Privé vs public : est-ce la question ? (part 2)

Publié: 21 janvier 2017 dans humeur, l'évangile selon moi

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Sur Facebook j’ai demandé à mes faux lovers et vrais amis ce qu’ils choisiraient entre prendre une carpe pesant 40 kg dans le privé (centre de pêche commercial) et prendre une carpe de 20 kg dans le public (eaux ouvertes à tous moyennement un permis de pêche). Métacognition aidant je savais pertinemment que ma question était pipée. En effet mettre en balance le critère de poids et le lieu de la capture, sous-entend deux choses. Primo qu’un poisson de 40kg vaille plus qu’un poisson de 20kg. Deuxio qu’une capture dans le privé vaille moins que dans le public.

Pour le premier critère, la pyramide du mérite d’une capture serait donc directement liée à celle de la rareté des lourds spécimens. Il y aurait pourtant beaucoup à relativiser si on analysait la capturabilité des gros poissons connus, si on contextualisait en fonction de la chance ou de la campagne d’amorçage (est-on plus méritant quand on a les moyens d’amorcer plus ?), du temps passé, de ce qu’est un spécimen en fonction des eaux d’ici ou de là, de connaissance des habitudes des gros poissons donc des infos échangées et de réseaux des spécimens hunters…

Quant au second critère de “mérite”, le lieu de la capture, il est souvent minimisé par la petite taille des eaux, la densité de poissons obèses ou à la génétique sélectionnée dans le privé, voire parfois leur origine douteuse et la relation tarifée. A contrario il est aussi évoqué par certains la pseudo difficulté des plans d’eaux privés. Là où les uns mettent en avant le mérite de capturer des poissons éduqués, les autres parlent du stress de captures relâchées et reprises sans relâche, car dépendantes des amorçages pour se nourrir.

Il y a donc, de façon consciente ou inconsciente, assumée ou pas, une connotation négative liée au privé, sinon la question n’aurait pas vraiment de sens et n’appellerait même pas de réponse. Notons d’ailleurs la pirouette de plusieurs personnes qui ont répondu préférer prendre une 40kg dans le public. Notons également que ceux qui pratiquent le privé argumentent pour certains un choix par défaut ou s’offusquent pour d’autres d’un débat merdique, un débat qui n’en est un que parce qu’eux même pensent de façon consciente ou inconsciente qu’ils ont moins de mérite et inversement.

A l’éclairage de l’ensemble des réponses, le dilemme consiste quelque part à choisir entre ce que j’appellerai de façon pédante « félicité et vertu ». Arriver à s’accorder sur le sens commun de ces deux mots est déjà compliqué. Mais on peut à minima s’accorder sur l’existence d’une différence ou d’une graduation de sens entre « plaisir, bonheur, félicité » ou entre « morale, valeur, vertu, éthique »… Sinon pourquoi autant de mots différents ? Il y a des plaisirs sans bonheur, des bonheurs dans l’ascèse, des plaisirs peu moraux, voire totalement illégaux. Bref si on ne saisit pas les différences il sera dès lors compliqué de se comprendre.

Ceux qui mettent en avant « les deux » ou disent « peu importe pourvu qu’on ait du plaisir » me rappellent la philosophie de Prodicos de Céos qui proposait, entre félicité et vertu, de ne pas se laisser enfermer dans l’alternative : les deux Mon adjudant ! Si tout le monde à une vague notion de ce qu’est le bonheur (pas toujours où le trouver) c’est vite un peu plus compliqué lorsqu’on parle de vertu, valeur, morale, éthique. Choisir les deux (le plaisir facile et la vertu) c’est donc un peu comme dire qu’on est vertueux et chercher le plaisir… auprès de femmes de petite vertu. Si le service de ces dames est légal, personne ne devrait avoir à y redire, sauf si on fait la différence entre la loi et la morale des hommes d’une part, l’éthique individuelle, les valeurs, la vertu. Impossible de sortir vraiment du débat sans prendre un peu de hauteur. C’est pire en le tirant vers le bas.

J’aurais d’ailleurs pu prendre la philosophie de Diogène de Synopse en référence, pas pour confirmer ma pensée, mais pour aider à la réflexion. Il oppose, pour faire simple, la loi des hommes (et autres morales, vertu…) à celle de la Nature. Pas de bien ni de mal, pas de préjugé culturel ou autre, les lois de la Nature. Une de ses tirades a traversé les siècles : « le soleil entre bien dans les latrines sans cesser d’être lui même, ni de s’y souiller ». Bref on devrait bien pouvoir pêcher où on veut sans cesser d’être soi même, et se faire plaisir y compris en plan d’eau privé comme en place publique (sic).

Le cœur du débat, c’est que cette simple question titille notre petit ego. C’est là que le bât blesse, où ça fait mal, raison pour laquelle ça peut vite tourner au combat de petits coqs. C’est juste de la pêche, imaginez pour le reste. Le même ego que vous alimentez et qui fera quelqu’un de vous si vous posez avec pleins de gros poissons ou un moins que rien parce que vous pêchez dans le privé.

Alors zen, posez vous les bonnes questions, vous trouverez les bonnes réponses.

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