Born to kill ?

Publié: 15 mars 2017 dans Non classé

Le chat et la souris

Vous je ne sais pas, mais moi j’ai mauvaise conscience à tuer. Même pour réguler les souris qui s’invitent dans mon garage, je dois procéder par tapettes interposées. Ma chatte doit se poser bien moins de questions existentielles quand je vois comment elle joue avec ses captives dans le jardin. Au final je ne sais pas qui est plus cruel que l’autre. Moi j’en ai conscience, elle je ne sais pas. Elle s’en fiche et semble même y prendre un (malin) plaisir.

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Je prends l’exemple du chat et de la souris car lorsqu’il s’agit de tirer sur la chasse, difficile pour moi de jeter la pierre à celles et ceux qui tuent, que ce soit au prétexte de réguler les populations de sangliers comme moi les souris, ou pour toute autre motif plus kaki qu’inné pour le chasseur que pour ma chatte.

Ne pas faire aux truies…

Je sais c’est laid. Mais d’un côté, sauf à chasser avec un fusil à bouchon, des flèches à ventouse ou à les mettre en boite (son pâté valant bien celle du chat) avec un appareil photo, difficile de le faire en no-kill. Notez que je n’ai pas dit le pâté « de chat », ce serait ragoûtant, mais LA pâtée DU chat, qui ne l’est guère moins.

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Ceci dit, on va y revenir, en quoi serait-il moins bien ou mieux de manger du pâté de sanglier, que de chat ou de ragondin. D’un autre côté on s’en fout, nous autre pêcheurs sportifs on n’est pas concernés, on gracie nos prises sans réel scrupule ni examen de conscience.

Release the cochon dans le maïs

Bon, personnellement, c’est vrai que je remets tous les poissons à l’eau, y compris, mais ne le répétez pas à la police de la pêche, ceux que je ne devrai pas, légalement s’entend. Pêcher (accidentellement) et relâcher (volontairement) des poissons-chats ou des perches soleil, ça revient un peu, j’en conviens, à attraper des souris et à les relâcher… dans mon garage.

Au nom de la loi

On ne peut se priver d’un paragraphe sur la loi des hommes. Elle définit quelle espèce est nuisible et doit être éliminée et quelle autre doit être protégée, par des mailles, des quotas, des périodes ou des parcours, des réserves, les procédés de pêche prohibés etc. Elle encadre, de façon assez variable en fonction des départements et des pays, régule donc le droit (ou le devoir !) de tuer pour qui passera et/ou achètera un permis. Bref elle a le « mérite » de légaliser des pratiques sur lesquelles moralement, éthiquement ou philosophiquement on pourrait longuement débattre.

St Pierre, patron des pêcheurs

Pratiques par ailleurs fortement influencées (je n’ai pas écrit justifiées) par notre culture et notre éducation. Nos ancêtres hominidés mangeaient déjà ce (ceux ?) qu’ils pouvaient attraper, et inversement. La chasse a permis de se nourrir, de se vêtir, d’évoluer. Peu de notion de morale, de bien ou de mal dans cette pré-histoire comme dans la tête de ma chatte. Antropomorphisme aidant, les choses ont probablement évolué notamment lorsque l’homme s’est mis en abîme dans des religions le créant à l’image d’un dieu, écartant de fait l’égalité des espèces et à l’occasion celle des sexes, classifiant d’un côté les hommes, d’une côte les femmes, et de l’autre les « bêtes », serpents et autres suppôts de satan. C’est clair que si Ève n’avait pas croqué la pomme on serait tous en train de se balader à loipé dans le jardin d’Eden et on se poserait moins de questions sur l’agriculture intensive ou sur les conditions d’abattage des animaux qui finissent dans nos assiettes. Ceci dit d’autres religions, que je ne connais pas mieux, enseignent un respect équitable envers toutes les créatures vivantes. Elles ne font pas cette séparation par nature, l’humain versus le reste du monde, mais propose éventuellement une graduation des sensibilités, à plusieurs titres d’ailleurs, deux au moins. C’est aussi un peu ce qui se passe dans notre tête, qu’on le veuille ou pas.

Une salade de crudités oui, une assiette de cruauté non.

Des êtres ou pas des êtres, c’est un peu la question. Les amibes ou autres champignons, les mollusques, les végétaux sont des êtres vivants probablement moins sensibles qu’un chat, un cheval ou un globicéphale. Un œuf n’est pas (encore) un poussin ni une poule. Point de neurones pour les uns, conscience plus ou moins développée pour les vertébrés. La notre s’en trouve donc soulagée dès lors qu’on ne s’attaque qu’aux espèces manifestement moins évoluées ou sensibles d’une part, ou aux espèces pour lesquels nous sommes moins sensibles d’autre part (voir supra le pâté de chat).

Sans développer plus ici toutes les formes de cruautés possibles et à peine imaginables, ni vouloir ériger un mode de vie en principe moral, d’autres font le choix personnel d’exclure toute forme de souffrance ou simplement d’exploitation envers les animaux : des conditions d’élevage, à l’abattage ou au choix de ne pas les manger, de ne pas plus utiliser leur cuir (au final quelle différence fondamentale il y a-t-il entre porter la peau d’un animal mort ou sa fourrure ?), la laine ; ne pas faire d’équitation, ne pas avoir d’animal de compagnie, pas d’aquarium…

Je vous laisse imaginer ce qu’ils peuvent penser de la pêche de loisir. Car ne nous voilons pas la face, en un mot comme en cent, on passe effectivement notre temps à faire chier les poissons et encore même pas pour les bouffer. Fermer les yeux n’éludera pas le sujet. Et ne doit-on pas se poser la question quand on voit le sort des poissons sur pêchés, bouches et nageoires estropiées, le comportement peu précautionneux y compris de certains intégristes du no-kill, envers les poissons et pas que ? Idem pour la mascarade annuelle de l’ouverture de la surdensitaire. Si encore l’incohérence s’arrêtait à gracier les carpes et zigouiller les truites d’élevage, alter gallinettes cendrées, il y aurait moindre mal oserais-je avancer, mais on zigouille aussi les brochets (espèce menacée dans beaucoup de nos eaux), on pêche les silures à la bouée avec des carpes ou, pardon, avec des blancs moins nobles (carassins, chevesnes…) ou avec des anguilles (aussi menacées)… On se réconfortera en se disant qu’une anguille ce n’est rien comparé au trafic de civelles, que les truites surdensitaires sont élevées pour être tuées et préserver la pression sur les truites sauvages. Oui… et non quand on voit par ailleurs le peu d’intérêt pratique porté aux têtes de rivières et à l’eau, non mais a l’eau quoi, sauf pour arroser le maïs, avec lequel pêcheront ceux qui voudront éviter les bouillettes à base de farines de poisson.

L’emprise d’indécence

D’ailleurs tout ce qu’il y a de l’autre cote du miroir on s’en fout en fait, ça ne se voit pas plus que la soupière sous le tapis. Déjà que ce qu’on voit on s’en fout, ou coupe, on rase, on défonce les roselières, on chie partout sans enterrer ses étrons, on balance ses mégots par terre, on laisse ses déchets en vrac… Alors un poisson relâché avec une caudale pétée, les ouïes arrachées ou avec une gueule défoncée au grip ça ne se verra plus une fois rejeté à l’eau. Tout comme lorsqu’il n’y aura plus d’eau on ne s’inquiétera plus de vie aquatique, le problème étang réglé à la source.

L’opinion publique est tout au plus écœurée, le mot restant bien fort, à la vue d’une photo montrant une anguille ou des tonnes de cadavres de poissons. La nausée ne durant guère que le temps de tout emmener à l’équarrissage et de dissiper les relents fétides.

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Chacun fait sa propre lecture des choses.

Chacun peut lire (ou écrire) à plein de niveaux différents dès qu’il va au delà du simple B.A. BA. Les mots écrits, ou lus, sont l’expression ou l’origine d’une pensée, de l’imaginaire se construisant sur les bases de ses propres connaissances et recherches. Je ne peux pas croire que l’auteur (Didier Decoin, de l’académie Goncourt) ait mis 12 ans à écrire ce livre et qu’il ne me faille que 2 jours de lecture pour en comprendre la profondeur. Et je ne parle même pas de la culture nippone.

Les anciens récits étaient d’ailleurs des sutra, des poèmes, des allégories, des fables, des mythes dont le sens était ainsi plus facile à retenir à l’aide de ces images.

Or je n’ai pas lu, dans les premières critiques trouvées sur le net de cet ouvrage, autre chose qu’un premier degré de lecture. Un peu comme on ne verrait que le prime abord, la saleté ou la puanteur d’un métier, d’une personne et non l’être dans ce qu’il est. Or c’est un des fils conducteurs omniprésent, la dualité entre l’être et le paraître, la pensée et le corporel, parmi d’autres.

L’allégorie de la fragrance de la demoiselle du pont entre deux brumes est une mise en abîme (au sens pictural du terme). C’est, au premier degré, le voyage de Miyuki depuis son village de Shimae (une première brume) jusqu’à Heinankyo (via un pont), la capitale de la cité impériale (plongée dans une seconde brume lorsqu’elle y arrive et qu’y sévit un incendie, il n’y a décidément pas de fumée sans feu). Ce long et tumultueux parcours laissera sur elle une empreinte olfactive.

C’est aussi le voyage de la vie qu’elle se remémore tout au long du parcours. Son enfance, son mariage par intrusion nocturne, sa vie de couple, la sensualité, le travail de son pêcheur de mari, son « propre » travail, la mort, le fantôme de son mari. Là encore d’autres odeurs entre sa vie d’avant et sa vie d’aujourd’hui.

C’est encore un cheminement individuel, la découverte du sens de la vie. Pour Miyuki la continuité de l’œuvre de Katsuro certes, mais au-delà. L’amour éternel.

In fine le concours de fragrances (dont la plus improbable à formuler, celle qui reste après le passage du pont, qui plane comme un fantôme) boucle en fin d’ouvrage avec la citation de Shakyamuni Buddha écrit par l’auteur en propos préliminaire : une fragrance difficile à définir qui ne vient ni ne part, qui n’apparaît ni ne disparaît. L’odeur comme un curriculum immatériel de la vie : le karma.

C’est enfin le cheminement et l’éveil possible du lecteur. Quels tiroirs ouvrira-t-il ? Quel pont franchira-t-il ?

Que lui en restera-t-il une fois l’ouvrage lu ?

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Sur Facebook j’ai demandé à mes faux lovers et vrais amis ce qu’ils choisiraient entre prendre une carpe pesant 40 kg dans le privé (centre de pêche commercial) et prendre une carpe de 20 kg dans le public (eaux ouvertes à tous moyennement un permis de pêche). Métacognition aidant je savais pertinemment que ma question était pipée. En effet mettre en balance le critère de poids et le lieu de la capture, sous-entend deux choses. Primo qu’un poisson de 40kg vaille plus qu’un poisson de 20kg. Deuxio qu’une capture dans le privé vaille moins que dans le public.

Pour le premier critère, la pyramide du mérite d’une capture serait donc directement liée à celle de la rareté des lourds spécimens. Il y aurait pourtant beaucoup à relativiser si on analysait la capturabilité des gros poissons connus, si on contextualisait en fonction de la chance ou de la campagne d’amorçage (est-on plus méritant quand on a les moyens d’amorcer plus ?), du temps passé, de ce qu’est un spécimen en fonction des eaux d’ici ou de là, de connaissance des habitudes des gros poissons donc des infos échangées et de réseaux des spécimens hunters…

Quant au second critère de “mérite”, le lieu de la capture, il est souvent minimisé par la petite taille des eaux, la densité de poissons obèses ou à la génétique sélectionnée dans le privé, voire parfois leur origine douteuse et la relation tarifée. A contrario il est aussi évoqué par certains la pseudo difficulté des plans d’eaux privés. Là où les uns mettent en avant le mérite de capturer des poissons éduqués, les autres parlent du stress de captures relâchées et reprises sans relâche, car dépendantes des amorçages pour se nourrir.

Il y a donc, de façon consciente ou inconsciente, assumée ou pas, une connotation négative liée au privé, sinon la question n’aurait pas vraiment de sens et n’appellerait même pas de réponse. Notons d’ailleurs la pirouette de plusieurs personnes qui ont répondu préférer prendre une 40kg dans le public. Notons également que ceux qui pratiquent le privé argumentent pour certains un choix par défaut ou s’offusquent pour d’autres d’un débat merdique, un débat qui n’en est un que parce qu’eux même pensent de façon consciente ou inconsciente qu’ils ont moins de mérite et inversement.

A l’éclairage de l’ensemble des réponses, le dilemme consiste quelque part à choisir entre ce que j’appellerai de façon pédante « félicité et vertu ». Arriver à s’accorder sur le sens commun de ces deux mots est déjà compliqué. Mais on peut à minima s’accorder sur l’existence d’une différence ou d’une graduation de sens entre « plaisir, bonheur, félicité » ou entre « morale, valeur, vertu, éthique »… Sinon pourquoi autant de mots différents ? Il y a des plaisirs sans bonheur, des bonheurs dans l’ascèse, des plaisirs peu moraux, voire totalement illégaux. Bref si on ne saisit pas les différences il sera dès lors compliqué de se comprendre.

Ceux qui mettent en avant « les deux » ou disent « peu importe pourvu qu’on ait du plaisir » me rappellent la philosophie de Prodicos de Céos qui proposait, entre félicité et vertu, de ne pas se laisser enfermer dans l’alternative : les deux Mon adjudant ! Si tout le monde à une vague notion de ce qu’est le bonheur (pas toujours où le trouver) c’est vite un peu plus compliqué lorsqu’on parle de vertu, valeur, morale, éthique. Choisir les deux (le plaisir facile et la vertu) c’est donc un peu comme dire qu’on est vertueux et chercher le plaisir… auprès de femmes de petite vertu. Si le service de ces dames est légal, personne ne devrait avoir à y redire, sauf si on fait la différence entre la loi et la morale des hommes d’une part, l’éthique individuelle, les valeurs, la vertu. Impossible de sortir vraiment du débat sans prendre un peu de hauteur. C’est pire en le tirant vers le bas.

J’aurais d’ailleurs pu prendre la philosophie de Diogène de Synopse en référence, pas pour confirmer ma pensée, mais pour aider à la réflexion. Il oppose, pour faire simple, la loi des hommes (et autres morales, vertu…) à celle de la Nature. Pas de bien ni de mal, pas de préjugé culturel ou autre, les lois de la Nature. Une de ses tirades a traversé les siècles : « le soleil entre bien dans les latrines sans cesser d’être lui même, ni de s’y souiller ». Bref on devrait bien pouvoir pêcher où on veut sans cesser d’être soi même, et se faire plaisir y compris en plan d’eau privé comme en place publique (sic).

Le cœur du débat, c’est que cette simple question titille notre petit ego. C’est là que le bât blesse, où ça fait mal, raison pour laquelle ça peut vite tourner au combat de petits coqs. C’est juste de la pêche, imaginez pour le reste. Le même ego que vous alimentez et qui fera quelqu’un de vous si vous posez avec pleins de gros poissons ou un moins que rien parce que vous pêchez dans le privé.

Alors zen, posez vous les bonnes questions, vous trouverez les bonnes réponses.

C’était mieux avant

Publié: 11 septembre 2016 dans humeur

J’ai déjà partagé quelques réflexions sur le sujet, que je voudrais aujourd’hui aborder sous un autre angle.

Je ne suis pas les pieds dans l’eau depuis si longtemps que cela, enfin moins que tous ceux qui sont plus vieux que leur père. J’ai quand même l’impression que le monde évolue extrêmement vite, et me demande comment faire autrement que de le suivre sa course un peu folle, juste pour ne pas être en marge de la société.

Alors oui je vis avec mon temps et use à vrai dire bien volontiers de ses facilités. Or, facile justement, bon nombre de choses sont devenues. Prenons l’exemple tout simple de la pêche de la carpe. C’est probablement celle qui a le plus évolué en ce sens depuis un quart de siècle. Ceux qui en ont deux en témoigneront mieux que quiconque, qui plus est si ils ont un minimum de culture dans le domaine. Avec un cheveu, un montage bloqué et une bouillette ready made , n’importe quel couillon peut aujourd’hui espérer prendre une carpe de 20 kilo (je pourrais même dire 30) si tant est qu’il pêche là où il y en a. Si on ajoute à cela que ces endroits ont vite fait le tour du monde avec l’avènement d’Internet, où sont sortis de nulle part pour se multiplier comme les bordels sur la route de l’or, la boucle est bouclée.

Mieux ? Moins bien ? C’est comme ça. D’un peu on est devenu beaucoup plus là où on était moins, c’est indéniable. Les choses étaient moins faciles avant-hier, du temps du cercle restreint des carpistes presque disparus aujourd’hui, plus restreint qu’hier et bientôt encore plus qu’avant hier. Aujourd’hui c’est une pêche plus facile, plus populaire, plus médiatique, plus accessible, plus porteuse ; un business qui a explosé comme les plans d’eau à bœufs ; des postes et points GPS qui se refilent et se répandent comme la vérole sur le bas clergé. Aujourd’hui qui ne connaît un carpiste parmi ses collègues de boulot, dans sa famille, des amis, sur les réseaux sociaux ?

Il n’y a bien paradoxalement que certains réactionnaires qui se ressemblent, se cooptent et s’assemblent, à ne pas voir le côté « populaire » de cette pêche, eux qui n’ont vu que le sandre quand renaissait un phénix. Ce qui s’est passé pour la carpe, se répète avec la pêche des carnassiers etc.On pourra, je le ferai, extrapoler la réflexion qui va suivre à beaucoup de faits de société.

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Désolé (même pas vrai) de devoir l’écrire, la quantité nuit malheureusement à la qualité. Ce n’est pas être élitiste que de dire cela (et tant bien même), c’est d’abord purement mathématico-logique et ensuite le résultat d’un comportement connu sous le nom d’effet Pygmalion.

D’une part, puisque c’est ce qu’il y a de mieux réparti parait-il, il y a un effectif de cons 50 fois plus élevés dans un échantillon de 50 000 pris au hasard que dans un de 1000. Le jour où vous en aurez d’ailleurs marre des bredouilles, optez pour la pêche au con, ça mord toujours. Comme d’autre part on ne voit ni n’entend parler de l’immense majorité de ceux qui entrent dans la catégorie des « pas cons », le raccourci est vite fait : les carpistes sont tous des cons (comme les juifs ont les doigts crochus, les mulsumans de la dynamite à la ceinture contrairement aux curtons qui eux n’en ont pas -de ceinture- et perdent facilement leur froque). Et bien non, ce n’est ni objectif ni bijectif (ça ne marche pas dans les deux sens). C’est un effet de masse, qui fait qu’on tombe forcément sur un con à un moment et ce dans n’importe quelle corporation. Allô quoi, ne jetons pas Brigitte Bardot avec l’eau du bain ! C’est un sophisme, un truc qui ressemble à une vérité, qui fait prendre les vessies pour des lanternes aux esprits simples. Exemple classique : « tous les chats sont mortels, Socrate est mortel, donc Socrate est un chat » (la vérité serait « Socrate est un chat, donc Socrate est mortel » ; or l’équation n’est pas vraie dans les deux sens : si tous les chats sont mortels, tous les mortels ne sont pas des chats…

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Ca(r)pisto ? Oui (sinon sautez un paragraphe) ? Alors remplacez chat par carpiste et mortel par con ou par équipé de détecteurs. Tous les carpistes ne sont pas cons (même si l’effet de masse fait qu’on va bien tomber sur un) et de plus tous ceux qui pêchent avec des détecteurs ne sont pas forcément carpistes (au sens technique puisque de plus en plus de sandriers ou de siluristes s’y sont mis, mais aussi au sens du cercle des carpistes disparus mais là c’est un poil plus compliqué puisqu’on se réfère à des valeurs, à la culture…)

Non ? Je ne peux rien pour vous, désolé.

Deuxième étape, après l’effet critique de masse et le sophisme : l’effet Pygmalion. Puisque les carpistes sont tous (considérés comme) des cons, certains (et pas forcément les plus cons malheureusement, mais peut-être ceux s’énervant le plus de cette injuste victimisation) réagissent en ironisant (à la face du monde) sur telle AAPPMA ou telle Fédé ou tel président qui au final disent (eux ou leur entourage) : vous voyez bien que j’avais raison, vous avez vu comment ils réagissent ces carpistes ? Comme des cons. Vous pouvez remplacer carpiste par n’importe quel groupe/régiondefrance/pays/religieux/sexe/etc ça marche pareil et con par n’importe quel autre adjectif (si possible vexant c’est mieux) ça marche aussi. C’est souvent la façon de se comporter avec les gens (et je dirai même avec les animaux) qui les font devenir individuellement ce qu’on leur reproche faussement, et l’amalgame qui crée un certain nombre de nos problèmes de société en dressant les uns contre les autres. Méditez.

Deuxième effet qui s’coule : non seulement la quantité nuit à la qualité en terme de relationnel avec l’extérieur du groupe, mais à force d’être pris pour des cons, les pas cons du groupe s’épuisent et fuient le groupe (ce qui facilite la marginalisation du groupe qui n’a plus d’avocat). L’effet est donc double (voire triple je vais y arriver) puisque l’extérieur dit aux pas cons du groupe qui se rebellent « vous n’avez qu’à balayer devant votre porte ». Combien de fois j’ai entendu cet argument, débile permettez moi. On sait tous que lutter contre la connerie humaine (pléonasme à mon sens) c’est comme vouloir remplir le tonneau des danaïdes, or les pas cons passeront plus ou moins vite à autre chose. Chacun peut avoir un peu de temps à donner, mais rarement à perdre. « Démerdez vous donc du merdier que vous avez foutu » disent à leurs détracteurs les pas cons qui ne reconnaissent pas dans l’image qui est donné au groupe, sachant qu’in fine des cons il n’y en a pas plus ici qu’ailleurs (y compris du côté de ceux qui critiquent) et lycée de Versailles.

Triple effet enfin : comment voulez vous qu’un carpiste « pas con » s’investisse dans une quelconque gouvernance de groupe (club, AAPPMA, Fédé…) si ils sont pris pour des cons ?

Bref, heureusement personne ne devrait se sentir visé parce que les carpistes investis le sont forcément dans des AAPPMA ou fédés qui ne les prennent pas pour des cons, CQFD.

Je voulais en venir en conclusion à un autre phénomène, celui du « c’était mieux avant » mais sous un autre angle : le vintage. Je ne crois pas qu’on aime le « vieux » parce que c’est vieux. Techniquement c’est souvent moins performant que le neuf (rien de sexuel s’entend) mais là aussi ça se discute quand on compare à certaines « chinoiseries », et si ça complique un peu les choses, ça peut aussi les rendre plus savoureuses. Je crois que c’est avant tout un état d’esprit, donc un choix personnel, sauf à devenir une mode et à grossir. Mais de toute façon, le vrai vieux n’existant qu’en quantité limitée, le groupe aura forcément une taille critique. C’est peut-être justement le pourquoi du choix du moins pour le mieux, un retour cette fois ci un peu nostalgique. Nostalgique des choses bien faites, des beaux objets, faits de beaux matériaux, de façon quasi unique ou en quantité limitée par des artisans passionnés. Y retrouver une âme et la sueur du temps où l’on prenait le temps, pas la sueur de l’ouvrier chinois (certes lui tout aussi méritant) exploité par les intermédiaires à produire sur la chaîne des temps modernes. C’est comme emmener une cafetière à l’italienne et du café moulu plutôt qu’un pot de café lyophilisé, prendre plaisir et le temps de faire un bon café. D’ailleurs le slogan publicitaire « grand-mère sait faire un bon café » ou les confitures « bonne maman », les AOC du pinard ou des fromages qui puent, le terroir, le (hand) made in France, ça titille quoi si ce n’est ce goût et le temps de vivre perdus ?

 

 

 

Interview

Publié: 25 mars 2016 dans humeur

J’ai répondu à une interview pour Alliance Pêche en octobre de l’année dernière, pour une publication qui ne devrait plus tarder à paraître… Or depuis il y a eu plein d’événements qui me poussent à vous en livrer quelques extraits.

Alliance :  L’amitié, la notion de groupe, le collectif, des mecs qui avancent ensemble… Ces valeurs là sont-elles les tiennent ? 

Je suis un altruiste de profession […] Pour autant je reconnais bien volontiers que je suis assez agoraphobe, à tendance misanthrope parfois. Ça peut sembler paradoxal, mais pas tant que cela en fait. L’instinct grégaire c’est avant tout un reste d’instinct de survie. L’homme n’était pas taillé pour survivre dans la nature, il y est parvenu grâce à son cerveau, un poil plus gros que celui des autres animaux, à la création d’outils etc, à la vie en société. Pour gagner on n’a donc pas  vraiment d’autre choix que d’être collectifs. Aimer être seul et être obligé de vivre ensemble pour survivre c’est peut être le dilemme de notre société. Nos escapades au bord de l’eau, au fond d’une tente, ne sont-elles pas des échappatoires, un alter bus 142, une autre cabane au bord du lac Baïkal ou de l’étang Walden ?

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[…]

Puisqu’il faut mettre des mots (sur d’autres) c’est peut être pour cela qu’on paraît bizarres et que beaucoup ne comprennent pas pourquoi on s’évertue tant à prendre un poisson qu’on relâche, ou qu’on veuille pêcher de nuit. Nous en sommes collectivement en grande partie responsables, parce qu’il est plus facile de paupériser et de montrer le superflu que de partager l’essentiel (l’essence même, la philosophie de la pêche). Comme il est plus facile de faire de la piquette qu’un grand cru, d’instruire que d’éduquer. Montrons donc de belles histoires, de beaux écrits, de belles photos, de belles vidéos.

Nous sommes responsables car si il y a trop de personnes à ne voir que le doigt c’est peut être parce que trop de sages n’ont pas su montrer la lune.

[…]

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D’un côté je crois que la pensée unique est plus dangereuse que les divergences d’opinions (et la liberté d’expression), et d’un autre côté je sais que le monde n’est pas aussi manichéen qu’on voudrait nous le faire croire. Il y a donc forcément des courants d’idées variables et plein de nuances de gris entre le blanc et le noir. Tant que chacun ne saura pas mettre un peu d’eau dans son vin et campera sur ses positions, on se divisera encore et encore, et on ne fera jamais aboutir nos objectifs communs. Ça creuse le lit de l’extrémisme et du populisme. Je l’ai écrit, je persiste et signe : plus il y aura de gars dans le privé, moins il y en aura dans le public et très égoïstement, moi ça m’ira très bien ainsi. On pourrait en débattre longtemps et se diviser encore et encore. Si on avait pu éviter cette division avec la FFPC, ou avec la presse, ou au sujet du privé ou autre, on n’en serait pas au point mort aujourd’hui. Comme je le disais dans un papier sur mon blog, pour provoquer la réflexion, les alliés (pour ne pas dire l’Alliance) ont bien pactisé avec Staline qui n’était pas un enfant de cœur, pour faire capituler l’Allemagne nazie. Même si on est à une toute autre échelle (ce n’est que de la pêche !) ça n’en reste pas moins une question de stratégie, voire de politique, et ça, qu’on le veuille ou non, ça dépasse largement la vision individualiste, ou les discussions de comptoir que chacun peut et à le droit d’avoir. Si chacun s’arrête à la vision de celui qui lance le plus loin, ou au fric qu’une marque ou qu’un mag peut se faire à court terme en redorant le blason de trafiquants de carpe, en ne se souciant pas d’une vision à plus long terme (à moyen terme), sur ce qu’on veut pour demain, on n’y arrivera pas. Le hic c’est qu’en termes de vision et de politique il y a désormais un trop grand vide, une chaise qu’on ne sait pas ou qu’on n’arrive pas à occuper, et l’absence d’un leader charismatique capable de dynamiser cet esprit d’équipe. Voilà mon avis et ma position sur le collectif évoqué plus haut. Ça n’empêche pas d’avoir un avis purement personnel, tu le connais, mais une somme d’avis personnels n’a jamais fait fonctionner un système, c’est au contraire la raison de beaucoup d’échecs. Tout le monde sait qu’il faut éviter de parler politique lors d’un dîner de famille, surtout si on a un tonton facho, un autre coco, ou de religion… Le paradis il est ici bas. Ne croyez pas que 50 carpes vierges de toute piqûre vous attendront dans l’au-delà carpiste si vous menez une guerre sainte.

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Don Quipêche

Publié: 12 mars 2016 dans l'évangile selon moi

Je n’ai jamais rien compris à la philo au lycée. Devoir se poser plein de questions sur le sens des choses embrouillait mon esprit trop jeune probablement, en tout cas trop avide de réponses assertives ponctuées de points d’exclamation. Bien des années plus tard, les pieds dans l’eau, j’ai arrêté de croire à certaines pseudos vérités prêtes à consommer.

C’est quelque part une autre école, buissonnière,  à la fois une autre et même histoire, celle d’un Don Quipêche qui aurait trop lu de romans et qui aurait décidé bon gré mal gré que la fiction qu’ils racontent est plus vraie que le monde qui l’entoure. La vérité ? SA vérité ! Il y a une différence notable et à la fois fine, entre ce qu’on pense ou croit, ce que certains veulent faire croire (créationnisme) et ce qui est (matérialisme).

Les lettres de mon moulinet

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Les pêcheurs, comme les chasseurs, ont bien souvent une propension à se créer un banal toujours un peu plus merveilleux qu’il n’est. Peut-être est-ce aussi ce qui fait le succès de ce loisir (jadis) populaire : pouvoir se sortir du quotidien et devenir, pour quelques secondes ou pour toute une vie, un (car)preu chevalier. Prendre des moulins pour des géants n’est ni plus risible, ni moins triste que de prendre (et relâcher) les poissons et la pêche pour ce qu’ils ne sont pas. Ce n’est pas une AOC que d’être carpiste, dentiste, moucheur ou que sais-je, comme avec un peu de chance il n’y a aucune gloire à prendre un poisson ou faire un doublet de bartavelles.

Ceux qui identifient ces moulins à vent à des géants, dans l’espoir d’être eux aussi un jour ce qu’ils ne sont pas, sont-ils pour autant plus à blâmer que le business créationniste de tout un calendrier de dieux de la pêche, de géants qui in fine ne seraient sans lui rien d’autres que des moulins à vent ?

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Pêcheur tu dors

Attention, je ne dis pas que tous les pêcheurs et chasseurs soient de fieffés menteurs. Non, il y a aussi des « dénégateurs ». Des spécialistes bien meilleurs analystes que moi, pensent en effet que notre cerveau reptilien shinte le néocortex… Ce qui en d’autres maux veut dire que notre cerveau animal décide parfois à la place de celui de l’homme évolué. On agit mais ne voit pas la réalité, où d’une certaine façon on ne veut pas voir, par exemple qu’on est ou a été en dessous de l’idée qu’on se fait de soi même. Non seulement le dénégateur refuse de voir la réalité, mais en plus il la nie purement et simplement : le réel n’a pas lieu ! Contrairement au menteur, le pur dénégateur n’a jamais su, ne sait pas qu’il ment. Il vit tout simplement dans un autre monde, son monde, comme Don Quipêche.

L’histoire a déjà été écrite. Tartarin et Don Quichotte des temps modernes la rejouent.

Or, malheureusement ou heureusement, s’enfermer dans des convictions ne fait pas changer le réel, ça ne fait que tronquer notre vision des choses. « Vent du nord, rien ne mord », pleine lune, eau trop mouillée, carpistes extremistes…

Tout ceci (ceux ci) nous éloigne(nt) de la réflexion et de la réalité.

 

Le cerveau est un organe extraordinaire, même celui des moins bien cortiqués. J’avais d’abord écrit « une machinerie » mais c’eut été réducteur d’autant que je ne vais pas m’aMUSEr à en détailler les rouages anatomiques. Non, je vais juste tenter, un petit pois(son) dans la tête oblige, de vulgariser quelques notions psy-cognitives et expliquer pourquoi on pèche, dans tous les sens du terme, avec un accent grave ou un chapeau mais essentiellement avec sa tête. Je conclurai avec le retour d’expérience de la capture de la grosse miroir du Salagou.

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Connexion, des mecs qui en ont.

Même celui des moins doués disais-je, peut faire, dit-on, 10 000 000 000 000 000 (10 puissance 16) opérations par SECONDE. Pas des opérations au sens mathématique, mais, pour faire simple, des choix !  Le hic, le revers de la médaille, le défaut de la qualité, c’est qu’à devoir aller aussi vite on va dire que 99 fois sur 100 (peu importe le vrai ratio car c’est complètement variable d’un individu à l’autre, d’une situation à l’autre) on a « bon » et donc que 1 fois sur 100 on se trompe. C’est encore plus juste, ou faux selon, lorsqu’on parle de calculs de plus en plus compliqués ou de mémoire, au sens de données stockées sur son propre « disque dur » style les dates repère de l’histoire de France… Si je fais le parallèle avec les calculatrice ou les ordinateurs c’est parce qu’ils ne sont aujourd’hui « que » des machines binaires qui ne font pas de choix et fonctionnent avec des enchaînements de « 0 » et des « 1 », des algorithmes forcément simplifiés même s’ils sont très complexes (pour prédire la météo par exemple). Dans le domaine du calcul, ou de la mémoire, nous ne saurions les égaler pour maintes raisons. La première c’est que notre cerveau n’est pas fait pour cela, et ne fonctionne pas comme cela. En revanche il est capable de faire des choix basés sur son expérience. Il est « intelligent » au sens de inter ligare. Il relie (du verbe relier donc) les choses apprises, découvertes ou vécues et apprend à s’en servir, il s’en sert en découvre d’autres et relie etc. Je n’aborderai pas plus ces connexions et les cartes euristiques, l’intelligence, y compris artificielle, n’étant moi-même pas assez calé pour cela et ayant déjà dû faire quelques raccourcis, mais justement (à propos de raccourcis) ces notions de biais : pourquoi et comment notre cerveau choisit et se trompe, pourquoi il pèche et comment tenter de réduire ce ratio d’erreur en sortant de nos biais.

Application et photocopieur.

Pêcheurs, vous rêvez peut-être d’une application qui vous dirait que compte tenu de la saison, de l’heure, de la couleur de l’eau, du vent ou de l’age du capitaine, il vous faudrait pêcher avec un spinnerbait équipé de deux palettes colorado noires, ou à la bouillette flottante ananas-acide N butyric avec un chod-rig dans 1m50 de fond ou encore avec telle ou telle mouche ? Quoi de plus normal, car c’est exactement comme cela que nous sommes formatés depuis tout petits. Nous suivons des règles, des modèles culturels, méthodologiques, sociétaux ou encore économiques, à l’école, en famille, dans les médias etc. Nous sommes des éponges, des photocopieurs. Nous devons absorber la connaissance et la restituer à l’essorage, reproduire si possible à 100% ce qui nous a été appris, pour avoir 20 ou 10, même si je sais bien que nous sommes de plus en plus dans une approche par les compétences, les puristes me pardonneront.

C’est d’ailleurs marrant, et complètement logique pour beaucoup de choses, de voir que ce qui était la règle il y a 30 ans et complètement désuet désormais.  L’orthographe est réformée, la famille aussi, à la pêche les carpes devaient s’envaser et ne pas manger l’hiver ou alors que des bouillettes fruitées, ou carnées d’ailleurs je ne sais plus. Bref le risque de l’application/photocopie c’est de fabriquer une génération d’élèves, d’adultes, de pêcheurs, qui récitent par cœur la recette de la pâte à crêpe mais qui ne deviendront jamais de grands chefs, qui savent que B.A. fait BA mais ne savent pas lire, qui connaissent au mieux leurs tables mais ne savent pas résoudre un problème, qui savent faire un montage mais ne savent pas pêcher.

Bref les mêmes causes produisent les mêmes effets. C’est pour cela qu’un ordi, une calculette, un photocopieur, une application ne se trompent pas (eu égard aux données rentrées et aux algorithmes) mais ne savent pas prendre de décision. Un cerveau si.

Sortir du cadre.

Ce n’est ni un robot, ni un photocopieur, le cerveau ne peut que sortir du cadre. Il doit, face à un problème, savoir certes mobiliser son expérience et ses acquis, mais sa vraie plus value c’est d’aller au-delà, de créer des choix alternatifs, autres que ceux binaires entrés dans son application. Il se trompera probablement, sûrement même, et ne fera pas le bon choix du premier coup. Mais en expérimentant des trucs improbables, en faisant appel à son imaginaire, à l’inventivité, peut-être même à l’instinct parce qu’il sent que c’est comme cela que ça va se passer épicétout ou complètement par hasard, par serenpidité, il trouvera ainsi de nouvelles solutions. Pas très scientifique tout cela me direz vous. Justement si, car lorsqu’on arrive à la limite de ses connaissances on est bien obligé d’aller chercher la solution au-delà.

Prenons l’exemple de ce qui est communément appelé la « chance du débutant ». En est-ce vraiment une où bien est-ce finalement assez logique ? Le débutant ne trouve-t-il pas aussi parce qu’il ne s’enferme pas dans de quelconques convictions ? En a-t-il seulement ? Si la réponse n’est pas dans les règles suivies par tous les spécialistes et autres experts c’est qu’elle est peut-être ailleurs.

L’intelligence, la conscience, la métacognition n’est-ce pas ce subtil mélange de croyance/connaissance et de doute ?

L’éloge (maçonnée) de l’erreur.

Un des biais de fonctionnement de notre cerveau, peut être le plus important à connaître, est justement le biais de conviction (la croyance). Un philosophe disait que « les convictions sont des réalités plus dangereuses que les mensonges ». Ou un truc du genre. Peut-être parce que les mensonges, celui qui les dit sait que c’en sont, alors que Goliath, convaincu; a tendance à ne pas douter un instant. C’est souvent une force, mais parfois une faiblesse.

Je pense que c’est un des biais les plus importants à connaître (parmi plusieurs dizaines d’autres) car, acquis au fil de l’évolution des espèces et de nos propres expériences, un mélangé d’inné et d’acquis à l’échelle de l’individu, c’est celui qui nous permet de traiter l’information le plus efficacement possible dans les situations difficiles voire dangereuses. Je ne peux faire l’impasse, au sujet du traitement de l’information et des biais, sur les infos que nous transmettent nos sens formidables mais ô combien imparfaits. Nous ne sommes que de pauvres pêcheurs, sans ligne latérale ni osselets de weber comme les poissons, sans radar comme les chauves-souris, sans vision thermique comme les serpents ou nocturne comme les chats.  Idem pour nos sens d’humains.2  (échosondeur, caméra thermique, logiciel de prévision météo etc) puisque in fine ce qui fera encore la différence au moment du choix, ce sera la lecture non biaisée, la compréhension qu’aura notre cerveau de ces infos (déjà elles mêmes biaisées).

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Bref, explication du biais de conviction, du pourquoi on a tendance à ne pas douter et du rapprochement avec l’instinct de survie. Imaginez un homme de Cro-Magnon dans la savane, qui voit des herbes bouger à quelques dizaines de mètres de lui. Il a le choix entre :
1) ne rien faire ou chercher à comprendre ce qui fait bouger ces herbes,
2) se barrer en courant sans chercher à comprendre.
Choix 1 : Neuf fois de suite Cro-Magnon comprendra que c’est le vent ou une bestiole inoffensive, la dixième fois il se fera bouffer par un tigre à dent de sabre qui en jaillira.
Si il fait le choix 2, très précocement et en courant très vite : il survivra.

Vous êtes vous demandé pourquoi les animaux sont craintifs ? Soit c’est génétique et ça contribue à la théorie de l’évolution des espèces (ceux qui ont fait le choix 2 survivent, ceux qui ont fait le choix 1 engraissent Félix le chat), Soit c’est de la mémoire associative (ça bouge, mon copain Cro-Magnon s’est fait croqué, j’ai compris, « l’expérience est une lumière qui n’éclaire que celui qui la porte »). Soit c’est un mélange des deux. Vous allez me dire que de toute façon on n’a plus de prédateurs. OK, je vous demanderai alors si vous n’avez jamais baissé la tête en voiture en voyant un oiseau arriver au niveau du pare-brise ? Solution n°2.

Maintenant inversez les rôles. Imaginez que vous chassiez Félix (ou que vous photographiez, ou que vous pêchiez). Soit vous allez le dégommer à 1 kilomètre en bon gros snipper Texan, soit si vous n’avez qu’un arc et des flèches, ou un petit objectif,  vous allez vous camoufler (fond, forme, ombre, mouvement, éclat, couleur, bruit, éclat, lumière, trace, odeur…) pour justement casser le biais de conviction de votre cible. Vous commencez à rentrer dans l’apprentissage par la résolution de problème et la mobilisation de savoirs/compétences en situation (savoir c’est dans les livres, compétence c’est au pied du mur).

Si vous pêcher la carpe ou le black-bass ou n’importe quel autre poisson qui s’éduque, et qui a été pris et relâché plusieurs fois, pensez vous qu’il faille pêcher comme tout le monde, au même endroit, avec les mêmes appâts (même forme, même couleur, même éclat […] odeur…), avec la même grossièreté dans les matériaux, faire du bruit ou des ondes bizarres dans l’eau ? Inversement pourquoi ne pas vous servir des biais de conviction de vos proies, qui pour une même raison de survie ou d’opportunité liée (il faut bien bouffer), n’ont pas d’autre choix que de saisir quelque chose qui ressemble (biais de conviction) à ses proies habituelles (par la forme, les vibrations, les mouvements, l’odeur etc)… Pourquoi parle-t-on de leurrer ? Pourquoi un leurre est-il potentiellement plus efficace qu’une vraie proie ? Pourquoi faut-il parfois leurrer, pourquoi est-il préférable parfois de nourrir et d’accoutumer ?

Nous avons déjà là beaucoup à cogiter, à prendre conscience.

Mettons nous en situation.

Je vais conclure en tentant de montrer, par l’exemple, l’importance de la connaissance de nos biais et de la limite même de nos connaissances. Montrer comment avec sa tête d’abord, on peut prendre la plus grosse carpe du Salagou la première fois qu’on y met les pieds. Il ne s’agit point de prendre la grosse tête, mais d’expliquer ce qui peut l’être en vous invitant à ne pas photocopier mais bien à comprendre entre les lignes.

  • La chance : oui… et non !

Choisir une eau ne relève pas de la chance mais d’un acte délibéré. Choisir un poste aussi. Quant à choisir le poisson autant qu’il soit emblématique, un de nos rêves les plus fous, sinon à quoi bon. Je l’ai annoncé ce poisson, entre les lignes dans une interview faite avant de partir (que je vous inviterai à lire le moment venu), à un pote en lui disant que j’en avais le pressentiment, à Patrick avec qui je pêchais, ou encore sur Facebook les jours qui précédaient sa capture. Evidemment c’est presque inexplicable sauf à comprendre que si on a qu’un seul passé, on a en revanche plusieurs futurs possibles. Un seul se réalisera. La première des conditions nécessaire pour réussir c’est d’essayer et d‘y croire une fois l’objectif, le futur, fixé dans le collimateur. Y croire. Condition nécessaire, mais malheureusement pas suffisante, j’en conviens.

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  • Croire en sa technique.

Je n’ai aucun doute dans mes montages, dans mes appâts. Je joue sur les mots, car en réalité bien sûr que j’en ai, et j’oserai même qualifier celui qui n’en a pas d’innocent. Notons qu’il y a une différence en ne pas en avoir et faire avec. Disons plutôt que je fais avec, en gardant dans un coin de notre tête que seul celui qui doute progresse. Oui, je doute, car je sais qu’un poisson peut engamer et recracher l’esche et l’hameçon sans se piquer, mais je sais aussi comment en partie minimiser cela en jouant sur l’approche. Je sais qu’un poisson peut ne pas s’intéresser à mon esche, mais je sais là aussi que je peux difficilement faire mieux et que je dois m’en contenter. Je vise donc l’excellence lorsqu’elle est maîtrisable et facilement accessible, comme pour le piquant d’un hameçon, la solidité des matériaux, le fait d’avoir des montages toujours pêchant… Si je n’ai pas de touche je sais qu’il y a de très fortes probabilités que la clef ne soit pas à chercher sur ce trousseau là, ou du moins que je n’ai guère possibilité de faire mieux, puisque je l’ai déjà fait.

  • Douter aussi de la croyance des autres.

Confucius disait que « l’expérience est une lumière qui n’éclaire que celui qui la porte ». Je fais mienne cette conviction, non pas que je n’écoute pas ce que disent les autres, bien au contraire, juste que n’ayant pas vécu leur propres expériences, dans le même contexte, avec les mêmes paramètres etc. je me tromperai en faisant un raccourci inapproprié, en faisant l’éponge ou en photocopiant. J’avais bien entendu dire que les grosses carpes se faisaient prendre plutôt d’un côté du lac (mais pas que) ou suivaient tel ou tel parcours que de toute façon je n’avais pas et ne voulais pas plus que cela avoir. Il y a forcément une part de vrai car les carpes réagissent en fonction de leurs tropismes, donc de leurs propres sens, besoins et de leur propre cerveau, or nous ne sommes pas des carpes. De plus elles n’ont pas dans leur tête l’algorithme simplifié qui, comme dans les livres, veut qu’à 12° (ou que sais-je) elles doivent faire ceci ou cela, suivre le vent, aller en bordure ou au large, s’envaser. Ca c’est l’interprétation que nous nous en avons, d’après les modèles que nous nous imposons, ou que l’on nous impose. Nous devons certes connaître certains paramètres, les intégrer à une équation complexe qui se construit en situation. Dans notre exemple du Salagou (mais ce serait valable pour n’importe quel autre lac) j’avais des informations théoriques complètement contradictoires. Nous voilà donc bien avancés. J’ai compris que Patrick voulait pêcher un plateau à 150m en direction d’un mont, sûrement avait-il ses raisons. Beaucoup en effet vantent ici la pêche à grande distance, dans des profondeurs d’une quinzaine de mètres, alors que d’autres disent qu’il ne faut pas hésiter à pêcher dans ses bottes, dans le rouge sous le vent, dans 30cm d’eau. Sûrement ont-ils eux aussi leur raison… mais ce n’est pas ce que j’ai fait, parce que la situation ne s’y prêtait pas.

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  • Mobiliser ses compétences en situation.

La résolution de problèmes, il n’y a que cela de vrai pour nous faire progresser. Lorsque la pêche est simple a-t-elle un réel intérêt ? Je ne dis pas que je n’aime pas pêcher une vingtaine d’aloses au jig en linéaire ou des black-bass qui sautent sur n’importe quoi, je dis juste que la pêche touche à son paroxysme lorsque, difficile, j’ai trouvé la clef, ou plus modestement une clef. En l’occurrence, au Salagou, c’est ce qui s’est passé. J’ai analysé la situation et envisagé le futur le plus probable (enfin le plus probable sauf pour le poisson, mais je rappelle qu’il faut aussi y croire). D’une part, pour revenir un peu au sujet de la chance (ou pas) nous avions choisi délibérément un poste avec personne autour, qui nous ouvrait beaucoup de possibilités (donc de chances). D’autre part, je savais que le vent forcissant depuis le début de la semaine allait nous faire basculer en vigilance orange, rendant impossible toute sortie en bateau dans les jours à venir (merci meteociel.fr). Puisqu’il deviendrait impossible de tendre plus loin que je ne pourrais lancer du bord, et qu’il serait tout aussi impossible de changer de poste en bateau, j’ai pris le pari d’un scénario simple, mais encore une fois le plus probable. Amorcer relativement lourd une large zone à portée de canne. Marquer la distance sur mes tresses pour être sûr de lancer sur l’amorçage. Blinder l’esche avec de la gaine thermo rétractable (à cause des écrevisses), en lui ajoutant quelques bouillettes sur fil soluble, pour éviter d’emmêler au lancer. C’est aussi l’intégration du paramètre écrevisse qui m’a fait prendre le pari de ce scénario. Il est plus probable de prendre un poisson quitte à relancer deux fois par 24 heures du bord sur une zone amorcée, que de pêcher à la goutte d’eau à 150m pendant des jours. J’ai donc amorcé 48 heures à l’avance, dans l’idée d’accoutumer les poissons qui emprunteraient cette zone de passage supposée, au demeurant assez classique : une cassure derrière une zone d’herbier, entre 5 et 6 mètres d’eau. Les premières 24 heures rien ne s’est passé. Enfin pas de touche. J’imagine qu’il y ait pu avoir un nettoyage en règle de la zone par les carpes et/ou les écrevisses. En tout cas c’était le scénario prévu. 48 heures plus tard, une touche. La carpe aurait pu être commune et faire 10kg, mais j’annonçais en flamand à la petite lueur de frontale qui me guidait vers la berge « grote spiegel ». Prenant l’épuisette le temps que je descende du pneumatique Patrick me dit incrédule « Eric c’est la grosse miroir ?! ». Trente kilos tout rond confirmera le peson.

Croyez moi si vous voulez, mais je n’étais pas vraiment étonné.

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