C’était mieux avant

Publié: 11 septembre 2016 dans humeur

J’ai déjà partagé quelques réflexions sur le sujet, que je voudrais aujourd’hui aborder sous un autre angle.

Je ne suis pas les pieds dans l’eau depuis si longtemps que cela, enfin moins que tous ceux qui sont plus vieux que leur père. J’ai quand même l’impression que le monde évolue extrêmement vite, et me demande comment faire autrement que de le suivre sa course un peu folle, juste pour ne pas être en marge de la société.

Alors oui je vis avec mon temps et use à vrai dire bien volontiers de ses facilités. Or, facile justement, bon nombre de choses sont devenues. Prenons l’exemple tout simple de la pêche de la carpe. C’est probablement celle qui a le plus évolué en ce sens depuis un quart de siècle. Ceux qui en ont deux en témoigneront mieux que quiconque, qui plus est si ils ont un minimum de culture dans le domaine. Avec un cheveu, un montage bloqué et une bouillette ready made , n’importe quel couillon peut aujourd’hui espérer prendre une carpe de 20 kilo (je pourrais même dire 30) si tant est qu’il pêche là où il y en a. Si on ajoute à cela que ces endroits ont vite fait le tour du monde avec l’avènement d’Internet, où sont sortis de nulle part pour se multiplier comme les bordels sur la route de l’or, la boucle est bouclée.

Mieux ? Moins bien ? C’est comme ça. D’un peu on est devenu beaucoup plus là où on était moins, c’est indéniable. Les choses étaient moins faciles avant-hier, du temps du cercle restreint des carpistes presque disparus aujourd’hui, plus restreint qu’hier et bientôt encore plus qu’avant hier. Aujourd’hui c’est une pêche plus facile, plus populaire, plus médiatique, plus accessible, plus porteuse ; un business qui a explosé comme les plans d’eau à bœufs ; des postes et points GPS qui se refilent et se répandent comme la vérole sur le bas clergé. Aujourd’hui qui ne connaît un carpiste parmi ses collègues de boulot, dans sa famille, des amis, sur les réseaux sociaux ?

Il n’y a bien paradoxalement que certains réactionnaires qui se ressemblent, se cooptent et s’assemblent, à ne pas voir le côté « populaire » de cette pêche, eux qui n’ont vu que le sandre quand renaissait un phénix. Ce qui s’est passé pour la carpe, se répète avec la pêche des carnassiers etc.On pourra, je le ferai, extrapoler la réflexion qui va suivre à beaucoup de faits de société.

les-tontons-fligueurs

Désolé (même pas vrai) de devoir l’écrire, la quantité nuit malheureusement à la qualité. Ce n’est pas être élitiste que de dire cela (et tant bien même), c’est d’abord purement mathématico-logique et ensuite le résultat d’un comportement connu sous le nom d’effet Pygmalion.

D’une part, puisque c’est ce qu’il y a de mieux réparti parait-il, il y a un effectif de cons 50 fois plus élevés dans un échantillon de 50 000 pris au hasard que dans un de 1000. Le jour où vous en aurez d’ailleurs marre des bredouilles, optez pour la pêche au con, ça mord toujours. Comme d’autre part on ne voit ni n’entend parler de l’immense majorité de ceux qui entrent dans la catégorie des « pas cons », le raccourci est vite fait : les carpistes sont tous des cons (comme les juifs ont les doigts crochus, les mulsumans de la dynamite à la ceinture contrairement aux curtons qui eux n’en ont pas -de ceinture- et perdent facilement leur froque). Et bien non, ce n’est ni objectif ni bijectif (ça ne marche pas dans les deux sens). C’est un effet de masse, qui fait qu’on tombe forcément sur un con à un moment et ce dans n’importe quelle corporation. Allô quoi, ne jetons pas Brigitte Bardot avec l’eau du bain ! C’est un sophisme, un truc qui ressemble à une vérité, qui fait prendre les vessies pour des lanternes aux esprits simples. Exemple classique : « tous les chats sont mortels, Socrate est mortel, donc Socrate est un chat » (la vérité serait « Socrate est un chat, donc Socrate est mortel » ; or l’équation n’est pas vraie dans les deux sens : si tous les chats sont mortels, tous les mortels ne sont pas des chats…

bb

Ca(r)pisto ? Oui (sinon sautez un paragraphe) ? Alors remplacez chat par carpiste et mortel par con ou par équipé de détecteurs. Tous les carpistes ne sont pas cons (même si l’effet de masse fait qu’on va bien tomber sur un) et de plus tous ceux qui pêchent avec des détecteurs ne sont pas forcément carpistes (au sens technique puisque de plus en plus de sandriers ou de siluristes s’y sont mis, mais aussi au sens du cercle des carpistes disparus mais là c’est un poil plus compliqué puisqu’on se réfère à des valeurs, à la culture…)

Non ? Je ne peux rien pour vous, désolé.

Deuxième étape, après l’effet critique de masse et le sophisme : l’effet Pygmalion. Puisque les carpistes sont tous (considérés comme) des cons, certains (et pas forcément les plus cons malheureusement, mais peut-être ceux s’énervant le plus de cette injuste victimisation) réagissent en ironisant (à la face du monde) sur telle AAPPMA ou telle Fédé ou tel président qui au final disent (eux ou leur entourage) : vous voyez bien que j’avais raison, vous avez vu comment ils réagissent ces carpistes ? Comme des cons. Vous pouvez remplacer carpiste par n’importe quel groupe/régiondefrance/pays/religieux/sexe/etc ça marche pareil et con par n’importe quel autre adjectif (si possible vexant c’est mieux) ça marche aussi. C’est souvent la façon de se comporter avec les gens (et je dirai même avec les animaux) qui les font devenir individuellement ce qu’on leur reproche faussement, et l’amalgame qui crée un certain nombre de nos problèmes de société en dressant les uns contre les autres. Méditez.

Deuxième effet qui s’coule : non seulement la quantité nuit à la qualité en terme de relationnel avec l’extérieur du groupe, mais à force d’être pris pour des cons, les pas cons du groupe s’épuisent et fuient le groupe (ce qui facilite la marginalisation du groupe qui n’a plus d’avocat). L’effet est donc double (voire triple je vais y arriver) puisque l’extérieur dit aux pas cons du groupe qui se rebellent « vous n’avez qu’à balayer devant votre porte ». Combien de fois j’ai entendu cet argument, débile permettez moi. On sait tous que lutter contre la connerie humaine (pléonasme à mon sens) c’est comme vouloir remplir le tonneau des danaïdes, or les pas cons passeront plus ou moins vite à autre chose. Chacun peut avoir un peu de temps à donner, mais rarement à perdre. « Démerdez vous donc du merdier que vous avez foutu » disent à leurs détracteurs les pas cons qui ne reconnaissent pas dans l’image qui est donné au groupe, sachant qu’in fine des cons il n’y en a pas plus ici qu’ailleurs (y compris du côté de ceux qui critiquent) et lycée de Versailles.

Triple effet enfin : comment voulez vous qu’un carpiste « pas con » s’investisse dans une quelconque gouvernance de groupe (club, AAPPMA, Fédé…) si ils sont pris pour des cons ?

Bref, heureusement personne ne devrait se sentir visé parce que les carpistes investis le sont forcément dans des AAPPMA ou fédés qui ne les prennent pas pour des cons, CQFD.

Je voulais en venir en conclusion à un autre phénomène, celui du « c’était mieux avant » mais sous un autre angle : le vintage. Je ne crois pas qu’on aime le « vieux » parce que c’est vieux. Techniquement c’est souvent moins performant que le neuf (rien de sexuel s’entend) mais là aussi ça se discute quand on compare à certaines « chinoiseries », et si ça complique un peu les choses, ça peut aussi les rendre plus savoureuses. Je crois que c’est avant tout un état d’esprit, donc un choix personnel, sauf à devenir une mode et à grossir. Mais de toute façon, le vrai vieux n’existant qu’en quantité limitée, le groupe aura forcément une taille critique. C’est peut-être justement le pourquoi du choix du moins pour le mieux, un retour cette fois ci un peu nostalgique. Nostalgique des choses bien faites, des beaux objets, faits de beaux matériaux, de façon quasi unique ou en quantité limitée par des artisans passionnés. Y retrouver une âme et la sueur du temps où l’on prenait le temps, pas la sueur de l’ouvrier chinois (certes lui tout aussi méritant) exploité par les intermédiaires à produire sur la chaîne des temps modernes. C’est comme emmener une cafetière à l’italienne et du café moulu plutôt qu’un pot de café lyophilisé, prendre plaisir et le temps de faire un bon café. D’ailleurs le slogan publicitaire « grand-mère sait faire un bon café » ou les confitures « bonne maman », les AOC du pinard ou des fromages qui puent, le terroir, le (hand) made in France, ça titille quoi si ce n’est ce goût et le temps de vivre perdus ?

 

 

 

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s