Les Wendats, amérindiens Hurons (du nom de leur coiffure en forme de hure de sangliers) pensaient que leurs ancêtres vivaient de l’autre côté du ciel. Un jour, alors que sur les conseils d’un guérisseur elle cherchait un remède au pied d’un pommier, une jeune femme enceinte tomba dans un trou. Tentant de se raccrocher à l’arbre, Aathaentsic ne fit que l’entraîner dans sa chute, des cieux vers les océans qui recouvraient la planète. Deux cygnes l’aperçurent et la recueillant sur leur dos, la sauvèrent d’une noyade certaine. L’arbre quant à lui sombra jusqu’au fond de l’océan.
Les cygnes ne sachant que faire de cette femme, la portèrent à la grande tortue, qui provoqua une réunion des animaux. Les plus courageux proposèrent de plonger au fond de l’océan pour aller récupérer quelques mottes de terre accrochées aux racines de l’arbre tombé du ciel. Les uns après les autres, tous plongèrent. La loutre, le rat musqué, le castor. Mais en vain. La situation semblait sans issue lorsqu’un crapaud surprit tout le monde en se portant volontaire. Il plongea aussitôt dans l’océan, pour ne plus remonter. Alors que tous le croyaient disparu à jamais, il fit surface avec les précieuses mottes de terre dans sa gueule. La terre fut alors déposée avec soin sur la carapace de la grande tortue qui devint avec le temps une île verdoyante. La jeune femme s’y établit et donna naissance à la nation Wendate.
Depuis ce temps la tortue symbolise le commencement, la naissance, la construction, la terre mère… Plusieurs clans portent son nom : le clan de la grande tortue, de la petite tortue, de la tortue de boue. Chez les peuples amérindiens les clans, regroupant plusieurs familles, portent des noms d’animaux auxquels ils s’identifient. Le castor est bâtisseur, patient, travailleur. L’ours par sa puissance personnifie la nature sauvage. Comme l’homme, il marche debout, regarde en avant. Il est intelligent et curieux. L’ensemble des clans forme une tribu dont le totem siège en bonne place dans le village.
Pour ces peuples animistes, les animaux, comme les végétaux d’ailleurs, ont une âme. Les amérindiens ne prennent pas la vie d’un poisson ou d’un arbre, ils la demandent et une fois prises ils remercient les esprits par des offrandes. Au rythme du tam-tam le shaman approche les esprits. La magie est omniprésente dans bon nombre d’objets, de la roue de médecine à l’attrapeur de rêves en passant par le sac de… protection.
Attraper les rêves, les retenir dans sa toile, les relâcher au petit matin pour permettre qu’un autre puisse les rêver à son tour… A bien y penser cette culture, emprunte de respect et d’observation de la nature, est-elle si éloignée de la notre ?
"Dans ces temps
on nous donne
des droits artificiels sous réserve
Dans nos temps
on possédait
des droits naturels sans réserve"
Jean SIOUI
Wendat du clan de l’Ours
Bonjour
Ce mythe de la tortue fondatrice est très répandu dans les civilisations anciennes. Thème développé avec beaucoup d\’infos par l\’auteur Mircéa Eliade qui a étudié ces mythes fondateurs. Très interessant en tout cas.