant prennent les choses au pied de la lettre ? Trop certainement. L’actualité ne vous a sûrement pas échappé, ni cette histoire amérindienne qui raconte qu’en nous s’affrontent un loup blanc et un loup noir et que gagnera celui que nous alimenterons. Est-il utile de préciser que ce n’est pas « vrai », qu’il n’y a pas de loup tout poilu en nous ? Bref certains comprendront pourtant qu’il faut abattre tous les loups blancs, ou tous les loups noirs, voire tous les loups et passeront même à l’acte… Inversement, si on est loup, on s’émouvra d’un appel au génocide de ses alter ego canis lupus.

Ainsi semble aller, depuis des siècles et des siècles, et ira probablement encore longtemps ce monde manichéen.

Apres avoir fait sus aux loups, sautons du coq à l’âne (ou pas) et faisons Épicure de rappel.

1395226_10152046988493764_2013472139_n J’aime la pêche en grands lacs, les milieux sauvages, le rustique, le rural, le vintage, la bonne chair, les potes, la déconne, les paraboles, les caricatures, taquiner… Je ne cherche pas à plaire, ni à faire dans le consensus mou, ni à être déplaisant. Je suis, je pense, j’écris, je dis. Ca ne laisse pas indifférent, tant mieux, tant pis, on aime, on n’aime pas. Je suis bête et méchant et alors ? A un moment ou un autre je sais que je provoque, dans le meilleur des cas la réflexion, dans le pire un peu de bleu à l’âme de certains, un sourire au visage d’autres.

On peut rire et parler de tout, mais probablement pas avec tout le monde. Il n’est pas facile, j’en conviens, de trouver les limites humano dépendantes, surtout quand on ne connaît pas ses lecteurs, ses interlocuteurs. Quant le moindre mot divise, à la limite de la capacité de résilience de tout à chacun, au point de non retour, autant que chacun trace sa route.

Les ours ne vivent pas en bande, les aigles ne picorent pas avec les poulets pas plus que les loups ne broutent avec les moutons, tout simplement parce que ce n’est pas leur place. L’histoire finit en queue de poisson, mais aussi, parce que tout est cyclique, en épanadiplose… Parce qu’il est difficile voire souvent impossible d’écrire ou de décrire explicitement une pensée avec toute ses nuances de complexités. Il est souvent plus simple de faire des paraboles, d’écrire des fables, d’imager les choses par une photo, un dessin, un proverbe, une citation… Dscn0124