Electronique… ta mer

Publié: 14 août 2015 dans humeur

Je vais y aller de mon quart d’heure en mode Taz de Tasmanie, parce que y’a des trucs qui me gonflent. Sûr que je ne vais pas me faire que des amis, mais tant pis, resteront les Curly.

Je vais juste préserver sinon mes arrières du moins la réponse facile qu’on pourrait me faire style c’est un billet de vieux réac frustré, de plouc sans dent. Vous avez le droit de le penser, sauf que je n’ai rien à redire à ceux qui veulent se faire plaisir avec un grand écran sur leur bateau et que ne pas faire de même n’est pas une question de sous, juste un question de choix. Pas plus que je rejette la modernité bien au contraire. Je reconnais bien volontiers qu’en action de pêche un échosondeur performant couplé avec un GPS lui-même couplé avec le moteur pour gérer les dérives doit être un confort de pêche pour trouver les poissons, recouper plein de paramètres et améliorer par conséquent sa lecture de l’eau et sa pêche. Je reconnais aussi que le côté technologique donne (tout comme les anglicismes évoqués dans mon précédent article) un côté moderne et booste la pêche, ce qui n’est pas un mal allais-je ajouter. Mais je n’en suis pas si sûr.

évolution

Je ne vais pas me la jouer (sado) maso ou Koh-lanta. Je ne vais pas prôner ici le goût de l’effort ou du dépassement de soi, ça reste de la pêche de loisir et y’a pas de bien à se faire du mal. Sauf qu’à ce compte ça se termine par je t’emmène à la pêche sur le spot, je te prépare la canne, je te pique le poisson, voire je te le sors et tu poses avec sur la photo. Non ? En êtes vous si sûrs ? Parce que l‘argument de vente avoué ou inavoué, ou ce qui pousse à l’achat sciemment ou inconsciemment, ça reste moins le graal, la poudre de perlimpinpin, le leurre ou la bouillette philosophale, que l’égo et la gloire (éphémère) de nos pairs. T’as pas le point GPS du DCP, ou l’électronique qui te permets de trouver le spot dans la botte de foin, ben t’es brecouille et t’as pas ta photo sur face de bouc. Je n’aborderai pas ici le privé, mais ça revient au même. La fin justifie les moyens (oups j’avais dit pas le Marquis de Sade).

Bon au pire, qu’on s’assoie sur le goût de l’effort et que ça fasse mal au luc, après tout chacun fait ce qu’il veut du sien et voit midi à sa porte. Le seul hic, c’est justement que c’est la porte ouverte au grand n’importe nawack, à la mondialisation de l’info et au pillage des pseudo hot-spots. Pseudo parce que si tout le monde se refile les points GPS et pêche en mode « go to », forcément tout le monde se retrouve au même endroit, sur plus ou moins la même dérive, et fatalement c’est là que se prendront les poissons. C’est tellement plus simple de s’amasser à 77 bateaux (mouche) sur un épron (sic) que de faire du pionniering. Ce qui compte c’est la photo non ? Et si encore ce n’était que cela. Si tout le monde pêchait en no-kill…

Les visiteurs

Car comme pour toute chose ce n’est pas l’outil qui est dangereux, c’est l’usage qu’on en fait. La logique de réduction à la source voudrait qu’en supprimant l’outil on supprimerait le danger… Sauf que ça ne marche pas, parce qu’il y aura toujours un gars pour se la jouer en mode phare ouest, la loi du plus fort, c’est moi qui ai la plus grosse embarcation et en plus il faut bien que je rembourse l’essence ou le prix de la sortie. Ne nous leurrons pas, il n’y a pas que des philanthropes. Plus exactement il y en a peu. Combien viennent casser du fiiish, remplir le congélo pour les jours de vaches maigres.

Sans électronique, sans internet, la pêche est plus dure et plus confidentielle. Avec, elle devient parfois trop facile, donc la ressource trop accessible, donc trop dangereuse. Après on peut faire le beau et se la jouer Sea-Shepherd en dénonçant le massacre des globicéphales ou baleines pilotes aux îles Féroé quand on fait pareil, ou contribue à faire pareil, sur la côte Atlantique.

Pêche de loisirs disais-je. Oui lorsqu’il n’y a pas de pognon en jeu (donc de business, de sponsor, de report à faire) sinon ça devient de la pêche quasi-professionnelle (au sens obligation de résultat et de compte à rendre). Et lorsque la pêche de loisir devient source de revenus sur le dos des partenaires de jeu, ça ressemble à de la corrida. D’accord ce n’est pas le même rendement qu’un abattoir industriel et je pousse le bouchon ou en tout cas votre réflexion. Car regardons simplement (naïvement ?) la vérité en face. Moi je veux bien qu’on les aime ses taureaux, mais quand on aime on préserve, on ne tue pas ou on fait tout pour l’éviter, même par procuration. Sinon c’est de l’amour vache, pour ne pas dire du sadisme. Non je ne l’ai pas dit.

la pèche

Pour conclure n’oublions pas que dans cette triste corrida (comme dans tout processus non durable ou raisonnable) le taureau c’est nous autres en fin de boucle. Que chacun fasse ce qu’il veut de SON luc oui, mais cette liberté s’arrête lorsqu’on commence à jouer avec celui des autres. Quand il n’y aura plus de vaches maigres, les pêcheurs de loisirs éco responsables pourront toujours se rabattre sur les thons ou les requins et louer la nature le réchauffement climatique qui les rapproche de nos côtes.

Voilà, c’est dit.

images extraites de http://voyagedegerardetlisette.blogspot.fr (bulles modifiées)

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commentaires
  1. Besson Jérôme dit :

    Bim Bam Boum ! Longtemps que j’étais pas venu ici, et ce billet me montre que c’est une erreur qu’il me faut vite corriger… Ce soir, je reviens faire un peu de lecture… Foi de Crayfish !

    • e2b3 dit :

      Ce billet part d’un constat simple : les bateaux de pêcheurs amateurs (de loisirs) s’empilent les uns sur les autres pour taper les maigres en post fraie (d’après ce que j’ai compris) et pas en no-kill pour partie d’entre eux parce que de toute façon « si ce n’est pas nous ce seront les pêcheurs professionnels », et puis « la mer est intarissable »… c’était pareil à quelque chose près avec les esturgeons il y a une soixantaine d’années.

      • david Léger dit :

        Thon, Bonite, Maigre, Bar, Dorade, céphalopodes… La liste des espèces qui font les frais de l’orgie halieutique de nombreux amateurs est énorme. « Amateur » est d’ailleurs un mot qui me fait de plus en plus marrer quand on l’oppose aux « pros », et ce exactement pour les raisons que tu évoques : ils finissent par être tellement outillés et « connectés » qu’ils sont au final encore mieux équipés que les professionnels, avec des résultats qui sont certes minimes au cas par cas, mais gargantuesque lorsqu’on les additionne. ça n’a plus rien du loisir ou de l’amateurisme en terme de conséquences sur les ressources.

        Et puis c’est pas comme si on n’avait pas un parfait exemple de ce que les abus peuvent engendrer dans ce contexte très précis : tu parles de l’esturgeon, moi je te parlerai de la Méditerranée en général, où pour redresser la barre il a carrément fallu créer des réserves de pêche (dument surveillées !) pour qu’enfin les effectifs de grands pélagiques mais aussi de mérous -entre autre- se mettent à sensiblement progresser.

  2. […] plus porteuse ; un business qui a explosé comme les plans d’eau à bœufs ; des postes et points GPS qui se refilent et se répandent comme la vérole sur le bas clergé. Aujourd’hui qui ne connaît […]

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